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Le patronat allemand appelle à assouplir la législation pour embaucher des réfugiés. Et en France ? La Nouvel Obs a interrogé des chefs d’entreprise lors de l’Université d’été du Medef.

“J’ai eu un salarié africain qui était en situation temporaire. Nous avons fait des demandes, nous lui avons donné un CDI qui lui a permis d’obtenir sa carte de séjour. Mais c’est un serpent qui se mord la queue, il faut un CDI pour obtenir des papiers, et être naturalisé pour pouvoir signer un CDI. Le problème, plus largement, est qu’avec plus de 10% de chômeurs, on ne manque pas de main d’œuvre. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas agir face à une situation humaine dramatique. Mais il faut accepter que cela fera un peu plus de chômeurs.” ( Jérôme Arnaud, Président de Doro)

Les migrants, c’est le genre de sujet qui reste délicat à aborder à l’Université d’été du Medef. […] Les affaires en dépendent. Ils ne se bousculent donc pas pour que leurs marques soient citées à l’occasion d’un sujet de société plutôt anxiogène : la condition des réfugiés, avocats, médecins, jeunes ou anciens chômeurs qui ont quitté leur pays en guerre et qui pointent aux frontières de l’Europe pour y refaire leur vie.

Florence Mercadé-Choquet, 54 ans,LMC partenaires, cabinet de 13 avocats spécialisés en droit du travail

Il faut absolument dédiaboliser la question des migrants, notamment face au discours imposé par le Front national en ce moment. Il est vrai que certaines questions se posent au préalable. Dans les travaux publics, avec la question des travailleurs détachés, des sous-traitants, du travail illégal, les chefs d’entreprise font face à des problématiques qui peuvent être similaires à celles qu’ils peuvent rencontrer lors de l’embauche de réfugiés. Il y a parfois des problématiques liées à la culture ou aux pratiques religieuses de certains salariés. Car le principe de laïcité ne s’applique pas à l’entreprise. Et depuis “Charlie hebdo”, certains groupes se forment au sein de certaines entreprises pour faire valoir des revendications liées à l’organisation du travail. C’est compliqué à gérer pour une entreprise. Cela ne doit pas pour autant occulter certaines réalités. Les réfugiés viennent en Europe pour survivre. Ils fuient la violence. Ils surmontent des situations inimaginables. Ils ont une volonté très forte, et cela se transforme en plus-value pour l’entreprise. Il faut bien voir que certains pays, notamment maghrébins, ont une culture très proche de la nôtre, ce qui fait que le droit ou les normes comptables sont très proches également. Et de plus, du fait des différences culturelles, les personnes qui en sont originaires ont souvent des angles de réflexions différents et très précieux. C’est un scandale que nous en accueillions si peu.

Etienne Giros, Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique

La mauvaise réponse, c’est blanc ou noir, sans mauvais jeu de mot. Il faut s’enrichir de la mixité. Dans les nouvelles technologies, les Africains peuvent nous aider. Ce n’est pas un secret que les hôpitaux français emploient des médecins africains. Le problème est qu’on est confronté à 5 millions de chômeurs. Cela dit, si les réfugiés ont un statut, des papiers, les entreprises les embauchent. Reste à voir si les entreprises ont des marchés. Car c’est la condition pour qu’elles investissent.

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