Houria Bouteldja : «Décoloniser l’Europe»

texte de Houria Bouteldja, porte parole du Parti des indigènes de la République (PIR) sur la «décolonisation» de l’Europe.

La question que l’on doit se poser et qui nous incombe à nous décoloniaux, c’est : que gagneront les Blancs en échange de la suprématie blanche ? Qu‘est-ce qui peut compenser la perte du privilège blanc ? […] En cette période de grave crise économique qui est aussi une crise structurelle du système, la lutte pour la préservation de la suprématie blanche s’exprime par la progression inquiétante des droites nationalistes et populistes. Que faire ?

Cela fait plusieurs années que notre organisation, consciente de l’enjeu politique immense que constitue l’espace politique européen, s’est investie dans la construction de liens militants à l’échelle européenne. […] Je dois commencer par faire un aveu : je ne sais pas ce que signifie « Décoloniser l’Europe ». Ou plutôt, j’ai peur de le savoir. Je crains que cela ne signifie : changement de modèle de civilisation. C’est un projet à inventer. C’est un chantier titanesque. Tout reste à construire. […]

Première question : Qu’est-ce qu’être décolonial ?

1. Avant toute chose, est décolonial celui ou celle qui a vaincu la fascination pour l’homme blanc, pour la civilisation occidentale. […]

Ma mère. L’autre jour, je lisais des articles sur internet. Elle me regardait. Et je lui ai dit : «C’est dommage que tu ne saches pas lire le français, tu pourrais lire comme moi». Elle me répond un peu tristement : «Non, ce que je regrette c’est de ne pas lire l’arabe. Je pourrais lire le Coran». Ma mère (et j’en suis pas peu fière) est décoloniale.

2- Il faut refuser le système d’intégration :

Sur le plan idéologique. Il faut résister à l’idéologie de l’universalisme blanc, des droits de l’homme et des lumières, du progrès, de la vision linéaire de l’histoire. […]

PIR

Nacira Guénif-Souilamas : «Un 21 avril a eu raison de toutes les illusions nourries sur l’exercice démocratique»

Nacira Guénif-Souilamas, sociologue et anthropologue, d’origine algérienne, redevenue française par «réintégration», n’attend rien de l’élection présidentielle.

Cinquante ans après la signature des accords d’Évian, vingt ans après avoir reçu ma première carte d’électrice, dix ans après avoir du voter contre mes convictions pour éviter le pire, est-ce tout ce qu’il me reste : voter pour du beurre, accepter d’abolir mon droit de vote à une raison politique vacillante ? Tout cela pour ça.

Pour ma part, l’inquiétude résulte de ce moment particulier qui tarde à venir, celui d’une décolonisation enfin accomplie et acceptée. Elle est pour l’heure différée par une matrice coloniale installée dans nos imaginaires et nos vies, entre oppression banalisée et silence complice. […]

Est-ce là donc le propos d’une écervelée de plus qui dispose du précieux droit de vote par erreur ? C’est possible : après tout je ne l’ai obtenu que tardivement. Mon premier bulletin portait sur le référendum de Maastricht, déposé dans une urne à 30 ans passés, une fois épuisée une procédure longue et mouvementée de réintégration dans ma nationalité de naissance[…].

Cette même année, un 21 avril a eu raison de toutes les illusions nourries sur l’exercice démocratique et sur les promesses qu’il lui revient de tenir. […] Si alors le portrait de la République était encore pimpant, voire pour beaucoup incomparable, à tout le moins regardable, depuis il s’est ourlé de convulsions politiques jusqu’alors dissimulées. Il s’est crevassé de toutes les haines que seuls les opprimés, les marginalisés et autres minorés colorés, migrants et descendants compris, connaissaient trop bien, de face, et de profil, au quotidien, dans leur expression routinière. Il est éclaboussé de toutes les vomissures d’un pays qui souffre d’indigestions identitaires répétées. […]

Le Nouvel Obs

Multiculturalisme : Le modèle marseillais, avenir de l’Europe?

Le modèle multiculturel marseillais offre-t-il une vision de ce que sera l’Europe dans le futur? Aujourd’hui l’immigration qui s’installe à Marseille est majoritairement d’origine musulmane:

«Si on écoutait les politiciens d’extrême droite, on pourrait penser que cette vague d’immigration signifie, inévitablement, qu’une attaque de puritanisme islamique viendra remettre en cause le mode de vie européen et forcer toute femme à s’habiller à la mode talibane, explique le journaliste du National Geographic. Mais ensuite, vous réalisez que la plupart des hommes et femmes qui se bousculent autour de vous sur les plages marseillaises sont d’origine africaine ou arabe, et que les jeunes femmes portent des bikinis, pas des burkas.»

http://img96.imageshack.us/img96/6539/stvicentdepaulcatholicc.jpg

Alors que beaucoup de pays européens deviennent des nations d’immigrés, Marseille pourrait être un modèle de multiculturalisme.

