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Tanger. Le quotidien des migrants subsahariens : « On est au plus bas de l’échelle, des sous-hommes »

10/11

Coincés dans le nord du Maroc, des migrants subsahariens racontent leur quotidien marqué par le racisme et la misère.

Tous les prénoms ont été changés.

Pour Frank, prison est synonyme d’enfer. « On nous met dans le même quartier que les malades mentaux ou les gens atteints de maladies infectieuses. Et quand j’ai eu le malheur de parler, le flic m’a dit : “Déjà, tu viens foutre la merde dans mon pays et en plus tu te plains ?”»

On nous insulte, on nous traite de “azzi”. » Azzi signifie « nègre » en arabe dialectal marocain. « Même les mendiants nous insultent. On est au plus bas de l’échelle, des sous-hommes », renchérit Frank, un Nigérian de 35 ans qui raconte avoir a fui les massacres de Boko Haram..

Devant ce qui ressemble à un garage abandonné, Moussa frappe à la porte. Six coups, dont seuls les habitués connaissent le rythme. « C’est un code pour entrer, précise-t-il. Si quelqu’un toque normalement, on soupçonne la police. » Josiane, une Camerounaise de 35 ans, ouvre alors la porte. A l’intérieur, une dizaine de migrants subsahariens se sont retrouvés là pour « discuter, boire, oublier la misère». Tous les soirs, on y sert de la bière et du vin à petits prix. La décoration est sommaire : lumière blanche, meubles récupérés dans les souks et quelques affiches au mur représentant des icônes africaines. […]

Comme des milliers de migrants clandestins qui n’ont pas réussi à passer la frontière, Moussa s’est résigné à rester au Maroc. «On fait des petits boulots, on a nos habitudes, notre cercle, notre bar. » Mais la plupart ne parviennent pas à percer la bulle de l’entre-soi. « Le Maroc, c’est dur. On n’est pas les bienvenus ici. On n’arrive pas à s’intégrer. » […]

Au quotidien, ces Africains subsahariens se heurtent à de nombreux obstacles. « Je fais des petits boulots par-ci par-là. Au début, le patron a accepté de me prendre et, du jour au lendemain, il a refusé de me payer sous prétexte que je n’ai pas de papiers », confie à son tour Moussa. Travail au noir, marchands de sommeil, trafics, une véritable économie parallèle se fait sur le dos des migrants. Des propriétaires sans scrupule profitent de leur situation pour leur faire payer des loyers faramineux. « Et quand on n’a pas les moyens, on squatte des bâtiments abandonnés. Parfois les voisins nous dénoncent et là, la police nous embarque. »

Le Monde

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