Le printemps des banques zombies

19 mai 2009, 18:42  |  Auteur : Eric  | | Bookmark and Share |

Selon Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001 : les banques « zombies parient sur leur résurrection ». Tandis qu’elles répètent la débâcle des caisses d’épargne et de prêts américaines (« savings and loan ») des années 1980, les banques utilisent de mauvais modèles de comptabilité. Pis encore, elles peuvent emprunter à bon marché à la Réserve fédérale, même sans réelles garanties, tout en prenant sur les marchés des positions risquées.

Avec l’arrivée du printemps aux Etats-Unis, les optimistes voient des bourgeons, des signes avant-coureurs de guérison de la crise. Le monde est très différent de celui du printemps 2008, lorsque l’administration Bush affirmait voir « la lumière au bout du tunnel». Les métaphores et l’administration ont changé, mais pas l’optimisme, semble-t-il.

La bonne nouvelle est qu’il se peut que la chute libre se termine. Sa vitesse est en tout cas moindre. Et le fond pourrait être touché, peut-être avant la fin de l’année. Cela ne veut pas dire cependant que l’économie mondiale sera rétablie d’ici peu. Toucher le fond n’est pas une raison pour abandonner les mesures énergiques prises pour relancer l’économie.

Cette récession est complexe : c’est une crise économique combinée à une crise financière. Avant son début, les consommateurs criblés de dettes aux Etats-Unis étaient le moteur de la croissance économique mondiale. Ce modèle est aujourd’hui en panne et il n’est pas près d’être remplacé.

La pénurie des crédits a fait empirer la situation. Confrontées à un taux d’emprunt trop élevé et à une consommation en berne, les entreprises ont réagi en réduisant leurs stocks. Les commandes ont chuté à pic – bien plus rapidement que la baisse du PIB – et les pays qui dépendaient des biens d’investissement et des biens de consommation durable (dépenses qui pouvaient être repoussées) ont été particulièrement touchés.

Probablement, les secteurs qui ont touché le fond en 2008 et au début de cette année vont se rétablir. Mais si l’on considère les données économiques fondamentales, en Amérique, le marché immobilier continue sa dégringolade, le chômage augmente et des centaines de milliers de personnes sont arrivées au bout de leurs droits aux allocations chômage.

Pour les banques, les résultats des « stress tests » sur leur capitalisation ne sont pas satisfaisants dans tous les cas. Et, au lieu de saisir l’opportunité d’une véritable recapitalisation, peut-être avec le soutien du gouvernement, les banques préfèrent adopter une attitude dans le style japonais : « On va s’en sortir. »

Les banques « zombies » – ces morts-vivants – « parient sur leur résurrection », en reprenant les mots immortels d’un économiste, Edward Kane. Tandis qu’elles répètent la débâcle des caisses d’épargne et de prêts américaines (« savings and loan ») des années 1980, les banques utilisent de mauvais modèles de comptabilité. (Elles étaient par exemple autorisées à conserver des actifs non performants dans leur bilan sans les déprécier, en pariant sur le fait qu’ils seraient rentables avant d’arriver à échéance.) Pis encore, elles peuvent emprunter à bon marché à la Réserve fédérale, même sans réelles garanties, tout en prenant sur les marchés des positions risquées.

Certaines banques ont annoncé des bénéfices au premier trimestre 2009, la plupart grâce à des tours de passe-passe comptables et à des gains sur les marchés financiers (c’est-à-dire en spéculant). Mais ce n’est pas ce qui va permettre au monde de se rétablir rapidement. Et si le pari est perdu, le contribuable américain devra régler une note encore plus salée.

Le gouvernement américain aussi parie qu’il va s’en tirer : les mesures de la Fed et les garanties du gouvernement signifient que les banques ont accès à un financement à bas prix, alors que les taux des crédits qu’elles accordent restent élevés. Sauf une nouvelle mauvaise surprise, il est même possible que les banques puissent s’en tirer sans traverser d’autre crise. D’ici à quelques années, les banques seront recapitalisées et l’économie reviendra à la normale. Cela est le scénario idéal.

Mais l’expérience conduit à penser que cette approche est dangereuse. Même si les banques se portaient bien, la dépréciation et la perte de richesse qui découlent de la crise signifient que selon toute probabilité l’économie sera faible. Et une économie sans force est plutôt synonyme de pertes bancaires que de bénéfices.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls concernés par le problème. D’autres pays (comme l’Espagne) souffrent de leur propre crise immobilière. Les difficultés de l’Europe de l’Est menacent aussi les banques d’Europe de l’Ouest, déjà fragilisées. Dans une économie globalisée, les difficultés se transmettent rapidement d’une région à l’autre.

Lors des crises précédentes, comme en Asie de l’Est il y a dix ans, la reprise n’a pas tardé car les pays touchés pouvaient utiliser leurs exportations pour renouveler leur prospérité. Mais nous traversons une récession généralisée. L’Amérique et l’Europe ne peuvent user de leurs exportations pour sortir du marasme.

Le système financier doit être certes réformé, mais cela sera même insuffisant pour assurer la reprise économique. Les mesures adoptées aux Etats-Unis pour redresser le système financier coûtent chères et sont injustes car elles récompensent ceux qui ont créé ce désordre économique. Il existe pourtant une autre solution, conforme aux règles de l’économie de marché : l’échange de dettes contre participations.