Non pas que cet équilibre soit facile à maintenir: le racisme et le communautarisme en témoignent, rappelle l’article.

(…) Au même moment, après la décolonisation de l’Afrique noire, et l’indépendance des pays du Maghreb, Marseille s’est également peuplée de personnes «issues de l’immigration», selon l’euphémisme en vigueur. «C’est-à-dire que souvent les grand-parents étaient en Algérie, les parents sont venus ici, et les petits-enfants sont Français avec un nom de famille arabe», explique Gaudin. Des Français, donc, mais encore perçus comme d’origine étrangère.

Bien sûr, le maire ne sait pas précisément quelle est la proportion de ces Marseillais «issus de l’immigration», pas plus qu’on ne connaît le chiffre de ceux qui sont de culture musulmane: la tradition républicaine française interdisant de tels recensements statistiques.

On cite souvent le chiffre de 250.000 musulmans, soit un quart de la population marseillaise.

Une des inquiétudes concerne non pas la caricature –la talibanisation supposée de Marseille– mais plutôt l’attrait de l’islam sur les catégories populaires de la ville, selon un membre du Crif local. Témoin des difficultés que traverse la ville pour construire son modèle multiculturel, la bataille juridique autour de la Grande Mosquée de Marseille, un projet annoncé par Gaudin en 2001 et dont la première pierre a été posée… en 2010.

Cette mosquée serait ornée d’un minaret qui dominerait la ville, un privilège longtemps réservé à la basilique de Notre-Dame-de-la-Garde… (…)

Slate

60% des Jamaïcains auraient préféré que leur île reste une colonie britannique

Ce devrait être une fierté que de faire partie de la Patrie de Bob Marley et d’Usain Bolt, mais, d’après un nouveau sondage, la plupart des Jamaïcains pensent que leur île serait mieux gérée sous direction britannique. (…)

Le sondage a concerné 1008 Jamaïcains – qui ont gagné leur indépendance en 1962.
60 % des Jamaïcains sondés auraient donc préféré que leur île reste une colonie britannique. Tandis que seulement 17 % pensent le contraire et que tout de même 23 % ne se prononcent pas.

Depuis l’indépendance, il y a une hausse de la criminalité, un lourd endettement et un gouvernement inefficace. En 1660, la Jamaïque compte 4500 Blancs et 1500 Noirs et à peine dix ans plus tard, soit en 1670, les Noirs formèrent déjà la majorité de la population de l’île.

Durant 200 années sous direction britannique, l’île devient un des pays qui produit et exporte le plus de sucre dans le monde. (…)

La Jamaïque gagne donc son indépendance totale, vis-à-vis du Royaume-Uni, en 1962.
S’ensuit une forte croissance économique, de l’ordre de 6 % par an, marquée par dix ans d’indépendance sous un gouvernement néanmoins conservateur.

Les inégalités de classes sociales se creusent et en 1972, le Parti National du Peuple l’emporte aux élections présidentielles.

Malgré les efforts fournis, le pays ne se relèvera pas économiquement.

De tout cela découle un résultat qui pourra en choquer certains, mais qui n’est en réalité pas vraiment une surprise.

Daily Mail (résumé de l’article bienvenu dans les commentaires)

(merci à Tom FC et Bonhomme pour la traduction)

La binationalité, un héritage de notre «passé colonial»

Séverine Labat, politologue et chercheuse au CNRS-ADIS, estime que la binationalité est, en partie, une conséquence du passé colonial de la France, en particulier en Algérie car «le consensus n’est toujours pas fait autour des tabous de la décolonisation et de la perte de l’Algérie française».

Au-delà d’une confusion dangereuse entre enjeux de politique internationale et intérieure, il y a là une réminiscence du passé colonial, notamment algérien, qui pourrait se révéler funeste pour notre cohésion nationale.

Il convient, à cet égard, de rappeler que, durant ses cent trente-deux ans de présence en Algérie, la France n’a jamais accepté d’octroyer la nationalité pleine et entière aux musulmans qui vivaient dans ses départements d’outre-Méditerranée. Or, depuis les accords d’Evian de 1962, qui mettent fin à la guerre d’Algérie, nos concitoyens issus de ce joyau de l’empire ont la latitude de jouir des mêmes droits que n’importe quel autre Français. […]

Le Monde