Égypte : Quand Dominique Strauss-Kahn « félicitait » Hosni Moubarak

Rebelote. Outre Ben Ali, Dominique Strauss-Kahn avait également rendu hommage, en tant que directeur général du FMI, au président Hosni Moubarak pour la « performance économique » de l’Égypte. Sans un mot pour dénoncer la corruption généralisée et les atteintes aux droits de l’homme.

C’est ma première visite en Égypte en tant que Directeur général du FMI. J’ai félicité le Président Hosni Moubarak, et le Premier ministre Ahmed Nazif, et l’équipe économique à propos de l’impressionnante performance économique de ces dernières années(…). Le programme des réformes a non seulement galvanisé la confiance des investisseurs locaux mais il a également fait de l’Égypte une destination de choix pour les investisseurs internationaux.»

Suite et commentaires sur Fortune

Tunisie, Égypte : La révolution vue par des Maghrébins de Roubaix

Comment voit-on, dans la communauté d’origine maghrébine du quartier de l’Epeule à Roubaix (Nord), l’embrasement survenu de l’autre côté de la Méditerranée ?

Celui qui veut appliquer le calque de la démocratie veut aussi appliquer des valeurs européennes, donc chrétiennes, à des pays musulmans. Et ça ne me paraît pas une bonne chose.

Entre les vitrines chargées de pièces de satin et robes de velours, les boutiques de téléphonie, les salons de thé, les quatre boucheries halal, la mosquée Bilal, le tout à 600 mètres de Croix, la ville des Mulliez, la famille fondatrice du groupe Auchan, l’une des premières fortunes de France, cinq habitants du quartier témoignent.

Lhoussain Tament, Français d’origine marocaine, 40 ans : «Le Maghreb pourrait être l’exemple révolutionnaire à suivre pour nous Français. Nous sommes aussi au bout du rouleau».

Ali Essaidi, Français, 38 ans, «né à Roubaix de parents marocains et marié à une Allemande», commerçant est très remonté contre la France «qui a perdu ses repères, ses valeurs. Comment donner l’exemple quand on n’est plus soi-même exemplaire ? Mon pays, celui qui défendait les faibles, les droits de l’homme, a joué la carte des puissants».

Ali Rahni, Français, né d’une famille algérienne, éducateur spécialisé : «Les islamistes ? Les a-t-on vus ? Vous pensez sincèrement que les Frères musulmans sont si puissants qu’ils vont instaurer un régime théocratique ? » ajoutant : «Roubaix a été un laboratoire démocratique au temps d’André Diligent [ancien sénateur et maire, catholique pratiquant, ndlr]. C’était un démocrate chrétien. Pourquoi ne pas s’en inspirer pour bâtir une social-démocratie musulmane ?»

Ahmed Isaoutan, 38 ans, six enfants, Marocain avoue avec «franchise» que son regard est peut-être «différent» des gens du quartier […]. «Vous comprenez, je suis d’abord musulman».

Fatima En-Nih, pénaliste, la quarantaine, née de parents marocains : « Il faut se souvenir de ce qui s’est passé en Iran. Une dictature tombe et elle est remplacée par une dictature religieuse. Ça fout les pétoches.» Elle ajoute : «La France n’a jamais pensé que ces peuples pouvaient se révolter. Ça ne concerne pas uniquement l’élite française. Mais tous les gens qui voyagent. « Alors, c’était bien la Tunisie ? Oui, super, il faisait beau et le buffet était extra. » Au fond, ça n’a pas beaucoup changé depuis cinquante ans : la France voit toujours le Maghreb avec le regard de l’ancien colonisateur. C’est juste inconscient».

Libération

Après la Tunisie et l’Egypte, la Libye ? (Vidéo)

La Libye semble à son tour participer à la contestation arabe. Tôt mercredi matin, la deuxième ville du pays, Benghazi, a été le théâtre de heurts entre les forces de sécurité et plusieurs centaines de manifestants dénonçant le régime de Moammar Kadhafi.

Des militants appellent sur Facebook et Twitter à une manifestation nationale jeudi pour réclamer le départ du colonel Kadhafi, qui dirige le pays depuis 1969, ainsi qu’une constitution et des réformes économiques et politiques d’ampleur. La mobilisation marquera le cinquième anniversaire de la manifestation contre les caricatures du prophète Mahomet devant le consulat italien, au cours de laquelle neuf personnes avaient été tuées.

D’après l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch, neuf militants ont été arrêtés à Tripoli et Benghazi, pour les empêcher semble-t-il de participer aux manifestations de jeudi. [...]

