Syrie. Père Paolo Dall’Oglio : «Il y a des islamistes démocrates et des djihadistes démocrates»

Après avoir œuvré en Syrie pendant 30 ans pour le dialogue islamo-chrétien, le prêtre jésuite Paolo Dall’Oglio il a pris fait et cause pour l’opposition syrienne. Expulsé par le régime de Bachar al-Assad en 2012, il publie depuis son exil La rage et la lumière, un livre-témoignage sur sa vie et son analyse du conflit syrien vécu de l’intérieur. Interview.

La dhimmitude est perçue en Occident comme une institution d’asservissement de la minorité. Un peu court. Dans une époque pré-démocratique, elle constitue un instrument du pluralisme. (L’Express 10/05)

Toutes les nouvelles de Syrie sont mauvaises. Prêtre et homme engagé dans l’opposition, voyez-vous des raisons d’espérer ?

[…] Après deux ans de tragédie, nous nous rendons compte, plus qu’avant, que quelque chose de plus global se joue. En Syrie, nous voyons à l’œuvre à la fois l’Amérique post-bushiste, le néo-soviétisme, les tensions meurtrières entre sunnites et chiites, la confessionnalisation de toute la région, la paralysie européenne pour des raisons internes à l’Europe. Et comme tant d’autres sociétés arabes, nous nous nous demandons quelle pourrait être la compatibilité entre une politique islamiste et une démocratie mûre et pluraliste.

Le djihadisme est le fait de prendre les armes pour rétablir la justice. C’est la guerre sainte islamiste. Il y a des islamistes démocrates et des djihadistes démocrates, comme il y a des djihadistes extrémistes, radicaux, clandestins, criminels, en relation avec les services secrets syriens et les mafias des narcotrafiquants. C’est donc quelque chose de complexe.

Vous avez vécu 32 ans en Syrie. Êtes-vous devenu Syrien ?

Je suis un citoyen du monde avec une spécificité syrienne et avec des origines italiennes. Qu’est-ce que la nation ? Ce n’est pas la race. C’est une aventure culturelle. La nation est dans la fréquentation culturelle, dans l’empathie et dans l’engagement. En ce sens, oui, je suis Syrien.

Je soulignerai que les combattants d’al-Qaida sont des frères et des sœurs en humanité. Dans mes échanges avec eux, j’ai reconnu des hommes et des femmes qui ont une passion religieuse, un sentiment religieux que je partage.

Tous les chrétiens, y compris des jésuites, ne partagent pas votre analyse de la situation. Ils ne croient pas à la résistance armée, mais à une solution négociée.
Il ne faut pas oublier que beaucoup de chrétiens doivent s’exprimer prudemment car ils vivent toujours sous la coupe du régime. […]

Peut-on dialoguer avec Bachar al-Assad ?

Auriez-vous été prêt à parler avec Hitler en 1944 ? Je ne pense pas qu’on puisse discuter de son «droit » de tuer, de discriminer et de considérer un peuple comme un peuple esclave. […]

Mais vous dites en même temps qu’il faut discuter avec des combattants d’al-Qaida qui commettent aussi des crimes. […]

Je suis rejeté par le régime syrien et par les islamophobes chrétiens. Quand je mise sur l’évolution de l’islam, je vais à l’encontre de la perception que beaucoup ont des musulmans.

La Vie; L’Express

Allez faire un tour à Saint-Denis et demandez : «A quel peuple appartenez-vous ?»

Extraits d’un texte de Sadri Khiari, publié dans l’ouvrage collectif Qu’est-ce qu’un peuple, (Éditions La Fabrique, 2013).

Vous n’avez rien à faire ce samedi ? Allez donc faire un tour à Saint-Denis – ligne 13 ou RER C – et interrogez les passants. Repérez un Français noir ou arabe et demandez-lui : «A quel peuple appartenez-vous ? » S’il vous répond «j’appartiens au peuple français», vous saurez que c’est un lèche-bottes. S’il vous répond sincèrement, il vous dira «J’appartiens au peuple noir – ou arabe ou berbère, malien, marocain, musulman, sénégalais, algérien, africain… » Repérez par la suite un Français dit de souche et posez-lui la même question. Il ne vous dira pas : «J’appartiens au peuple blanc ou européen ou chrétien» ; il vous répondra : «Je fais partie du peuple français. »

[…] Se revendiquer d’un peuple, c’est bien plus que cela. C’est établir le groupe auquel on appartient dans la société et affirmer son rapport privilégié à l’État ou, pour être plus précis, à l’État-nation. Que deux fractions importantes de la même population française, l’une largement majoritaire – reconnue par l’État et se reconnaissant en lui – et l’autre minoritaire – non reconnue par l’État et ne se reconnaissant pas en lui -, aient des réponses opposées, cela pose un problème stratégique majeur à l’une comme à l’autre. […]

En dehors de groupuscules d’extrême-droite, le même déni demeure, aussi bien à droite qu’au sein l’écrasante majorité de la gauche.

