L’illettrisme des cadres, un phénomène méconnu et tabou

Comme 2,5 millions de Français, des cadres sont en situation d’illettrisme dans l’entreprise. Le phénomène, impossible à quantifier, échappe à tous les dispositifs prévus en matière de lutte et de détection. Les responsabilités qu’ils occupent en font des illettrés à la marge de la marge.

(…) Le Monde

Les cadres de la SNCF inquiets de déménager à Saint-Denis (93)

Si la ville de Saint-Denis séduit les entreprises parisiennes en quête de foncier à prix très modérés, elle convainc en revanche plus difficilement leurs salariés. Ainsi, avant même de déménager dans les anciens locaux d’ArcelorMittal, les cadres de la SNCF semblent franchement réticents à l’idée d’être délocalisés dans cette ville. Même sentiment chez les salariés d’Orange.

Pour les rassurer, Guillaume Pepy va renforcer les patrouilles sur le RER D qui dessert le site. Il aurait même envisagé de construire un accès privé depuis une gare.

«Une rumeur a couru un temps disant que certains hauts cadres s’étaient même renseignés afin d’évaluer le coût d’un dédit. Trop cher, apparemment», raconte Thierry Robert, secrétaire général de l’Union nationale des cadres, maîtrises et techniciens de la fédération FO des cheminots. «Les gens s’inquiètent beaucoup, même si nous n’avons eu pour l’heure aucun écho d’agressions commises sur le personnel de la direction de l’ingénierie à Saint-Denis depuis quelques années déjà, constate pour sa part Gilles Grellet, le secrétaire général de la CGT services centraux. Mais 80 % des agents ne sont pas satisfaits de ce déménagement.» […]

Confrontés à des problèmes récurrents d’insécurité depuis leur arrivée en mars 2010 à Saint-Denis, les salariés d’Orange Business Service ne sont, trois ans après leur déménagement, pas plus rassurés qu’avant. «À l’heure du déjeuner, il n’y a qu’à voir la cantine: elle est au bord de la saturation car les gens sont tellement peu sécurisés ici que personne n’ose mettre le nez dehors», constate Sébastien Crozier, délégué syndical CFE-CGC-Unsa chez France Télécom. Pourtant, les mesures de sécurité ont été renforcées: filtrage serré à l’entrée du bâtiment, «grands frères» chargés de surveiller et de jouer les médiateurs, consignes régulièrement martelées par la direction afin que les cadres ne sortent pas un téléphone portable à la main, qu’ils se déplacent à plusieurs…

Le Figaro

Le FN à la chasse aux cadres : réussira-t-il à devenir un parti de gouvernement ?

Marine Le Pen va déposer prochainement les statuts d’une association, le « Rassemblement bleu marine », en vue des élections municipales de 2014. Dans le même temps, le Front national se lance dans un processus de recrutement et de formation de cadres.

Le talon d’Achille du Front national est la matière grise.

C’est classique, c’était le cas du Parti communiste au moment de son décollage après la seconde guerre mondiale. Ce sont des partis qui manquent cruellement de cadres formés pour pouvoir gouverner. Ils sont donc obligés de les former. Du temps de Bruno Mégret, le FN avait une école de cadres. Elle marchait d’ailleurs assez bien, avec des séances de vidéo, de media-training, des formations sur la situation politique et économique, sur les idées du parti, etc. Tout cela permettait aux candidats de se légitimer, car le parti a de cruelles difficultés à recruter dans les sphères compétentes.

Avec le retour de l’argent et des militants, ils vont pouvoir remettre en place cette dimension de la formation, qui est absolument centrale pour eux. C’est néanmoins révélateur, il ne faut pas l’oublier, de l’absence de cadres compétents qui se rallient à eux. Le PS et l’UMP sont des machines de guerre politiques absolument redoutables, avec des tas de gens qui sortent des grandes écoles, qui ont des expérience en cabinet ministériel, qui ont géré des villes… Au FN, ils n’ont pas ça. Ils ont seulement quelques conseillers régionaux, et c’est nettement insuffisant pour peser dans les débats et pour acquérir véritablement une culture de gouvernement.

(…)

Ce n’est pas par de la formation interne au sein d’un parti qu’on acquiert une culture de gouvernement.

