Identité nationale : «Il ne peut pas y avoir d’égalité, en France, entre ce qui est français et ce qui ne l’est pas»

Entretien avec Renaud Camus sur l’identité nationale.

Qu’avez-vous pensé de la polémique au sujet de l’installation d’une crèche de Noël dans la gare de Villefranche-de-Rouergue ?

Si l’on veut que la France survive, il ne peut pas y avoir d’égalité, en France, entre ce qui est français et ce qui ne l’est pas ; entre ce qui fait partie de notre culture, de notre civilisation, de nos traditions, et ce qui leur est étranger ; entre la religion de nos pères et celle des colonisateurs.

Je pense que l’égalité, si on la laisse faire, va détruire l’identité nationale, comme elle a détruit l’école et la culture. Ne nous y trompons pas : pourquoi la laïcité revient-elle sur le devant de la scène ? Parce que de bons républicains voient en elle un rempart contre l’islamisation de la société. Mais ce rempart mal bâti va retomber sur eux, et sur nous. Il en va là comme des lois natalistes, qui en fait précipitent le changement de peuple.

Pour interdire le voile islamique, on se croit obligé d’interdire en même temps tous les signes religieux. Et nous tolérons que la visibilité chrétienne soit bafouée, dans le vain espoir de pouvoir limiter grâce à cette concession la visibilité islamique, chaque jour plus manifeste.

Cette conception de la laïcité est un piège fatal, mais, derrière elle, c’est l’égalité elle-même qu’il faut remettre en cause. L’égalité, dès qu’elle sort de son lit strictement juridique — l’égalité en droit des citoyens —, emporte et détruit tout ce qu’elle touche : la famille, le champ culturel, l’identité nationale. […]

bvoltaire

Interdire les signes religieux au travail, un pas vers l’islamophobie d’État ?

Depuis l’histoire de la crèche Baby Loup, une partie de la classe politique réfléchit à un moyen d’étendre la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école à d’autres espaces publics. Pour les militantes féministes Louiza Belhamici, professeure de Lettres et Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue, c’est une « ineptie». Elles sont signataires de l’appel «Nous sommes toutes des femmes voilées».

On veut donc faire adopter une loi qui vise d’abord les femmes et devrait aboutir à exclure les plus vulnérables d’entre elles du monde du travail et de l’éducation, comme si elles étaient en trop dans cette société.

Depuis deux mois nos élus s’affolent à nouveau devant le danger que présenteraient à leurs yeux, jupes, foulards ou bandeaux trop longs, trop larges, trop voyants […]. C’est dans cette perspective qu’il a inauguré, peu de temps après, l’Observatoire de la laïcité dont la première mission est de réfléchir à une loi sur le port de signes religieux en entreprise.

La droite parlementaire s’est immédiatement engouffrée dans cette brèche en rédigeant une proposition de loi «visant à réglementer le port de signes et les pratiques manifestant une appartenance religieus ». Par une surenchère sur ce qu’elle considère à tort comme une atteinte au pacte républicain, elle cherche à griller la politesse à la gauche sur le dos de femmes qui n’en demandent pas tant.

Nous nous opposons à des lois que nous jugeons à la fois sexistes, parce qu’elles ne concernent que les femmes, et racistes, parce que ce sont les femmes musulmanes qui sont discriminées et menacées d’exclusion sociale.

Une telle loi, qui cèderait aux pires tentations populistes, serait contraire à l’esprit comme à la lettre de la loi de 1905 que les prétendus défenseurs de la laïcité ne cessent de bafouer. Elle constituerait une restriction des libertés religieuses que cette loi garantit. Elle ouvre de fait la voie à l’interdiction du port du foulard musulman dans tous les établissements privés gérant un service public et peut-être même, comme on l’entend déjà évoquer, dans les universités. […]

Car, contrairement à ce que déclarent tous ceux qui réclament le vote d’une telle loi, l’espace public n’est pas neutre. Il est le lieu de déploiement de la diversité, des appartenances, des cultures, des coutumes, des convictions, des histoires individuelles et collectives. En cherchant à le neutraliser on nie cette diversité, et on vise à imposer à tous une culture uniformisée et totalisante. […]

Le Nouvel Obs

Nice : vandalisme et tentative d’incendie d’une crèche dans le « quartier sensible » des Moulins

Une crèche a été vandalisée ce samedi soir dans le quartier des Moulins, à Nice, avant un incendie volontaire qui a échoué.

Une crèche située rue des Mahonias, dans le quartier des Moulins à Nice, a été vandalisée ce samedi soir aux alentours de 22h.

Les policiers se sont rendus sur place avec les pompiers, puisque les vandales ont aussi tenté de mettre le feu. Une tentative d’incendie volontaire qui a échoué.

Les dégâts sont malgré tout importants.

