Rencontres d’Avignon : Nos ancêtres «Soundjata et Mohamed»

Les Rencontres d’Avignon, organisées par le Think tank culture médias Altaïr, dans le cadre du Festival Off, interrogent la société française. Sous le chapiteau, acteurs de la culture et des sphères médiatiques et politiques ont échangé autour d’une question : Comment la France peut-elle faire la paix avec son histoire coloniale ?

L’élargissement des ancêtres du peuple français est une réalité. On avait les Gaulois, les Francs, les Romains ; maintenant il y a Soundjata et Mohamed parmi nos ancêtres».

[…] Dominique Sopo, président de SOS Racisme, demande l’intégration des figures de l’histoire coloniale dans les symboles de la Nation : «Les ancêtres que l’on reconnaît à travers une nation sont de toute façon symboliques. Est-ce qu’on reconnaît Aimé Césaire comme tel ? Faire nation, c’est intégrer dans son imaginaire ce type de filiation». […]

Respect Mag

Djamel Debbouzze : « Les Alpilles? Le bled en France! »

Jamel Debbouze, qui réside souvent en pays d’Arles, s’y produira sur scène demain.

- Q : On vous sait un peu discret, alors de quoi parle votre spectacle?

- DD Je vous dis tout (Rires). Vous saurez tout. Ma vie, mon fils, ma femme, DSK, Wikileaks, Clearstream… tout y passe.
- Q : Vous avez un pied à terre dans les Alpilles? Qu’est ce qui vous a attiré?

- DD Je suis venu dans les Alpilles avec la MJC Charly-Chaplin de Trappes, j’avais 15 ans. Pour moi, c’est un peu le bled mais en France (rires). Un endroit pour bronzer, où il y a plein d’oliviers, le soleil et la chaleur. J’ai l’impression d’être au pays. C’est magnifique.

- Q : Et les Arlésiens, ne vous ont-ils pas inspiré un sketch?

-  DD : Je me suis beaucoup amusé à Arles pendant la préparation. Ces habitants m’ont inspiré. Je fais des improvisations sur Avignon et Arles, pendant quinze minutes, dans mon spectacle. Sans aucune limite, avec la tête et le coeur, sans jamais être irrespectueux.

(…)

- Q : On dit de vous, que vous êtes un artiste engagé. Est-ce vrai?

- DD : Je suis un artiste indigné. Je m’engage, j’aide, j’aime la proximité. Je n’aime pas la politique de salon. J’appelle les gens à voter conscient. J’ai la chance d’avoir des micros tendus. C’est une opportunité.
- Q : Justement, on est à un an des élections présidentielles, avez-vous un message à faire passer?

- DD : Oui. On ne peut pas être spectateur et ne pas être content dans son salon. Concrètement. On connaît votre combat contre l’extrême droite.

- Que pensez-vous de la popularité de Marine Le Pen?

- DD  Marine Le Pen ment. Elle annonce de faux chiffres sur l’immigration et la délinquance.

A Paris, il y a plus d’étranger et moins de délinquance. L’immigration rapporte à la France, et ne coûte pas un centime. C’est une valeur sûre. Il ne faut pas lutter contre son immigration. Elle ne coûte pas un euro.

Tout ce que veut Marine Le Pen c’est rouler en Citröen. Elle dira tout pour arriver au pouvoir. C’est une femme dangereuse pour la République.

La Provence

(Merci à parciparla)

«Les Européens n’ont plus conscience de leur héritage culturel»

Jean-François Mattéi, professeur à l’université de Nice Sophia Antipolis, a publié Le procès de l’Europe. Grandeur et misère de la culture européenne (PUF), ouvrage dans lequel il souligne différents aspects de la culture européenne dont la laïcité, les racines chrétiennes. et … les vertus de la colonisation.

Tout se passe comme si les élites intellectuelles de notre temps avaient peur de rappeler que l’Europe possède, non pas d’abord, non pas surtout, mais également un héritage chrétien. À une époque où l’on nous demande d’insister sur la dimension mémorielle de l’Histoire, il est étrange de vouloir effacer une partie du passé européen.

Pourquoi défendez-vous une sorte de suprématie de la culture européenne ?

Je pense que la culture européenne est une métaculture dans le sens où elle a imposé ses normes aux autres peuples à travers la découverte et l’étude de leurs cultures. Aucune autre culture n’a inventé l’ethnographie ou l’anthropologie.

