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Antisémitisme: «En 2017, on a dû déménager parce qu’on est juif»

Déc
2017

RELIGION Tags racistes, agressions violentes… Depuis les années 2000, de plus en plus de familles juives quittent certaines banlieues sensibles pour des zones pavillonnaires ou la capitale par crainte d’actes antisémites…

Pendant des semaines, André* a dormi avec une batte de base-ball au pied de son lit. Un coup de klaxon tard le soir ou une porte violemment claquée le faisait sursauter. « Après les cambriolages, j’étais toujours sur le qui-vive. Avec ma femme, on ne se sentait plus en sécurité chez nous », confie l’énergique septuagénaire, en touillant son café. Au printemps 2015, son appartement a été mis à sac à deux reprises à quelques semaines d’intervalle. La seconde fois, les malfrats ont laissé un message tracé au rouge à lèvres sur un mur de la chambre d’amis ne laissant guère de doute quant à leur motivation : « sale juif, vive la Palestine ». Alors, après 40 années passées à Bondy, en Seine-Saint-Denis, le couple a mis les voiles en décembre 2015, direction Villemonble, dans le « triangle d’or » du département.
Si sa femme ne s’y était pas opposée, André, qui se définit comme un juif « traditionaliste » mais qui ne porte la kippa que le vendredi pour shabbat, serait parti en Israël faire son alya.
(…)
Surtout, certaines affaires, à l’instar de l’agression de la famille Pinto en septembre dernier à Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis, ont distillé un fort sentiment d’insécurité au sein de la communauté. Le couple de septuagénaires et leur fils ont été frappés et ligotés pendant que des cambrioleurs mettaient à sac leur maison. « Vous êtes juif, donc où est l’argent ? », leur aurait lancé l’un d’eux. Malgré la mise en examen de cinq suspects mi-novembre, Roger Pinto envisage de vendre le pavillon. « J’hésite parce que ça voudrait dire qu’ils ont gagné et ça, je le refuse. Mais il faut bien avouer qu’on ne se sent pas en sécurité, chaque pièce nous rappelle ce qu’on a vécu. »

Exode intérieur
Si la famille Pinto hésite, d’autres ont sauté le pas. Sophie, son mari et ses trois enfants ont quitté « en catastrophe » leur pavillon de Romainville en juin, après avoir découvert les pneus de leur voiture crevés, les ailes rayées au tournevis en grosses lettres : « Juif », « Israël » et une étoile… Quelques semaines auparavant, leur maison avait été cambriolée. « Ils vous ont repérés, partez ! », leur aurait même conseillé la police. « En 2017, on a dû déménager parce qu’on est juif, c’est grave », lâche la mère de famille. Après avoir vécu trois mois chez les parents de Sophie, la famille a retrouvé un appartement dans une banlieue plus calme de Seine-Saint-Denis. Le nouveau logement est plus petit, plus cher aussi. « J’ai l’impression de recommencer ma vie à zéro, on n’a plus rien. Mais c’était la condition de notre sécurité. »
« Je ne compte plus le nombre de familles qui ont quitté la Seine-Saint-Denis pour s’installer à Paris ou dans les Hauts-de-Seine. Quitte à avoir un appartement plus petit et à se serrer la ceinture », assure Sammy Ghozlan. Certaines ont été directement victimes d’antisémitisme, beaucoup ont agi dans la crainte de l’être un jour. Quant à celles qui sont restées dans le « 93 », elles se sont installées au Raincy, à Gagny, à Pantin, aux Lilas ou au Pré-Saint-Gervais, réputées pour être des villes « calmes ».

Cet « exode intérieur » est difficilement quantifiable, mais force est de constater que plusieurs synagogues de Seine-Saint-Denis, à l’instar de celle de Saint-Denis ou de Clichy-sous-Bois ont fermé, faute de monde. A Pierrefitte, le rabbin a enregistré une baisse de 50 % du nombre de fidèles depuis son arrivée il y a treize ans. Même constat à Bondy. « Au début, des années 2000, on était entre 700 et 800 pour Kippour, aujourd’hui, on tourne plutôt autour de 350-400 », confie le président de la synagogue. Plusieurs familles ont fait leur alya, d’autres sont parties dans des zones plus calmes. « Il y a un climat délétère depuis plus de quinze ans. C’est difficile à expliquer, ce sont des provocations, des regards. Il y a des endroits où on ne se sent pas les bienvenues », poursuit-il.

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Cette crainte d’être ciblé à cause de sa religion a poussé certaines familles à limiter les symboles visibles. Comme de plus en plus de juifs, Jonathan, lycéen de 17 ans et fils du rabbin de Bondy, ne porte plus la kippa dans la rue depuis février, après avoir été violemment agressé avec son frère aîné. Selon leur récit, consigné dans une plainte, ils ont été pris à partie alors qu’ils étaient à un feu rouge, insulté – « sale juif, tu vas crever » – puis victimes de queues de poissons. Lorsque les deux frères s’arrêtent, le conducteur, rapidement rejoint par des amis, les frappe et les menace avec une scie qui se trouvait dans son coffre. Le lycéen a écopé de 21 jours d’ITT, son frère d’une quinzaine de jours mais leur plainte a été classée sans suite, par manque d’éléments. Depuis cette affaire, Jonathan est convaincu d’une chose, dès qu’il sera suffisamment grand, il quittera Bondy, peut-être même la France. Pour aller où ? « Ailleurs, mais je ne sais pas encore où. »

20 minutes

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