L’agence de presse officielle libyenne, la JANA, a passé sous silence les protestations anti-gouvernementales, évoquant seulement des manifestations de partisans du colonel Kadhafi dans la capitale Tripoli, ainsi qu’à Benghazi et dans d’autres villes du pays.

Suite sur La Tribune de Genève

Rama Yade : Tunisie, Egypte, «des révolutions qui se font en français»

Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, membre du bureau politique de l’UMP et du Parti radical, salue «les insurrections magnifiques de Tunis et du Caire», et prône pour une refonte de la politique étrangère de la France et la fin de la «realpolitik».

Qu’attendons-nous pour rugir avec la place Tahrir ? Avec cette vieille civilisation qu’est l’Egypte, dont la jeunesse vient de nous donner une leçon de liberté ? Au moment où l’Europe se ferme un peu plus, avec la montée des extrêmes droites, qui, elles, n’aiment ni la liberté ni la démocratie.

[…] Et nous, nous mégotons. Brandissons la menace islamiste. Agitons le chiffon rouge du chaos. Prédisons que le pire est à venir. Scrutons les Frères musulmans au Caire, à défaut d’en avoir vu à Tunis. Avec nos vieilles lunettes, nous voyons venir la révolution islamique d’Iran. N’aurions-nous jamais le droit d’espérer ? Que ne leur faisons-nous pas confiance, à ces peuples qui viennent, au-delà de la peur et des reproches, de prouver leur maturité politique ! Tout seuls. Face à un Occident tétanisé, jusqu’à oublier comment lui-même était devenu libre et démocratique.[…]

[…]Notre pays doit être aux avant-postes. Il ne nous appartient pas. Nous n’en sommes que les héritiers temporaires. C’est une France forte que nous avons reçue de nos parents. C’est une France forte que nous devrons léguer à nos enfants. Notre politique étrangère devra désormais, de Cuba à la Chine, tendre la main aux dissidents d’aujourd’hui, qui, du fond de leurs geôles, seront sans doute des héros demain, les futurs bâtisseurs de pays démocratiques et libres. Voyons-les. Parlons-leur. Soyons audacieux. N’ayons pas peur de la liberté. Eux, là-bas sur la place Tahrir, comme nous naguère à la Bastille, n’ont peur de rien.

Le Monde

Égypte : Une journaliste vedette de CBS violée et battue lors d’un mouvement de foule (Vidéo)

Lara Logan, 39 ans, a été violée et battue le 11 février dernier, à la place Tahrir, au Caire, le jour même des célébrations saluant la chute du président Hosni Moubarak.

La chaîne américaine CBS explique que Mme Logan, pressée par une foule survoltée, s’est retrouvée isolée de son équipe et de leurs gardes de sécurité pendant les célébrations. L’assaut qu’elle a subi a été « brutal et prolongé », affirme la chaîne dans un communiqué. La correspondante a été secourue par un groupe de femmes et des soldats égyptiens. La journaliste, qui est retournée aux États-Unis samedi dernier, se remet présentement de son agression dans un hôpital américain.

Lara Logan est l’une des principales correspondantes à l’étranger de CBS. Elle est chef des correspondants régionaux de CBS News depuis 2006. Elle est devenue très connue aux États-Unis en couvrant les conflits en Irak et en Afghanistan. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), depuis le 30 janvier 2011, au moins 52 journalistes ont été agressés et 76 ont été placés en détention pendant qu’ils couvraient les événements en Égypte. Tous ont depuis été relâchés.

Radio Canada et USA Today

(Merci à Gled86 & à diberville)

Lugan : « Les évènements de Tunisie et d’Egypte ont mis en évidence la double tare du journalisme français »

Editorial du nouveau numéro de L’Afrique Réelle  (février 2011) :

Le 5 janvier 2011, interrogé par Robert Ménard sur Itélé (la vidéo est visible sur mon blog), j’avais expliqué en quoi la position de Laurent Gbagbo était forte et comment, arcbouté sur la Côte d’Ivoire « utile », sa stratégie était de gagner du temps afin de mettre en évidence l’impuissance d’Alassane Ouattara. Contrairement à ce qui était alors affirmé par les « spécialistes » et les correspondants « sur place », j’avais également dit que Laurent Gbagbo n’était pas isolé et qu’il disposait de soutiens, tant en Afrique qu’ailleurs dans le monde. Dans ce numéro de l’Afrique Réelle nous revenons sur sa stratégie et sur celle de l’ONU dont le but est l’assèchement financier de son régime.