Cela passe soit par des écoles qui permettent de faire des stages qui forment à cela (Ena, Sciences Po, Grandes écoles de commerce, fac de droit), soit par l’exercice de mandats importants, municipaux ou régionaux, où on exerce le pouvoir.

(…) Mais ce n’est absolument pas comme cela qu’on acquiert une culture de gouvernement, et d’ailleurs les gens qui dispensent ces formations n’en ont pas, à part Philippot, qui a fait un passage au ministère de l’Intérieur, mais n’a jamais fait partie d’un cabinet ministériel, et Bertrand Dutheil de La Rochère, ancien chef de cabinet de Chevènement. Il y a quelques personnages isolés qui ont cette compétence et peuvent la transmettre, mais à l’échelle d’un parti, c’est totalement insuffisant. C’est le gros défi du FN.

(…)

Les politologues pensaient que ça allait être le cas, moi-même à un moment, je n’étais pas loin de le penser. Mais quelqu’un qui franchit le Rubicon prend deux risques : d’une part, celui d’être discriminé, parce que le FN, malgré tout, sent encore le souffre ; et d’autre part, celui d’être mis sur une voie de garage.

Qu’a-t-on comme mandat quand on a des compétences politiques à faire valoir et qu’on rejoint le FN ? Ils ont combien de députés ? Deux. Même Philippot, avec son expérience et tout énarque qu’il est, se retrouve avec rien, à part des responsabilités internes. Pareil pour Dutheil de La Rochère. Il y a donc un risque en termes d’image et un risque en termes de rétribution à proprement parler.

Tant qu’on sera dans un système législatif uninominal à deux tours, finalement, qu’auront ces gens ? Des postes de conseillers généraux, régionaux, municipaux. Mais quelqu’un qui veut faire carrière a pour l’instant plus à perdre qu’à gagner à aller dans ce parti politique

(…) Atlantico

France : 9000 cadres tunisiens devraient être employés par an selon un accord de 2008

Dans un communiqué rendu public en date du 7 février 2012, le ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi, Abdelwaheb Maâter a rappelé, sur un ton réprobateur, que la France avait conclu avec notre pays un programme pour l’emploi des cadres en 2008, prévoyant de recruter quelque 9000 Tunisiens par an en France.

Cette situation ne peut durer, car si l’on veut renforcer l’amitié avec la Tunisie, on doit impérativement être à ses côtés dans ces moments critiques !

Or, cette collaboration en matière d’emploi a atteint au meilleur des cas, 3000 postes offerts. De ce fait, le ministère tunisien de l’Emploi qualifie cette convention de mort-né, tout en ajoutant que les Tunisiens comprennent mal le retard et la nonchalance de la France à réaliser les objectifs de la révolution et à aider la Tunisie à remporter le pari de l’emploi.

L’ambassadeur français a, de ce fait, réitéré son engagement personnel et sa disposition à concrétiser effectivement ladite convention au cours de cette année, et d’aplanir les différents obstacles. Un accord a même été conclu entre le ministère tunisien et l’ambassade française de former une commission mixte qui œuvrera à ce que ces 9000 emplois par an, soient réellement offerts aux Tunisiens.

businessnews (Merci à derville)

Le carriérisme, symptôme d’un Etat faible

Tribune libre de Paysan Savoyard

Le départ de hauts fonctionnaires vers le secteur privé est depuis plusieurs années un phénomène d’ampleur, qui illustre assez bien les évolutions en cours. Les hauts fonctionnaires quittent le service d’un Etat dévalorisé : sa mission et sa légitimité ne font plus recette. L’idée que l’Etat doit être servi et défendu parce qu’il est le garant de l’intérêt général apparaît aujourd’hui dépassée, comme semble d’ailleurs dépassé le concept d’intérêt général lui-même. L’idéologie individualiste est devenue dominante : dans ce contexte, l’Etat apparaît comme un archaïsme et un obstacle.

 

En outre, du fait de la décentralisation, de la construction européenne et de la privatisation des entreprises publiques, une partie croissante du pouvoir détenu jusqu’alors par l’Etat a été transféré à d’autres structures : cet Etat discrédité et vidé de ses prérogatives n’intéresse plus ses cadres (le montant des rémunérations offertes par le privé achevant de décider les hésitants).