Si j’écris «le peuple français est le peuple français blanc», je me verrai, en effet, accusé d’utiliser le même langage que les identitaires suprématistes blancs. Je ne peux pourtant pas faire autre chose que de l’écrire : le peuple français est le peuple français blanc ! Et j’ajouterai, pour être plus précis : européen et chrétien d’origine.

Les autres, ceux qui n’ont pas eu la chance de naître blancs, européens et chrétiens, font et ne font pas partie du peuple : ils sont le tiers-peuple. Ce n’est pas dire ce que dirait un militant néo-nazi, mais dire ce que pensent plus ou moins clairement tous les Français. C’est dire, surtout, la réalité des rapports de pouvoir et des rapports aux institutions de pouvoir de la majorité blanche, européenne et chrétienne face à la minorité issue de l’immigration non-européenne. […]

Indigènes de la République

Pakistan : En quête de protection, des chrétiens candidats pour les islamistes

Pervaiz Masih, un chrétien pakistanais est candidat pour le parti de la Jamaat-e-Islami à Peshawar. En rejoignant des partis islamistes, les chrétiens du Pakistan espèrent être mieux protégés face à la montée du fondamentalisme. Géant musulman de 180 millions d’habitants, le Pakistan compte entre trois et quatre millions de chrétiens.

«L’islam est la seule religion qui protège le droit des minorités. Si la loi islamique est appliquée ce seront donc les minorités qui en bénéficieront le plus», lance Akram Waqar Gill, un chrétien du Pendjab inscrit sur la liste des islamistes de la Jamaat-Ulema-e-Islam.

Le 9 mars 2013 restera à jamais gravé dans les mémoires des chrétiens de Joseph Colony, ghetto miséreux perdu dans les entrailles de Lahore (est), capitale du Pendjab. Ce jour là au petit matin, près de 3.000 musulmans en colère, deux fois plus que les chrétiens de Joseph Colony, y ont saccagé et incendié plus d’une centaine de maisons de la minorité. Les assaillants assurent qu’un chrétien avait tenu des propos jugés «blasphématoires» envers l’islam. Les victimes soupçonnent elles un motif moins louable : la foule aurait été poussée par des commerçants musulmans décidés à faire main basse sur les modestes terres chrétiennes. […]

Ce jour là, la Ligue musulmane des frères Nawaz et Shahbaz Sharif (PML-N), au pouvoir dans la province du Pendjab, comme le Parti du Peuple pakistanais (PPP) alors à la tête du gouvernement fédéral, ont laissé libre cours à la rage. Mais les deux partis ont ensuite versé une généreuse compensation financière aux victimes de Joseph Colony. Et à quelques jours du scrutin législatif, leurs affiches tapissent les murs du quartier. «Ils ont chacun donné 5.000 dollars par famille, nous allons donc voter pour eux», explique Mehmood Masih, approuvé par ses amis.

Pour éviter d’autres dérapages comme Joseph Colony ou Gojra, petite ville du Pendjab où sept chrétiens avaient été brûlés vifs par des musulmans en 2009, d’autres chrétiens ont fait un choix surprenant: voter et même se présenter sous la bannière des partis islamistes ! […]

Dans l’orthodoxie musulmane, le versement d’une taxe spéciale, la «jizya», garantit aux chrétiens la «protection». Ici, il n’est toutefois pas question d’un impôt particulier, mais de bâtir des ponts pacifiques entre communautés. […]

L’Orient Le Jour (Merci à DANY)

Nigeria : 39 morts dans de nouvelles violences entre chrétiens et musulmans

Trente-neuf personnes ont été tuées et 30 gravement blessées dans des affrontements entre chrétiens et musulmans dans le centre du Nigeria, un pays régulièrement meurtri par des violences religieuses.