La volonté de transgresser les frontières, d’aller voir plus loin l’inconnu, cette curiosité insatiable de l’autre est une attitude typiquement européenne. Toutes les autres cultures ont été des idiosyncrasies qui se sont perçues sous un angle particulier alors que la culture européenne a instauré une culture de l’universel. Il est vrai qu’elle en a parfois fait mauvais usage. La grandeur de la civilisation européenne a toujours été de prendre conscience de ses méfaits et de tenter de les corriger.[…].

Le Point

Sonner le glas de la France d’Astérix… (Le Monde)

Entretien avec Virginie Martin, sociologue et politologue Euromed Management…

C’est une France sortie tout droit du petit village d’Astérix et d’Obélix dans laquelle nous nous débattons….. Une France d’antan, dotée de quelques héros vieillissants indéboulonnables, une France de la nostalgie, qui se rêve encore à la fois hexagonale et impériale, qui ne sait pas faire avec la complexe modernité, une France qui se veut universelle, laïcarde, jacobine ; un pays qui pense encore avoir raison contre le monde entier, qui refuse le multiculturalisme, une contrée reculée où la loi Hadopi règne et où les voiles disparaissent…. (…)

Pourtant, cette République française peut être ouverte et généreuse mais à quelques conditions : il suffit d’être homme, blanc, hétérosexuel et de préférence de culture chrétienne. C’est la conception archaïque et dépassée que propose aujourd’hui la France en ayant l’outrecuidance et la suffisance de penser que son modèle est idéal…. Le mythe de la « french touch » sommeille encore en nous. (…)

La France du petit gaulois blanc est restée un espace hiérarchisé, vertical et isolée du monde quand la planète entière est devenue polycentrée, réticulaire et horizontalisée.

Il est important de commencer à prendre un tournant et à changer de paradigme. Celui-ci aurait à voir avec une lecture post-coloniale de notre pays, qui du coup, serait en mesure de dépasser son ethnocentrisme étouffant et pourrait envisager le monde de façon moins auto centrée. Cette nouvelle France ferait certainement fondre quelques unes de nos statues de cire. Une France de la modernité et du post-colonial. Cette France serait enfin capable d’adopter ses queer(s) (étrange en anglais) : ses indigènes, ses jeunes, ses étrangers, ses différents… cette France serait capable de s’élever au delà des binarismes, des normes normatives et impérieuses. Une France transnationale…. qui aurait sonné le glas du pays d’Astérix….

Le Monde

(Merci à Tobias)

Jean-Pierre Lledo : Quelques histoires à ne pas dire sur l’Algérie

Juste des faits, des témoignages. Pour déconstruire les mythologies qui fondent l’imaginaire national algérien. C’est avec sa caméra que le cinéaste Jean-Pierre Lledo s’attache depuis des années à les recueillir. À travers Algérie, histoires à ne pas dire, présenté ce soir, il revient sur les crimes cachés de cette guerre de libération qui fut aussi, à ses yeux, une guerre d’épuration ethnique.

Après avoir fui l’Algérie, son pays, en 1993, suite à l’assassinat de deux de ses amis par les islamistes, c’est en France que Jean-François Lledo poursuit sa carrière de cinéaste entamée dans les années 1970. La censure est certes moins présente mais il faut se battre pour trouver des financements.

Je me suis très vite aperçu que mon discours critique dérangeait aussi les Français. Ils veulent une histoire anticoloniale et idéalisent aujourd’hui cette Algérie. »

En 2005 et 2006, Jean-Pierre Lledo se rend en Algérie pour tourner son film et recueillir des témoignages. « Je découvre que la guerre a été conduite en fonction de deux objectifs. Le premier assumé par le FLN : mettre fin aux relations avec la France. Le second non avoué : que l’Algérie soit purifiée de ses non-musulmans. Ils n’auraient plus à faire avec la question difficile des minorités. Jamais un système de cohabitation entre communauté n’a été imaginé. » [...]

Midi Libre

François Durpaire : «Electoralement, la gauche sera multiculturelle ou ne sera pas»

François Durpaire, historien des identités à Paris I, membre du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage juge que la gauche française a tort de se couper des «minorités visibles». Il affirme que la gauche échouera en 2012 si elle n’assume pas le thème de la «pluralité identitaire».