Le 16 janvier 2011, soit dix jours avant le début des évènements égyptiens, dans un communiqué consacré à la situation en Tunisie, j’écrivais : « Le prochain pays qui basculera sera l’Egypte (…) ». Or, si l’Egypte a été bousculée, elle n’a pas – encore ? – basculé car l’armée, au pouvoir depuis 1952 à travers Neguib, Nasser, Sadate et Moubarak demeure aux commandes. Dans la tradition historique égyptienne un « mamelouk » a donc remplacé un autre « mamelouk ».

Cependant, tout ne fait que commencercar la pression de la rue sert de paravent aux Frères musulmans et parce que l’armée est loin d’être monolithique.
Cette dernière est en effet composée de conscrits et de soldats de métier dont les préoccupations sont très différentes.
Quant au corps des officiers, il est divisé en trois courants aux forces largement inconnues : les officiers formés aux Etats- Unis et « théoriquement » garants de la paix avec Israël, les partisans d’une république islamiste et les nationalistes.
Comment vont-ils se positionner ? Là est la grande inconnue.

Les évènements de Tunisie et d’Egypte ont mis en évidence la double tare du journalisme français qui est le non recul par rapport à l’évènement et l’engagement partisan, les journalistes s’étant, sans la moindre distanciation, faits les porte voix des manifestants.

A ce sujet une distinction particulière revient à Catherine Coroller « envoyée spéciale » du journal Libération qui a intitulé son article en date du 7 février 2011 : « Comment les années Ben Ali ont pénalisé l’économie de la Tunisie ». Or, s’il est possible de considérer que le régime Ben Ali était autoritaire ou même dictatorial, on peut débattre de ce dernier point, il est en revanche insolite de lui reprocher d’avoir économiquement « pénalisé » la Tunisie. Je n’en veux pour preuve que le Rapport économique sur l’Afrique 2010 édité par la Commission économique de l’Afrique (ONU) et l’Union Africaine (voir la pièce jointe à cet envoi).

En ces temps d’emballements et de vapeurs démocratiques, méditons cette phrase prononcée le dimanche 30 janvier 2011 par Theodoro Obiang Nguema, le nouveau président de l’UA (Union africaine), lors de son discours de prise de fonction : « Les concepts de démocratie, des droits de l’homme, de bonne gouvernance, ne sont pas nouveaux pour l’Afrique, mais il convient plutôt de les adapter à la culture africaine ».

Le président équato-guinéen donne en quelques mots une leçon de d’ethnorelativisme à ces activistes de l’ingérence démocratique qui ont fait tant de mal à l’Afrique sud-saharienne. Plus encore, il enterre définitivement le diktat démocratique décrété à La Baule le 20 juin 1990 par François Mitterrand.
Qui osera contester la position de l’un des principaux producteurs d’or noir du continent au moment où les nuages s’amoncellent sur le pétrole arabe ?

Le blog de Bernard Lugan

Thierry Desjardins : «Et si la révolution gagnait la France ?»

Sur le blog de Claude Reichman, Thierry Desjardins souligne les similitudes entre les situations en Tunisie, en Egypte et en France et se demande «si le printemps 2012 ne sera pas un printemps français ?»

Ce n’est pas en France que le président nommerait lui-même le patron de France Télévision, que les journaux appartiendraient à Dassault, Rothschild, Bolloré, Bouygues ou Lagardère, que les anciens ronds-de-cuir des Hauts-de-Seine se retrouveraient à tous les postes clés de la police et de l’administration (…)

Personne, bien sûr, n’aurait l’idée saugrenue de comparer Nicolas Sarkozy à Ben Ali ou à Moubarak. La France n’est pas une dictature et son président n’est pas un potentat. Et pourtant… Quand on découvre dans les journaux ce qu’ont été les régimes tunisien et égyptien (ce qu’on savait d’ailleurs pour l’essentiel) et pour peu, bien sûr, qu’on ait mauvais esprit, on en arrive à se demander, par moments, si nous sommes vraiment dans une démocratie aussi irréprochable qu’exemplaire.

Qu’apprend-on en effet ? Au hasard :

Que les deux dictateurs avaient totalement muselé l’ensemble de la presse, nommant personnellement les patrons de l’audiovisuel alors que la presse écrite appartenait à quelques milliardaires, amis d’autant plus sûrs que leurs activités principales dépendaient, généralement, des commandes de l’Etat ; […]

Suite sur claudereichman.com

Kadhafi appelle les Palestiniens à suivre l’exemple égyptien et tunisien

Le numéro un libyen Mouamar Kadhafi a encouragé dimanche les réfugiés palestiniens à suivre l’exemple des révolutions tunisienne et égyptienne et à se masser aux frontières israéliennes jusqu’à ce que l’Etat juif accède à leurs demandes.

