La novlangue parmi nous

(tous les exemples sont tirés de la presse ou des médias)

  • Ne dites plus clandestin mais candidat à l’immigration (Figaro)
  • Ne dites plus clandestin, immigré illégal, ni même sans-papiers, mais privés de papiers (source)
  • Ne dites plus discrimination positive mais encadrement différencié (Belgique) (voir)
  • Ne dites plus quartier à majorité immigrée mais quartier populaire (tous les médias)
  • Ne dites plus ni crimes, agressions, violences, mais plutôt actes de délinquance ou incivilités. Et encore mieux bêtises (source) ou faux-pas (France 2). Récent : les inconduites (CNRS)
  • Ne dites plus émeutes ou guerre des gangs mais incidents (partout)
  • Ne dites plus immigration mais mobilité européenne (Frattini, commissaire européen) (voir)
  • Ne dites plus immigré mais client (autorités finlandaises) (voir)
  • Ne dites plus bandes mais identités de quartier (LCI.fr)
  • Ne dites plus des bandes de noirs et d’arabes mais des jeunes qui se regroupent souvent sur des considérations ethniques » (Belgique) (voir)
  • Ne dites plus  enfants d’immigrés mais enfants issus de familles d’éducations éloignées (source)
  • Ne dites plus attraper les voleurs mais lutter contre les délits d’appropriation (France) (voir)
  • Ne dites plus des vauriens font des graffitis mais des graffeurs habillent la ville de couleurs ». (source)
  • Ne dites plus un voyou notoire mais un individu défavorablement connu de la justice (tous les médias)
  • Ne dites plus mosquée mais centre culturel et religieux. (partout)
  • Ne dites plus fusillade mais bagarre par balles (source)
  • Ne dites plus Français moyen attaché à sa culture mais raciste (source : FDS)

Ne dites plus terrorisme islamique mais activités anti-islamiques » (2008, autorités britanniques) (voir)

• A classer : éducation à l’altérité, citoyen, républicain, valeurs républicaines, démocratie, action citoyenne, discrimination positive (et al)

Novlangue et charabia idéologique

• Le «Comité des Amis Lyonnais de Barack Obama» demande la création d’une Maison des Cultures Africaines et Maghrébines. « Lieu de savoir, de culture, d’échange, la MCAM serait le lieu central du métissage de notre Diversité ».(source) (capture)

• Une association parle de ses réalisations : « (…) On a eu l’idée de cette manifestation. Une façon de s’amuser tout en présentant un vrai métissage d’interventions » (source)

• Un blog communiste : « Les tentations identitaires et communautaristes entrent en collision avec les aspirations à l’altérité, au métissage et à l’universalisme. » (source) (capture)

• Festival « Cité Métisse » à Cholet : « Cité Métisse, festival de la solidarité et de la tolérance (…). Au programme, des musiques variées, des danses métissées, mais aussi un grand forum anti-discriminations, des animations citoyennes, des rencontres associatives. Intergénérationnel et multiracial, le festival est une grande fête de famille…» (source)

RATP : « Notre politique de ressources humaines porte un message fort d’égalité des chances, d’ouverture et de solidarité. Performante par ambition, citoyenne par vocation, la RATP (…). Nous conduisons notre activité de façon à la fois éthique, solidaire et transparente. » (source)

• Jack Lang, en août 2008 au Festival Sziget (Budapest) : « Ce festival est un modèle de rencontres, de métissage et d’échanges« . (source) (l’important dans cette déclaration est la notion de modèle, qui confirme qu’il s’agit bel et bien d’une nouvelle idéologie et d’un projet politique.

• Un obscur Sénégalais de Bordeaux demande de débaptiser certaines rues : « Ce serait une initiative de justice urbaine«  (source)

• Un colloque du MEDEF : « La diversité culturelle qui rassemble toutes les expressions et productions culturelles, patrimoniales et contemporaines, constitue la condition première au dialogue des cultures, à leur enrichissement et à leur compréhension mutuelle. Elle favorise une culture de la paix et constitue un des fondements du développement durable et des pratiques démocratiques ». Une participante évoque la richesse issue du partage et du dialogue entre les différentes cultures religieuses et ethniques.» (ici) ()

L’hyper-charabia : un sport de haute compétition

  • Tiré du journal du CNRS : « Dès les premiers contacts entre l’Homo sapiens et l’homme de Neandertal, des matériaux, des formes, des croyances ou des idées se sont mélangés. Ils ont ainsi donné naissance aux premiers objets métis (…) Toujours en mouvement, le métissage voyage d’un continent à l’autre, se modifie et s’enrichit. » (lire l’article)
  • L’universitaire Louise Merzeau explique : «La société en ligne nous ferait passer de l’instance englobante du nous à la religion du you, à la fois, pluriel et singulier, injonctif et convivial » . (source)

Prix intergalactique de novlangue

Une page de langue de bois d’une pureté surnaturelle, signée Nadia Bellaoui, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement, déléguée à la jeunesse, à l’égalité et à la diversité. Un extraordinaire résumé de la bouillie conceptuelle qui fait aujourd’hui office de pensée.