Le recours à des « debt for equity swaps » permettrait de restaurer la confiance du système bancaire et pourrait relancer les emprunts sans accabler le contribuable. Rien de très compliqué ni de nouveau. Mais il est évident que les détenteurs d’obligations à rendement fixe n’aiment pas ce système ; ils préfèrent recevoir des cadeaux du gouvernement. Mais l’argent public peut avoir d’autres utilisations, comme celle de financer de nouvelles mesures de relance.

Toute récession a une fin. Il s’agit désormais de connaître la durée et la nature de celle-ci. Au lieu de regarder les bourgeons du printemps, nous devrions nous préparer à un autre hiver rigoureux : il est grand temps d’élaborer un plan B pour restructurer les banques et utiliser encore quelques doses de médecine keynésienne.

Joseph E. Stiglitz est prix Nobel d’économie 2001 et professeur à l’université de Columbia.

(Source: Les Echos)

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Catégorie : Actualité, Economie |

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10 Commentaires

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Alexandre
Commentaire Nº1 - 19/5/2009 - 18:55

Joseph Stiglitz, un des rares économistes d’envergure mondiale qui a compris les pièges de la mondialisation néolibérale.
Il a dirigé la banque mondiale et a été écoeuré par les pratiques qu’il y a vu, il avait d’aileurs démissioné.

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degueldre
Commentaire Nº2 - 19/5/2009 - 19:24

Article assez creux qui ne dit pas grand chose. Stiglitz est la risée des économistes pour ses innombrables erreurs dans ses articles de recherche.
Si vous vous lire un article vraiment passionnant et qui va dans le sens de nos idées, voici une traduction de Paul Craig roberts:
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2564

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JoeLeTaxi
Commentaire Nº3 - 19/5/2009 - 19:25

“il est grand temps d’élaborer un plan B pour restructurer les banques et utiliser encore quelques doses de médecine keynésienne.”

Il est trop tard.

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donald
Commentaire Nº4 - 19/5/2009 - 20:27

Oui il doit être trop tard et c’est probablement voulu, en tous les cas j’en suis persuadé, les années a venir me donneront tort ou raison on verra, il y aura peut être quelques soubresaut quelques faut espoirs pour faire durer l’illusion et surtout cadrer avec les plannings, mais un éffondrement total certainnement programmé, suivit d’une guerre inter-éthnique qui embrasera les nations les unes après les autres qui prouvera le but éssentiel de l’immigration massive, ensuite les conditions seront idéales pour la mise en place d’une dictature mondiale.

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fatwadunord
Commentaire Nº5 - 19/5/2009 - 20:27

Tiens, dix jours passés sans faillite…Le printemps ou un été dévastateur? je penche pour une fin d’année cataclysmique…

http://www.fdic.gov/bank/individual/failed/banklist.html

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Tronçonix
Commentaire Nº6 - 19/5/2009 - 20:36

«Et le fond pourrait être touché, peut-être avant la fin de l’année.»

Tiens ! ça m’inspire cette illustration (issue du “Père Noël”) :

http://www.dailymotion.com/video/x82lqi_sos-detresse-le-pere-noel-est-une-o_fun

«Le bout du tunnel n’est peut-être pas très loin !»

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donald
Commentaire Nº7 - 19/5/2009 - 20:46

De toute façon ils ne diront pas c’est cuit, ça va dégénérer, ça va être l’enfer, ils ne veulent pas que les gens s’organisent a l’avance, ils veulent que tout le monde soit pris au dépourvus a un momment précis.

Mon post4: “faux espoirs” pas “faut espoirs”…

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Father Mckenzie
Commentaire Nº8 - 19/5/2009 - 21:40

Donald , pour un canard , vous etes étonnamment lucide . C’est votre oncle Picsou qui vous a affranchi ?

Sans boutade , je partage votre point de vue .

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donald
Commentaire Nº9 - 19/5/2009 - 22:42

@FMK
Il y a beaucoup de conneries et de leurres plus ou moins bien faits, mais il y a des choses trés sérieuses, que l’on vérifie actuellement dans les évennements, dans nos vies, des choses prédites depuis des temps plus ou moins anciens selons les sources quelles soient religieuses, ésotériques, politiques, historiques, scientifiques, et tout cela avec une précision et une cohérence pertinentes, ça paraît énorme, ce n’est pas pour autant que c’est impossible, tellement on nous a habitués a être petits dans nos ptites têtes, qu’on en arrive a refuser l’évidence, et si tout ça n’est qu’une vaste blague, ben le scénar il est profond et il tient la route.

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pakc
Commentaire Nº10 - 20/5/2009 - 12:44

http://www.dedefensa.org/article-ron_paul_est_fed_up_de_la_fed_20_05_2009.html

Ron Paul est fed up de la Fed

20/05/2009 – Bloc-Notes

Il y a 2 commentaire(s) associé(s) a cet article. Vous pouvez le(s) consulter et réagir à votre tour.

En anglo-a méricain, “fed” peut aussi bien suggérer “en avoir marre” (“fed up”) ou la Federal Reserver (la Fed). La rencontre tombe bien parce que Ron Paul en a marre, de la Fed justement. Il le dit dans un commentaire pour Forbes, le 15 mai 2009, justement intitulé «Fed up»; il en a marre de l’absence de contrôle de cette énorme puissance, qui mène la politique qui lui importe, avec d’énormes conséquences sur la vie quotidienne, la richesse des Américains, l’équilibre du pays et ainsi de suite.

Paul fait donc un procès de la Fed et de son action actuelle…

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Le sentiment de discrimination, de dépossession, de haine et d’inquiétude, ce ne sont pas les immigrés qui le ressentent, mais bien ceux qui les accueillent et doivent continuer à le faire — Enoch Powell, député conservateur britannique, 20 avril 1968

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