Nous vivons le temps des révolutions populaires. Il nous faut créer un problème international. Ce n’est pas une déclaration de guerre, c’est un appel en faveur de la paix», a expliqué Kadhafi à la télévision libyenne. «Tous les pays arabes qui entretiennent des relations avec Israël sont des régimes lâches», a-t-il ajouté.

Le dirigeant libyen a appelé les pays musulmans à unir leurs forces contre les puissances occidentales, expliquant que le monde était divisé entre une partie blanche, regroupant les Etats-Unis, l’Europe et leurs alliés, et une partie verte, le monde musulman.

La couleur blanche a décidé de se débarrasser de la couleur verte. Ces pays doivent être unis contre la couleur blanche car tous ces pays blancs sont les ennemis de l’islam», [...]

20 minutes

( merci à Létonné )

Egypte : Moubarak démissionne et remet le pouvoir à l’armée

Addendum : «Les Parisiens fêtent la révolution égyptienne» (Titre de France-Soir)

Addendum : Scènes de liesse à Paris

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Le président égyptien Hosni Moubarak démissionne et remet le pouvoir à l’armée, a annoncé le vice-président Omar Souleimane lors d’une intervention télévisée, après près de trois semaines de manifestations contre le régime.

« Compte tenu des conditions difficiles que traverse le pays, le président Mohammed Hosni Moubarak a décidé d’abandonner le poste de président de la République et chargé le conseil suprême des forces armées de gérer les affaires du pays« , a déclaré M. Souleimane dans une brève allocution télévisée.

Le Figaro / AFP

Egypte : Moubarak refuse de démissionner

Le président égyptien Hosni Moubarak, fortement contesté par la rue, a indiqué dans une allocution télévisée ce soir qu’il n’accepterait pas de diktats étrangers, et ajouté qu’il ne quitterait pas son siège de président avant les prochaines élections, tout en transférant ses pouvoirs au vice-président Souleimane.

«Le sang de vos martyrs n’a pas été versé en vain», a-t-il ajouté, en allusion aux affrontements parfois meurtriers lors des manifestations.

Le Figaro/AFP

L’armée américaine peut rétablir de force l’Internet dans un pays

Quand Hosni Moubarak a coupé l’Internet et les communications sans fil en Egypte pour casser la révolte populaire et pour diffuser de force des messages lui étant favorables, les occidentaux et notamment les Américains semblaient impuissants. En fait, l’armée américaine ne l’était pas. Elle est techniquement tout à fait capable de rétablir de force les communications et l’Internet dans un pays contre la volonté de son gouvernement. La raison pour laquelle elle ne l’a pas fait: ce serait considéré comme un acte de guerre.

Les unités spécialisées de l’armée américaine ont de nombreux outils, souvent secrets, pour forcer les réseaux de communication. C’est une option nouvelle intéressante pour les décideurs politiques entre ne rien faire contre un régime oppressif et envoyer les marines. Et cela donne aussi une crédibilité à l’affirmation de l’administration Obama selon laquelle l’accès à Internet est un droit de l’homme inviolable.

John Arquilla, professeur à l’école navale américaine, a passé des années à pousser l’armée américaine à se doter de moyens de mettre à mal les sites web de l’adversaire, de détruire la présence en ligne hostile et de couper les communications de l’ennemi. Ce que l’armée peut couper, elle peut aussi le rétablir, ou au moins remplir le vide.

Par exemple, le Commando Solo, un moyen de propagande de l’Air Force qui se trouve dans un avion cargo et est spécialisé dans la guerre psychologique en diffusant des messages radio et télévisés. L’avion est capable, grâce à une technologie secrète, de rétablir des connexions wifi coupées uniquement en survolant la zone.

Nous avons des moyens par satellites et d’autres qui peuvent intervenir et donner des points d’accès pour permettre aux gens d’être à nouveau en ligne, explique John Arquilla. Cela peut être fait à partir de navires. Vous pouvez avoir une cyber version d’une radio pirate. »

Des avions et des drones peuvent servir de relais de communications. Il y a aussi la possibilité de pénétrer les ordinateurs gérant les communications d’un pays.

Ce qu’il ressort de façon surprenante de l’article de Wired est que les problèmes ne sont pas techniques. Interrogé sur le sujet, un responsable du Pentagone souligne immédiatement que rétablir de force les communications dans un pays où la population se révolte est une question «théorique». Dans le cas concret de l’Egypte, «c’est bien moins un problème d’ingénierie qu’un problème politique», admet John Arquilla.

Slate

(Merci à Gérard le Savoyard)