Nice Matin
(Merci à Marie Salers)

Religion au travail : «Les problèmes restent marginaux pour l’instant»

La religion au boulot pose-t-elle des problèmes ? Les chefs doivent-ils composer plus qu’avant avec les pratiques religieuses de leurs employés ? Est-ce une source de conflits récurrents ou la question est-elle anecdotique ? 80 % de managers interrogés disent ne pas ressentir de «malaise particulier» sur les questions liées au fait religieux dans leur entreprise, selon une étude. Les mots islam et musulmans ne figurent pas dans l’article…

La religion n’est pas un problème massif… pour l’instant.

Une étude intéressante vient d’être publiée par l’Observatoire du fait religieux en entreprise de Sciences Po Rennes, en partenariat avec le groupe Randstad France. Pour l’occasion, ont été interrogés 200 cadres des ressources humaines, 500 managers et 700 salariés. L’enquête, par questionnaire, a été menée entre septembre et mars 2013. Juste avant donc, l’arrêt de la Cour de cassation dans l’affaire de la crèche Baby Loup, où les juges ont donné raison à une salariée qui avait décidé de porter le voile au travail. Peu de temps après cette décision, François Hollande annonçait la nécessité d’une loi pour poser «des règles», n’excluant pas d’élargir le champ d’application à toutes les entreprises ayant «un contact avec le public ou remplissant une mission d’intérêt général ou de service public». [...]

Libération

Haoues Seniguer : «Une nouvelle loi stigmatiserait encore plus les musulmans et pourrait en radicaliser certains»

L’affaire de la crèche Baby Loup a ravivé le débat sur le port de voile. Les Français y sont majoritairement opposés dans les lieux privés et certains élus souhaitent une nouvelle loi sur la laïcité. Pour Haoues Seniguer, docteur en science politique une nouvelle loi serait contre-productive car elle stigmatiserait encore plus les musulmans».

Le sentiment de rejet de l’islam [...] pourrait même, à terme, en radicaliser certains, en les amenant peut-être à répondre aux sirènes d’extrémistes de tout poil. Il ferait aussi le lit d’un esprit victimaire.

Personne n’est dupe. Ce sont l’islam et les musulmans qui seront une fois de plus pris pour cœur de cible. Ceci suscite d’ailleurs d’ores et déjà parmi les musulmans, y compris chez les plus modérés d’entre eux, le sentiment d’être toujours les victimes expiatoires du marasme socioéconomique ambiant ! […]

En pareil contexte, ce serait donc éminemment contreproductif de recourir de nouveau à la loi pour réguler le port des signes religieux. En effet, le sentiment de rejet de l’islam, aussi diffus soit-il, sans doute exagéré quelquefois, risquerait de s’enraciner durablement dans l’esprit de nos concitoyens de confession musulmane. […]

Il semblerait, aux yeux de certains, que visibilité des musulmans, en particulier des femmes musulmanes, rimerait nécessairement avec prosélytisme ou «islamisation» de la France. Or, c’est là que le bât blesse : aussi sincères soient-ils, les partisans d’une nouvelle loi donnent un blanc-seing indirect aux thuriféraires de l’identité française (les «identitaristes») qui prétendent que notre pays serait menacé par l’islam et ses fidèles. Pour ceux-là très précisément, le foulard illustrerait à merveille la marque de leur avancée inéluctable dans l’espace public et leur subversion maligne et progressive des traditions françaises. […]

Le Nouvel Obs

L’Observatoire de la laïcité de nouveau sur les rails

Promis depuis des années, jamais concrétisé, l’Observatoire de la laïcité, présidé par Jean-Louis Bianco, ancien ministre et ancien Secrétaire général de l’Eysée, verra le jour en 2013.

Quinze membres ont été nommés, dont quatre parlementaires : le député PS Jean Glavany, la députée UMP Marie-Jo Zimmermann, la sénatrice PRG Françoise Laborde et le sénateur UMP François-Noël Buffet. Ensuite une dizaine de membres (philosophe, chercheurs, juriste….) sont désignés «en raison de leur compétence et de leur expérience».

«Il y a un enjeu dans la personnalité qui sera désignée», notait, avant l’annonce du nom de Jean-Louis Bianco, un proche de la mission laïcité. «Deux écoles s’affrontent: d’une part l’école française classique qui vise à délimiter clairement des espaces de laïcité. D’autre part l’école plus anglo-saxonne dite d’accommodement raisonnable», notion inspirée d’Amérique du Nord selon laquelle on adapte certaines règles, sur le lieu de travail par exemple, pour permettre la pratique d’une religion. Un débat relancé suite au récent arrêt de la Cour de Cassation dans l’affaire Baby Loup.