Les affrontements se sont produits vendredi dans la localité de Wukari, située à 200 kilomètres de Jalingo, capitale de l’Etat de Taraba. Les participants au cortège funèbre d’un chef traditionnel de l’ethnie Jukun, à majorité chrétienne, ont traversé un quartier musulman en criant des slogans que des musulmans ont jugé provocants, ont expliqué des habitants.

«32 maisons ont été détruites dans les violences», a ajouté le porte-parole de la police, précisant qu’un couvre-feu avait été décrété et que 40 suspects avaient été arrêtés. [..]

Ces violences se produisent deux semaines après un bain de sang dans la localité de Baga, dans le nord-est du pays, où l’armée a affronté des membres présumés du groupe islamiste radical Boko Haram, les combats faisant environ 200 morts. [...]

Le Point

Persécutées, les minorités chrétiennes attendent beaucoup du nouveau pape (vidéo)

La lutte contre la persécution des chrétiens à travers le monde sera sans nul doute l’un des défis à relever pour le nouveau pape. En Egypte, Euronews est allé à la rencontre de cette communauté stigmatisée par un gouvernement issu de la mouvance islamiste.


Persécutés, les minorités chrétiennes attendent… par euronews-fr

Pakistan : Une centaine de maisons appartenant à des chrétiens incendiées

Une vive discussion sur la religion entre deux amis pris de boisson est à l’origine d’une émeute hier à Lahore, au Pakistan, au cours de laquelle des musulmans ont incendié plus de 100 maisons appartenant à des chrétiens, ont indiqué aujourd’hui la police et des témoins.

Plus de 3000 musulmans en colère ont pris d’assaut Joseph Colony, un quartier chrétien de Lahore (est), après l’arrestation d’un chrétien accusé d’avoir tenu trois jours auparavant des propos blasphématoires contre le prophète Mahomet. Les violences n’ont pas fait de victimes. La police a indiqué avoir arrêté plus de 60 personnes soupçonnées d’avoir participé aux violences et le porte-parole du gouverneur de la province du Punjab a promis le tribunal antiterroriste aux émeutiers.

Sawan Masih a été arrêté vendredi après avoir été dénoncé par un ami musulman, Shahid Imran, l’accusant de blasphème, crime passible de la peine capitale au Pakistan, pays troublé de 180 millions d’habitants dont 97% sont musulmans. Un grand nombre de chrétiens avaient alors fui leur foyer, craignant des représailles. […]

Les victimes vont recevoir 200.000 roupies chacune en compensation et les autorités prendront à leur charge le coût des reconstructions, selon le gouvernement du Punjab.

Le Figaro

LICRA : «Nous avons été élevés avec l’idée que les racistes et les antisémites étaient blancs, chrétiens et de droite»

La nouvelle donne : c’est ainsi qu’Alain Jakubowicz, président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) nomme les nouveaux combats de l’anti- racisme d’aujourd’hui. Nouvelles technologies, internationalisation, racisme anti-blanc ont reconfiguré le racisme ordinaire. La Licra veut s’adapter.

«C’est l’adaptation du combat antiraciste à l’évolution de la société. Les temps ont changé, les acteurs et les vecteurs ne sont plus les mêmes : nous ne sommes plus dans le monde qui a vu la montée du FN et la marche des Beurs». Il ajoute «Aujourd’hui nous devons combattre un antisémitisme lié à l’importation du conflit du Moyen-Orient se dissimulant sous le faux nez de l’antisionisme. Tout cela doit être pris en compte par les militants de l’antiracisme ».

Pour le président de la Licra, le combat antiraciste post-Seconde guerre mondiale, post-colonial, postmai 68 n’est plus actuel. «Nous avons été élevés avec l’idée que les minorités étaient consubstantiellement victimes et que les racistes et les antisémites étaient blancs, chrétiens et de droite. Tout ça a complètement explosé» dixit Jakubowicz, qui ajoute : «Aujourd’hui le racisme et l’antisémitisme sévissent à droite et gauche, à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Le racisme n’a ni couleur de peau, ni religion».

Le vocable de racisme anti-blanc n’est pas adapté, presque impropre selon Alain Jakubowicz. «On travaille à trouver le bon terme» dit-il.

«On ne peut néanmoins ignorer que ce racisme anti-blanc n’a pas les mêmes conséquences que le racisme subi par les minorités«» précise-t-il. «Car il n’entraîne pas de discriminations, que cela soit pour accéder à un travail, à un logement, ou entrer en boîte de nuit. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas le prendre en compte ajoute-t-il, car les victimes, elles, portent les mêmes blessures». […]

Licra/Actualités Juives