« La gauche doit offrir un contenu politique renouvelé : une laïcité ouverte qui n’apparaisse plus comme hostile à l’identité musulmane (…) »

En deux siècles, notre pays a connu trois révolutions : après la révolution politique, née de 1789, puis la révolution sociale, née des luttes ouvrières du XIXe siècle, nous assistons, depuis trente ans, à une révolution multiculturelle qui fait suite au brassage de populations lié aux migrations postcoloniales. La gauche a non seulement accompagné mais porté les deux premières révolutions. Elle se montre en revanche impuissante à penser ce qu’il est courant de désigner sous le terme de « diversité ». (…)

Aujourd’hui, la déconnexion est patente entre la gauche et les enfants de l’immigration postcoloniale, longtemps considérés comme un électorat naturel, parce qu’étant fils d’ouvriers ou de petits fonctionnaires. En occultant l’autre partie de leur identité, qu’ils sont fils d’ouvriers mais algériens musulmans, filles de petits fonctionnaires mais martiniquaises, la gauche a omis de leur parler d’une partie de leurs préoccupations et de leurs attentes. (…)

Si la gauche ne fait pas le plein des voix chez les moins de 30 ans – en assumant le thème de la pluralité identitaire -, elle échouera face à la réalité démographique. Quel que soit son candidat, elle ne pourra pas l’emporter en 2012 en recueillant 80 % des voix chez les moins de 30 ans, mais avec une part minime du corps électoral. (…)

Le Monde

Benjamin Stora fait un lien entre les émeutes de 2005 et la guerre d’Algérie

Addendum du 26/11/10 : Menaces de mort contre Benjamin Stora

Suite à la parution, lundi sur le Bondy Blog, d’une interview portant sur la guerre d’Algérie, l’historien est l’objet de commentaires assassins sur le site d’extrême droite fdesouche.com. Certains ne veulent pas d’une pacification des mémoires entre la France et l’Algérie, nous, comme Stora, la voulons

(…) Ce langage de guerre civile, diffusé sur Internet et dont le site précité n’a pas l’exclusivité, est insupportable. La justice doit-elle pour autant ordonner la fermeture des portails et blogs où il se propage ? On est tenté de dire « non ». La parole doit être libre. On ne combat pas des arguments, aussi choquants et ignobles soient-ils, par des mesures d’interdiction a priori. On les combat par d’autres arguments. Mais si la parole est libre, elle se doit d’être responsable, et la loi condamne les auteurs de menaces de mort ainsi que ceux qui leur offrent une tribune pour les exprimer. « La valise ou le cercueil », c’est clairement une menace de mort.

Le Bondy Blog est non seulement aux côtés de Benjamin Stora dans son combat pacifique pour ce qu’on appelle, un peu pompeusement mais peu importe, la réconciliation franco-algérienne ; il l’est aussi face à la meute de ces citoyens-commentateurs qui aimeraient bien le jeter à la mer après l’avoir déchiqueté.

Bondy Blog

22/11/10 :

Benjamin Stora, né à Constantine (Algérie), professeur à Paris VIII-Saint-Denis consacre deux ouvrages à la guerre d’Algérie, dont un revient sur le rôle de François Mitterrand, alors ministre de l’intérieur puis garde des sceaux. Il analyse les émeutes de 2005 et fait le lien avec la guerre d’Algérie.

« La réconciliation ne suffit pas. Il faut aussi la justice. Sortir de la guerre des mémoires n’implique pas d’effacer les ardoises. »

Y a-t-il un lien entre les émeutes de 2005 et la guerre d’Algérie ?

Peut-être, je pense que c’est lié, inconsciemment. Et puis, l’année 2005 est très intéressante, avec trois moments clés. Elle commence par la loi de février sur «le rôle positif de la colonisation». Elle se poursuit dans un débat étrange sur le «non» au référendum sur le Traité constitutionnel européen. Un «non» très social, citoyen. Mais aussi un «non» très souverainiste, très replié sur la France profonde. N’oublions pas que Le Pen, Villiers ont voté contre le traité. Le « oui » pouvait être l’ouverture, le refus des frontières, la lutte contre la xénophobie.

L’année 2005 se termine sur la question de la banlieue, du sentiment d’abandon dans les quartiers, de l’humiliation et du racisme. Je crois qu’il y a un lien entre tout cela à savoir la redéfinition d’un «lien national». Comment reconstruire une nation si on fait abstraction du passé, si on glorifie le colonialisme, si on rejette l’Europe ? Si on commence à renforcer les frontières, demain cela sera les visas et la chasse aux immigrés. On ne construit pas l’avenir en restant ancré dans un nationalisme étroit.

Bondy Blog