«Ce que je souhaite, c’est qu’on dépasse ces deux visions», affirme pour sa part le sociologue Jean Baubérot, l’une des figures de cette approche d’accommodement raisonnable. Il attend donc de cet Observatoire une «conception équilibrée», et d’autre part, qu’il enclenche une «réflexion de fond sur la laïcité, à froid». «Il y a un usage hypertrophié du terme laïcité, mais une confusion sur ce que cela recouvre», estime le sociologue. Un point sur lequel chacun semble s’accorder.

Le Figaro

La laïcité doit être pensée «en fonction des nouvelles réalités sociales et économiques, de l’immigration et des banlieues»

Tribune d’Eric Decouty dans Libération sur la laïcité dans le secteur privé.

Un nouveau débat politique sur la laïcité va s’engager et il est nécessaire. Car même si l’affaire de la crèche Baby-Loup est une histoire singulière, la décision de la Cour de cassation d’annuler le licenciement d’une employée voilée, pose une question essentielle. En substance : le secteur privé est-il débarrassé de toute contrainte quant au respect de la neutralité religieuse, le service public restant le seul à garantir les principes de laïcité ?

C’est ce problème juridique que François Hollande s’est engagé à régler, jeudi soir, pour qu’un des fondements de notre République s’applique aux deux mondes de notre société.

Mais les politiques qui vont devoir animer le débat, ont une responsabilité considérable. Il s’agit de penser le principe de laïcité en fonction des nouvelles réalités sociales et économiques, de l’immigration et des banlieues. La laïcité dans notre République doit prendre en compte ces différences sans vouloir l’uniformité.

Mais il incombe surtout au gouvernement – qui a des combats économiques autrement plus difficiles à gagner – de dépassionner le débat à venir. Car si l’enjeu est d’importance, en France aujourd’hui, le principe de laïcité n’est pas directement menacé.

Toute dramatisation, toute politisation aurait pour effet d’annihiler la réflexion. Paradoxalement, la question laïque peut permettre à François Hollande d’illustrer la république apaisée qu’il vantait durant sa campagne.

Libération

Crèche Baby-Loup : Risques de faillite et menaces de mort pour avoir dit non au voile islamique (vidéo)

Désavouée par la justice, la crèche Baby-Loup de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) craint des risques de faillite. L’équipe de la crèche a eu le temps d’évaluer les conséquences de la décision de la Cour de cassation du 19 mars dernier. Elle avait estimé que le licenciement en 2008 d’une employée, au motif qu’elle refusait d’enlever le voile, était « discriminatoire ».

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A la crèche, les stéréotypes genrés se portent bien

Un rapport de l’Igas, remis ce jeudi matin à Najat Vallaud-Belkacem, préconise un «pacte éducatif pour l’enfance» pour améliorer l’égalité entre les filles et les garçons dès la naissance.

Comment diminuer la perpétuation des stéréotypes entre les garçons et les filles dès la petite enfance? C’est l’enjeu d’un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (Igas) remis ce jeudi matin par la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem et que Libération a pu se procurer.

Pour les deux auteurs, les inspecteurs généraux Brigitte Grésy et Philippe Georges, à la crèche, «les pratiques, sous couvert de neutralité, confortent les stéréotypes». Si, dans la théorie, «il n’y aucune mention du caractère sexué des enfants dans les documents des collectivités territoriales et une affirmation de neutralité de la part des professionnelles», ils remarquent que des déséquilibres se créent malgré tout dans de nombreuses activités de ces lieux d’accueil.

(…) Libération

Seine-Saint-Denis : Le port du voile interdit à la Sécurité sociale

Alors qu’un arrêt de la Cour de cassation vient d’annuler le licenciement d’une salariée pour port de voile dans la crèche Baby Loup, mardi 19 mars, le même jour, un autre jugement de la Cour de cassation, moins médiatisé, a été rendu en défaveur des femmes voilées.

En clair, la justice réaffirme le droit pour les salariées du privé de porter le voile. Mais par contre, en plus de se voir fermer les portes des postes de la fonction publique, les emplois privés revêtant une mission de service public sont également fermés aux femmes voilées. La discrimination dont elles sont victimes dans le monde du travail est donc étendue.

En effet, dans l’affaire opposant une jeune femme voilée et son ex-employeur la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de la Seine Saint-Denis, la Cour a jugé que «les principes de neutralité et de laïcité du service public sont applicables à l’ensemble des services publics, y compris lorsque ceux-ci sont assurés par des organismes de droit privé». Elle a ainsi débouté la salariée qui dénonçait son licenciement pour port du voile islamique qu’elle portait en forme de bonnet. […]

Dans l’affaire Baby Loup, le fait que la crèche soit un établissement privée avait amené la Cour de cassation, à conclure, au contraire, que le licenciement d’une salariée voilée était une discrimination. […]

saphirnews