«Terre d’immigration depuis des siècles, [c'est faux] la France est une société multiculturelle. Le métissage, le brassage des cultures sont des ferments fertiles quand la Nation reconnaît ces apports. A l’inverse, le racisme et les discriminations se nourrissent de la méconnaissance de l’autre.

Si la lutte contre les discriminations est une condition essentielle de la pleine effectivité d’un des fondements essentiels de notre République, l’égalité devant la loi, sans distinction d’origine, de race ou de religion, notre société multiculturelle suppose que nous accomplissions un effort supplémentaire, celui qui consiste à rencontrer l’autre, dans sa différence et de développer un goût partagé pour la diversité culturelle.

Consacrer un “devoir d’histoire” et un “droit à la mémoire”, faire une place aux mémoires collectives dans l’histoire nationale pour permettre qu’un lien se crée entre des futurs citoyens au passé et à la mémoire différents.

C’est l’exigence ultime et nécessaire de la diversité dans la République. Le succès historique de la laïcité a résidé dans le fait qu’il a donné la priorité à la protection des individus par l’Etat contre toute pression des groupes religieux. Paradoxalement, son futur repose sur sa capacité à s’adapter à la diversité culturelle et religieuse, à la respecter et à ne pas la considérer comme un fardeau mais comme un défi et une opportunité. (ici, )

Langage et négation du réel

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Le texte d’Orwell

« Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer.

Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées. (…) Le processus continuera encore longtemps après que vous et moi nous serons morts.

Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. Il n’y a plus, dès maintenant, c’est certain, d’excuse ou de raison au crime par la pensée.

C’est simplement une question de discipline personnelle, de maîtrise de soi-même. Mais même cette discipline sera inutile en fin de compte. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait. (…)
Vous est-il jamais arrivé de penser, Winston, qu’en l’année 2050, au plus tard, il n’y aura pas un seul être humain vivant capable de comprendre une conversation comme celle que nous tenons maintenant ? »

Extrait de 1984 – G.Orwell – Voir aussi le dictionnaire novlangue de Polemia

Stopcrime : la stupidité protectrice

par Emmanuel Goldstein (in 1984, G. Orwell)

« On exige du citoyen, non seulement qu’il ait des opinions convenables, mais aussi des instincts convenables. S’il est naturellement orthodoxe, il saura, en toutes circonstances, sans réfléchir, quelle croyance est vraie, quelle émotion est désirable. (…)

La première et la plus simple phase de la discipline qui peut être enseignée, même à de très jeunes enfants, s’appelle en novlangue « stopcrime« . Le « stopcrime« , c’est la faculté de s’arrêter net, comme par instinct, au seuil d’une pensée dangereuse.

Il inclut le pouvoir de ne pas saisir les analogies, de ne pas percevoir les erreurs de logique, de ne pas comprendre les arguments les plus simples, s’ils sont contre l’ [idéologie dominante].

Il comprend aussi le pouvoir d’éprouver de l’ennui ou du dégoût pour toute suite d’idée capable de mener dans une direction hérétique. Stopcrime en résumé signifie stupidité protectrice

Des sociologues anglais dressent une liste de mots « offensants »

Traduit du Télégraph, édition du 20 septembre 2008 :

En Grande-Bretagne, des sociologues ont dressé une liste de mots « offensants » à ne plus employer. Parmi eux : « civilisation », « immigration », et « noir ».

Des éditeurs et des universités tentent de bannir des dizaines de mots en apparence anodins mais qui, estiment-ils, pourraient s’avérer « offensants ». Les expressions bannies figurent sur une liste initialement élaborée par plusieurs sociologues.

Cette liste comprend par exemple l’expression « Grands Maîtres », utilisée depuis des siècles pour désigner les grands peintres. La quasi-totalité d’entre eux étant des hommes, le « Grand Maître» serait discriminatoire envers les femmes et il est conseillé de le remplacer par « artistes classiques ».

