i>Télé, Ca se dispute, 24/11/12
« Je pense qu’il faut que l’UMP explose. »
Eric Zemmour
i>Télé, Ca se dispute, 24/11/12
« Je pense qu’il faut que l’UMP explose. »
Eric Zemmour
(…) Estimant que «la politique d’immigration de François Hollande était meilleure que celle de Claude Guéant», Minc juge néanmoins qu’«une victoire de M. Sarkozy aurait été meilleure pour l’économie française, mais [qu']elle aurait suscité une immense aigreur à gauche».
Gêné par la stratégie «buissonnière» adoptée par le président sortant, le visiteur du soir soutient que c’est le discours qu’attendait la société:
«Quand, au mois de janvier, M. Sarkozy fait la campagne que j’aime —sur le rattrapage de l’Allemagne, la compétitivité, la TVA sociale—, il ne gagne pas 1 point. Quand il fait la campagne « buissonnière », il en gagne 5 à 6. Cela me désole, mais cela en dit long sur la France. Le diagnostic de M. Buisson n’est pas complètement faux.»
Et la France n’est selon lui pas à gauche en dépit de la victoire du candidat du PS.
«Le faible écart avec M. Hollande montre que la France n’est pas de gauche. Celle-ci ne peut gagner que par effraction: Chirac a fait perdre Giscard en 1981; la dissolution a fait perdre la droite en 1997; aujourd’hui, la gauche a gagné du fait de la crise.»
Le candidat PS a visé l’électorat évoqué dans une fameuse note du think-tank Terra Nova. Le candidat UMP a suivi la stratégie élaborée par son conseiller Patrick Buisson. Tous deux ont placé la question identitaire au coeur de leur campagne. A juste titre tant cette thématique trouve un écho profond au sein de la France d’aujourd’hui. (…)
Dans ce contexte, les deux candidats, qui ne proposent aucune véritable alternative économique et sociale à une France populaire fragilisée n’avaient d’autre solution que de cliver sur des thématiques d’ordre « socio-culturelles ». Or, s’il est évident que le camp sarkozyste est allé dans cette direction, on ne voit pas qu’en réalité la gauche a aussi fait ce choix, plus discrètement. On ne voit pas à ce titre à quel point la stratégie « Buisson » fait écho, et a contrario, à celle du think-tank Terra-Nova. Dans les deux cas, il s’agit d’opter pour le « socio-culturel ».
François Hollande fait le plein en banlieue, dans les dom-toms, dans les grandes villes, chez les catégories diplômées, etc. Inversement, Sarkozy réalise ses meilleurs résultats dans les espaces ruraux.
Disons qu’il existe désormais un clivage socio-culturel gigantesque au sein de la France : 48,38% des électeurs se sont tout de même positionnés sur une thématique qu’on a dit « fasciste » et identitaire. C’est une nouveauté. L’évolution socio-culturelle du pays évolue vers un clivage de plus en plus marqué.
Surtout, il apparaît que cette dimension est désormais intégrée au discours politique. Si la droite a « cogné » très fort (je pense notamment aux sorties de Claude Guéant..), la gauche a aussi participé à cette ethnicisation du discours en fascisant Sarkozy. Les attaques d’Axel Kahn qui a déclaré dans l’entre-deux tours que la mobilisation autour de Nicolas Sarkozy au Trocadero c’était Nuremberg ou de Mélenchon qui traite Sarkozy de « petit blanc raciste » en sont une illustration. Si la droite a ciblé l’immigration musulmane, la gauche a fascisé Sarkozy et indirectement son électorat en sous entendant qu’il était xénophobe, blanc, etc.
Aujourd’hui, il existe une immense fracture sociale entre les classes populaires et dominantes, qu’elles soient de droite ou de gauche. Mais il se double d’une fracture culturelle à partir d’une nouvelle géographie sociale. La France périphérique rurale industrielle et périurbaine, celle des petites et moyennes villes, adhère plus volontiers aux thèses « lepeno-sarkozystes » tandis que la France des grandes agglomérations constitue désormais des bastions de la gauche. Un clivage qui tend à se renforcer à chaque élection. (…)
(…) Certains n’ont pas attendu l’heure légale pour dégainer.
Des cadres de droite ont commenté la défaite de Nicolas Sarkozy avant 20h dimanche en fin d’après-midi. Selon David-Xavier Weiss, secrétaire national de l’UMP, la stratégie mise en place par Patrick Buisson, conseiller controversé de Nicolas Sarkozy, est « un échec total ».
Le responsable média et presse de l’UMP a envoyé un communiqué à 19h40 qui affirme: »Le centre de gravité de l’UMP sera recentré, les stratégies plus que droitières animées notamment par Patrick Buisson se sont avérées un échec total. » Il enfonce même le clou :
»C’est surtout à M. Buisson que nous devons la défaite de la droite par le refus de toute ouverture voire de tout débat sur les sujets de société comme le mariage gay, le droit de vote des étrangers aux élections locales ou encore l’euthanasie ». (…)
L’ancien porte-parole de l’UMP, et proche de Jean-Louis Borloo a été assez critique avec la stratégie de l’entre-deux tours de Nicolas Sarkozy qui a fait un virage à droite. Tenant d’une droite sociale, Paillé qui a quitté l’UMP en 2011 a lancé les hostilités. C’est la ligne du parti telle qu’elle se dessinera dans les mois qui viennent qui est ici en jeu.
Christian Estrosi, le ministre de l’industrie avait lui la tête déjà à l’après. Dans une interview à l’AFP il a évoqué l’avenir de l’UMP :
« Personne ne doit remettre en cause la légitimité de Jean-François Copé » à la tête du parti.
« Je serai un des plus combatifs pour dénoncer toute attitude qui tendrait à diviser notre famille politique. Il y a une légitimité en place, celle de Jean-François Copé. »
Les différentes sensibilités de l’UMP vont devoir cohabiter dans l’attente des législatives.
Jean-François Copé lui-même avait déjà évoqué dans la semaine la création de courants au sein de la formation politique : « En application des statuts de l’UMP, je proposerai à mes amis après le 6 mai de permettre aux différentes sensibilités de pouvoir s’exprimer plus fortement en créant des mouvements au sein de l’UMP. » L’affrontement au sein de la droite risque d’être à couteaux tirés.
RTL ‘Z comme Zemmour’ 7/05/2012
la campagne Buisson ne pouvait pas rattraper complétement, 5 ans de renoncements, d’incohérences, voire de trahisons