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35 ans de difficultés économiques et sociales… qui n’auraient pas dû avoir lieu

Tribune libre de Paysan Savoyard

Posons cette question simple : dans quelle situation, du point de vue économique et social, la majorité de la population française se trouve-t-elle et comment cette situation a-t-elle évolué ces dernières années ?

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On peut répondre rapidement de la façon suivante : la condition de la grande majorité de la population française s’est fortement améliorée au cours des « trente glorieuses. » Puis, à partir du milieu des années 70 (période au cours de la laquelle se produit une crise économique brutale), la position d’une partie significative de la population a cessé de se bonifier et a même commencé à se dégrader : le chômage massif s’installe ; le partage de la valeur ajoutée devient moins favorable aux salaires ; l’imposition se concentre sur la classe moyenne ; les premiers durcissements du système de protection sociale interviennent.

Ce processus de dégradation est jusqu’à présent resté limité. La catégorie la plus nombreuse, celle des salariés, a pu même bénéficier, encore récemment, de différentes améliorations : 5e semaine (1982) ; retraite à 60 ans (1982) ; 35 heures (2000), cette dernière mesure ayant constitué une réforme très favorable pour une partie des salariés, notamment les fonctionnaires et les cadres. Un durcissement du régime de retraite est intervenu (en 1993 pour le secteur privé, en 2003 pour la fonction publique) mais il est jusqu’ici resté modéré. Quant au chômage, il est certes demeuré massif, mais son impact a été amorti par les nombreux dispositifs de « traitement social. »

Cependant le sentiment dominant au sein de la société française est que la période favorable inaugurée dans les années 50 à désormais définitivement pris fin ; que la situation va maintenant se dégrader de façon continue et sérieuse ; et que la position des jeunes générations devrait être significativement moins bonne que celle qu’ont pu connaître les classes d’âge précédentes.

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France : le creusement des inégalités devrait continuer

Une étude de l’INSEE, parue le 02 avril 2010, illustre la très forte augmentation, entre 2004 et 2007, du nombre de personnes à très hauts revenus (information donnée hier sur Fortune). Plus généralement, l’augmentation des inégalités est mise en évidence par l’Institut. Selon lui, elle s’est poursuivie sur la période précitée et devrait s’amplifier encore.

A l’autre bout du spectre [des revenus], le taux de pauvreté connaît «une relative stabilité après une longue baisse», a expliqué Jean-Louis Lhéritier, un expert de l’INSEE, lors d’une conférence de presse. En 2007, le seuil de pauvreté correspond à un niveau de vie de 908 euros par mois et concerne 13,4% de la population, soit huit millions de personnes.

Pourquoi y a-t-il un creusement des inégalités ?

Parce qu’il y a une «déformation très importante de la hiérarchie des salaires».

D’une part, «il y a de plus en plus de bas salaires, de plus en plus d’embauches au SMIC», explique Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE, «car il y a une pression très forte pour réduire les coûts du travail». Un phénomène couplé avec l’externalisation des emplois les moins qualifiés, qui ne profitent pas des avantages sociaux de l’entreprise principale.

D’autre part, «pour ceux qui ont des compétences particulières, il y a une augmentation très importante des rémunérations», analyse Henri Sterdyniak. Pour éviter de voir ces cadres fuir à l’étranger, ils sont notamment rémunérés avec des stock options. Conséquence : ils ont intérêt à ce que la rémunération du capital soit la plus forte, en limitant [notamment] les salaires.

Plus globalement, pour Nicolas Bouzou, économiste et dirigeant de la société d’analyse Asterès, le «problème fondamental est celui de la croissance. Le PIB a peu augmenté, alors que la part des classes supérieures a beaucoup grossi». La part du gâteau à se partager, pour les classes moyennes et les plus pauvres, est donc plus mince.

«On assiste à un écrasement des classes moyennes, dont les salaires ont moins l’occasion de progresser», explique Nicolas Bouzou. «On est passé d’une société en pyramide à une société en sablier», selon un processus décrit par Jean-Marc Vittori. «C’est un phénomène très structurant pour l’économie, la consommation. On n’aurait par exemple pas un tel débat sur le bouclier fiscal, s’il n’y avait pas un problème» de redistribution, analyse l’économiste.

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