La liste a été dressée par la British Sociological Association, dont les membres comprennent des dizaines de professeurs, de conférenciers et de chercheurs. On y trouve les mots « immigrés », « pays en voie de développement » et « noir ». Quant aux termes « patient » ou « personne âgée », ils renverraient une image négative et devraient donc être abandonnés.

«Une police du comportement moral » menée par une armée de groupes militants, d’enseignants et de médias».

Cette initiative intervient après qu’une commission (?) ait banni l’expression « l’homme de la rue », jugée sexiste , et qu’une autre ait prohibé le mot «brainstorming» qui serait offensant pour les épileptiques.

La liste des mots « sensibles » est l’objet de vives critiques. Elle est perçue comme une censure injustifiée et qui suppose, à tort, que les gens seraient choqués par des vocables utilisés depuis des décennies. Le professeur Frank Furedi, sociologue à l’Université du Kent, a déclaré être choqué quand il a vu la longueur de la liste et avec quel empressement les universitaires l’ont adoptée.

« J’ai été vraiment pris de court quand j’ai découvert que le terme « Chinese Whisper » (téléphone arabe) était offensant, parce qu’il pourrait avoir une connotation raciste. J’ai été désespéré de constater que le mot « civilisé », l’un de mes préférés, ne devait pas être utilisé par les auteurs respectueux des différences culturelles, car il aurait une connotation raciste ».

Pour le professeur Furedi, cette censure s’apparente à une « police du comportement moral » menée par une armée de groupes militants, d’enseignants et de médias, qui mènent une « croisade » en vue d’interdire certains mots et pour promouvoir leurs propres solutions politiquement correctes.

Selon lui, les gens devraient voir ces tentatives visant à interdire certains mots comme une coercition du langage et un moyen de mettre fin au débat, plutôt qu’une tentative allant dans la bon sens pour protéger les groupes vulnérables contre les propos offensants.

La liste des mots proscrits est maintenant envoyée à de futurs auteurs par Policy Press, un éditeur de livres et de revues sur les sciences sociales de l’Université de Bristol. La liste est également employée par plusieurs universités.

La School of Policy Studies de l’Université de Bristol par exemple recommande cette liste en vue d’aider les étudiants à « remettre en cause les a-priori hétéro-sexistes » . Elle a également été incluse dans une « boîte à outils » proposée par le site internet de l’Université de Leeds et destinée à lutter contre le racisme institutionnel.

Le King’s College de Londres déclare quant à lui que la liste peut fournir « un bon point de départ », et l’Université John Moores de Liverpool offre un lien vers cette liste dans son guide pour étudiants. L’Open University estime que c’est une « source de référence et de conseils » et La Napier University d’Edinburgh estime pour sa part que la liste « vaut la peine d’être consultée ». L’Université de l’East London conseille à ses étudiants de l’adopter.

Une école secondaire de Norwich a même inclus un lien vers cette liste sur son site. Selon l’école, « les élèves devraient examiner dans quelle mesure nous reproduisons par inadvertance des préjugés sexistes dans notre langage écrit et parlé ».

Dans la liste des termes supposés racistes se trouve le mot « noir », qui peut être utilisé « dans un sens raciste » . Il est conseillé de le remplacer par « peuples noirs » ou « communautés noires ».

Le mot « immigré » aurait lui une « connotation raciste » en raison de l’association faite avec « la législation sur l’immigration ». L’expression « pays en voie de développement » – conçu pour remplacer l’expression « tiers-monde » – serait également fondée sur des « préjugés » car elle implique une comparaison avec les pays développés.

Cet article n’est hélas pas un « faux ». Rendez-vous sur le site de la British Sociological Association

Bien que ne figurant pas sur la liste de Policy Press, le BSA met en garde contre l’utilisation du mot « civilisation » à cause de sa « connotation raciste dérivée d’une vision colonialiste du monde ».

Parmi les termes « sexistes » à éviter, on trouve « disséminer » et « séminal », qui dérivent de « semence » et qui impliquent donc une vision du monde patriarcale. Et on recommande aux auteurs « d’éviter d’employer des appellations de type médical » lorsque l’on évoque les personnes handicapées car cela « pourrait les faire passer pour des personnes malades ». Il ne faudrait plus non plus dire « patient » mais « personne », ne plus dire « personnes âgées » mais « personnes plus âgées », et ne plus utiliser l’expression « personne valide » mais « personne non handicapée ». (source) (via Bart Vador)


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