La famille, fondement de la société ? «Une erreur théorique fondamentale»

A l’occasion du premier anniversaire du mariage pour tous, l’anthropologue Maurice Godelier «déconstruit» l’a priori qui voudrait que la parenté soit le fondement de la société.

Un an après l’adoption du mariage pour tous, le 23 avril 2013, où en est la famille ? Les antimariage ne cessent de déplorer son effondrement, le nouveau gouvernement ne lui consacre plus de ministère et les partisans de la procréation médicalement assistée (PMA) et de la gestation pour autrui (GPA) attendent toujours – un rapport sur la filiation, cosigné par la sociologue Irène Théry et la juriste Anne-Marie Leroyer, a été publié cette semaine.

La famille est-elle au fondement de la société, comme l’affirment les anti-mariage pour tous ?

Pour ces opposants, principalement issus des couches chrétiennes, le mariage est un sacrement, l’union d’un homme et d’une femme devant Dieu et en Dieu. Le divorce est de ce fait interdit. Il faut distinguer ce dogme catholique de l’affirmation philosophique avancée par de nombreux penseurs depuis l’Antiquité, à savoir que la famille est le fondement de la société. Cette affirmation constitue une erreur théorique fondamentale. La famille joue un rôle essentiel dans la construction d’un individu car les enfants, partout, ont besoin des soins des adultes pour survivre. Il ne s’agit donc pas de minimiser l’importance de la famille et des liens de parenté, mais de ne pas prêter à la famille des missions illusoires. […]

Depuis près de deux mille ans, pour les chrétiens, les rapports sexuels dans le mariage ne suffisent pas non plus à faire complètement un enfant. Il faut que Dieu intervienne pour introduire dans le fœtus une âme qui va immédiatement être entachée par le péché originel transmis depuis Adam et Eve, d’où la nécessité de la laver par le baptême. Ce n’est plus la vision que nous présente la science du vivant. […]

Vous êtes en faveur d’une légalisation des mères porteuses. Pourquoi ?

Les mères porteuses permettent à des femmes qui ont des ovocytes, mais qui font régulièrement des fausses couches, d’avoir des enfants. Quand le bébé naît, il est génétiquement et socialement relié à l’homme et à la femme qui l’ont désiré. Auditionné par la commission des lois à l’Assemblée nationale au moment des débats sur le mariage pour tous, j’ai entendu les opposants à la légalisation citer le cas des Ukrainiennes qui font des enfants pour des couples européens aisés ou celui d’Indiennes qui, après douze enfants, en font un treizième pour le vendre, tous ces arguments me scandalisent. Nous ne sommes ni dans l’Inde des castes ni dans l’Ukraine postsoviétique. La France est un pays démocratique qui doit partir de sa propre démocratie pour avancer. Les mères porteuses, c’est un élargissement de la parenté. L’Etat doit donner un cadre juridique à cette pratique et l’autoriser.

Libération

« Modernisation » de l’État : rupture ou révolution culturelle à la chinoise ?

La réforme de l’État constitue l’un des axes de la présidence de Nicolas Sarkozy. Elle est activement conduite par l’Élysée sous le nom de code RGPP : Révision générale des politiques publiques. La méthode est simple : on change tout, on lance tous les chantiers en même temps. C’est la rupture, pilotée par les grands corps de l’État, qui se placent par la même occasion hors de portée du séisme qu’ils provoquent chez les autres.

Le bouleversement est en effet considérable : fusion progressive des grands corps techniques et des services déconcentrés de l’État, fusion des services d’assiette et de recouvrement de l’impôt, modifications statutaires tous azimuts, externalisations, réforme des concours administratifs « pour plus de diversité, » suppressions d’emplois, recrutements de contractuels à tous les niveaux etc.…

Certaines réformes, prises isolément, sont parfois bienvenues. Mais leurs bénéfices sont dilapidés par la dynamique d’ensemble de « la réforme de l’État » : car le parti pris de tout changer en même temps, crée le chaos. La RGPP ne débouche pas sur l’efficience mais sur une gabegie contagieuse.

Le tout, conduit à un rythme d’enfer : les audits, les réformes, les réorganisations se succèdent. De quoi faire apparaître la révolution culturelle chinoise comme une paisible transformation.

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