Le projet de la gauche est-il ultralibéral ?

Pour François-Xavier Bellamy, normalien, professeur en classes préparatoires littéraires et maire adjoint à Versailles (sans étiquette), les valeurs et le projet de la gauche actuelle sont ultralibéraux.

Ce projet a la même cause que l’ultralibéralisme de marché : une volonté prométhéenne de faire des choix individuels la mesure de tout. Il a aussi les mêmes conséquences.

L’ultralibéralisme n’est pas mort. Souvenez-vous : à l’heure du triomphe de l’économie financiarisée, il prétendait que rien ne devait faire obstacle au marché. L’État ne devait pas fixer des normes, la morale n’avait rien à voir avec l’équilibre de la société, la protection de la nature était une lubie de marginaux passéistes.

Son credo était la consommation. Son obsession, la dérégulation. Sa référence, l’individualisme. Cet ultralibéralisme nous a entraînés dans la crise écologique et économique que nous traversons. [...]

Et pourtant, par une ironie de l’histoire, l’ultralibéralisme n’est pas mort : il s’est réincarné, triomphant et indiscuté… dans le projet politique de la gauche. La tentation ultralibérale est évidente dans les options des candidats de gauche sur chacune des questions de société : fin de vie, bioéthique… Les chercheurs veulent se servir de l’embryon comme d’un matériau ?

Les couples homosexuels demandent à se marier ? Quels que soient les sujets abordés, la réponse est identique : tout désir est légitime ; toute limite est rétrograde. La dérégulation est en marche. Elle se fonde sur le même cliché, celui d’un sens inéluctable de l’histoire, dans lequel la morale commune fait figure de fossile encombrant. […]

Valeurs actuelles

Montebourg (PS) : «Je suis le rempart du lepénisme»

A 49 ans, Arnaud Montebourg, le chantre de la «démondialisation», croit plus que jamais en ses chances. Entre deux déplacements de campagne, le candidat à la primaire socialiste reçoit le JDD.fr dans son bureau de l’Assemblée nationale pour le grand entretien hebdomadaire du journal.

Nous avons inventé l’outil qui permet rapprocher le PS de la société française, alors qu’il s’en était éloigné. Voilà pourquoi, si la primaire réussit, nous deviendrons invincibles.

Votre volonté de revenir à davantage de protectionnisme vous attire en revanche nombre de critiques. On vous accuse de vouloir revenir 30 ans en arrière. Mon programme est un projet républicain de reconstruction de la politique et de l’économie, devenue un cheval fou qui s’est échappé de l’enclos. Il faut un cavalier sur ce cheval pour reprendre les rênes. […]

Qui a ouvert la porte du box ? La droite ? La droite, mais aussi la gauche! C’est le cercle de la pensée dominante, qui comprend autant de libéraux de droite que de gauche.

Les Français sont à l’origine de la dérégulation mondiale, donc c’est à eux de réparer leur erreur? Oui. On doit bien ça au monde, non?

C’est là le sens de votre candidature ? Oui, exactement. Je défends une vision de la France et de l’Europe qui n’est défendue par personne : c’est pourquoi je suis candidat.

C’est donc plus une nécessité qu’une envie ? C’est une nécessité pour moi-même et pour des millions de Français! Je fais campagne pour les perdants de la démondialisation. Je suis le rempart du lepénisme, contrairement au procès que me fait une certaine classe politique. Mon projet est internationaliste, altruiste, et européen. Le sien est nationaliste, racialiste et haineux. […]

Le JDD

1er mars 1999 : l’OMC impose la dérégulation financière mondiale

La dérégulation à outrance des marchés financiers, ayant abouti à la crise des années 2007-2010, remonte au 1er Mars 1999.

C’est en effet sous l’impulsion de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) que des nations aussi diverses que Bahrein, les Etats-Unis ou l’Australie et représentant 90% du chiffre d’affaires mondial en terme de services financiers, signèrent le «Financial Services Agreement» (FSA), qui devait consacrer l’invulnérabilité des «Too Big To Fail» [trop gros pour faire faillite].

Cet accord ouvrait ainsi une voie royale aux fusions d’établissements financiers d’importance moyenne, qui avaient dès lors la bénédiction de l’OMC et de ses membres pour se transformer en mastodontes, sans devoir être inquiétés par les autorités internationales, ni devoir leur rendre des comptes…

Plus aucune restriction sur les nouveaux produits financiers, ouverture totale de leur marché à toutes les entreprises actives dans la finance et encouragements à la création de corporations géantes, telles étaient donc les directives acceptées, le coeur léger, par des pays qui considéraient cet accord comme une percée considérable dans l’histoire de la civilisation moderne.

Ces pays ont en effet, de facto, abandonné leur sort aux Too Big To Fail, en neutralisant et en limitant, de manière décisive, la marge de manoeuvre de leurs régulateurs. Wall Street peut dormir tranquille, car l’OMC veille au grain, les Etats-Unis n’adopteront pas de sitôt de lois interdisant produits à risques ou établissements financiers à buts purement spéculatifs !

De surcroît, ces Too Big To Fail poussent en faveur de la signature des accords dits de «Doha», qui exigent virtuellement une disparition pure et simple de toute régulation financière.
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L’or, gage de liberté et d’efficacité économiques

La thèse selon laquelle le libéralisme, voire « l’ultralibéralisme » serait à l’origine de tous nos maux ne résiste pas à l’examen. Les interventions systématiques et répétées des autorités publiques dans la vie économique et sociale montrent que l’étatisme est au moins aussi important.

Que ce soit la socialisation des pertes du système bancaire ou les politiques de relance de l’activité, les dernières initiatives du gouvernement américain ont de quoi faire enrager les libéraux. Pour comprendre pourquoi et comment les États (et derrière eux, l’oligarchie financière) ont pu pervertir à ce point le fonctionnement des économies, un article écrit par Alan Greenspan en 1966, et bien connu des défenseurs de l’or, est éclairant.

Surtout qu’en amont, la crise financière elle-même a été causée par une politique monétaire expansionniste : c’est à une stimulation artificielle du crédit et de l’endettement que l’on doit les célèbres bulles spéculatives dont l’éclatement a provoqué le krach Internet en 2000 et l’énorme collapsus de la fin 2008. Il faut bien l’admettre : les manipulations monétaires engendrent des crises financières et, par voie d’entraînement, économiques, de plus en plus rapprochées.

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« Sauvons nos emplois: délocalisons Pascal Lamy ! »

L’hebdomadaire Marianne nous offre un article pertinent du Prix Nobel d’Économie Maurice Allais, où ce dernier, dans une « lettre aux Français, » lance son cri d’alarme « contre les tabous indiscutés. »

Alors que nous traversons une crise importante, le seul Français Prix Nobel d’économie, écarté de la plupart des médias comme un éternel casse-pieds inclassable, n’est jamais sollicité pour donner à ses concitoyens ses explications des phénomènes dramatiques que nous vivons.

Quand, lors du dernier sommet du G20, nos dirigeants appellent à conclure au plus vite le cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en faveur d’une dérégulation accrue, Allais évoque leur « ignorance criminelle ». Car pour lui, « les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen. »

Lamy, affirme Allais, « ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage ! »

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