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Afrique du Sud : après une bataille, les fourmis blessées sont soignées par leurs « médecins »

18/02
L’intelligence collective, l’ingéniosité des fourmis et la ressemblance de leur société avec celle des humains ne cessent de passionner les scientifiques. C’est particulièrement le cas des fourmis Matebele, baptisées d’après une tribu de guerriers d’Afrique du Sud, pour leur organisation militaire contre… Les termites. Quand les fourmis s’attaquent aux termites, les féroces batailles qui suivent font de nombreux blessés. Des « fourmis médecins » les soignent avec leur salive, et 90% de réussite.

Ces fourmis mesurant jusqu’à 2 centimètres organisent jusqu’à quatre raids par jour sur des colonies de termites. Après les avoir massacrées, elles les ramènent à leur fourmilière pour les dévorer. Les soldats termites, dotés de puissantes mandibules [comme le montre cette vidéo], leur opposent une résistance féroce. Les morts sont nombreux des deux côtés, et les blessés aussi.

Dans cette guerre meurtrière, il semble que les fourmis aient trouvé un moyen de limiter les pertes. Comme l’ont découvert des myrmécologues [des spécialistes des fourmis] de l’Université de Wurtzbourg, en Allemagne, les blessés ne sont pas abandonnés sur le champ de bataille. Elles sont soignées par des « fourmis médecins », qui « lèchent » les plaies, notamment l’extrémité des membres arrachés par les termites.

Dans leur étude publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B, ils expliquent que ces soins, qui peuvent durer jusqu’à une heure, sont extrêmement efficaces. Selon eux, 90% des fourmis blessées récupèrent après avoir été soignées. Les fourmis qui n’en bénéficient pas meurent dans 80% des cas.

« Nous supposons que les fourmis nettoient les plaies avec leur salive, voire même qu’elles appliquent des substances antimicrobiennes pour réduire le risque d’infection bactérienne ou fongique », explique sur le site de l’Université allemande le principal auteur de l’étude, Erik Thomas Frank. Selon lui, ce type de pansement serait unique dans le règne animal, humains exceptés évidemment.

Pour en arriver à ces conclusions, les chercheurs ont observé les fourmis Matebele pendant trois ans en Côte d’Ivoire mais aussi dans un laboratoire, et ont analysé plus de 200 raids -impliquant jusqu’à 600 fourmis- sur des termitières.

Erik Thomas Frank avait déjà montré, dans une étude publiée en avril 2012, qu’après des affrontements contre les termites, les fourmis Matebele -les Megaponera analis, de leur nom scientifique- blessées sont ramenées jusqu’à la fourmilière par les « fourmis-docteurs ». Ils avaient également remarqué que les blessés secrètent une substance chimique, sorte de SOS olfactifs, qui attiraient leurs camarades sauveteurs, mais seulement si elles ne sont pas gravement blessées.

Le chercheurs expliquait que les fourmis n’ayant que peu de chance de survivre -typiquement celles ayant perdu cinq de leurs six pattes- ne secrétaient pas cette substance et semblaient même rejeter l’aide éventuelle de camarades en leur donnant des coups de pattes.

« Chez les êtres humains, dans les situations où un système de triage des blessés est nécessaire, la décision de savoir qui reçoit des soins et qui n’en reçoit pas revient aux médecins. C’est un système réglementé allant du haut vers le bas. Mais chez les fourmis, c’est exactement le contraire », explique le chercheur, interrogé par National Geographic. En clair: celles qui se savent condamnées évitent de faire perdre du temps et de l’énergie au reste de la colonie. Cruel, mais efficace.

Selon Erik Thomas Frank, ces deux études démontrent comment les colonies de Matebele limitent les pertes de guerre et maintiennent l’effectif de la colonie le plus haut possible, leur conférant un avantage stratégique certain sur les termites. « L’une des choses les plus fascinantes sur les fourmis est que leurs sociétés peuvent être très complexes sans que leurs individus aient de capacités cognitives très développées ni de connaissances de ce qu’ils font », conclut Erik Thomas Frank auprès du Guardian.

Les myrmécologues allemands comptent poursuivre leur étude pour tenter de répondre aux questions qui restent en suspens: comment les fourmis reconnaissent exactement les fourmis blessées? Comment déterminent-elles le temps qu’il faut passer à soigner la blessure? Et est-ce que ce traitement est purement préventif, pour empêcher une infection, ou sert-il aussi à soigner une infection?

L’Express

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