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Jean-Marie Hordé : populisme et intégrisme, « deux dangers majeurs »

08/09

Pour Jean-Marie Hordé, directeur du Théâtre de la Bastille, populisme et intégrisme, sont « deux dangers majeurs ».

Pourquoi le mot de «diversité», souvent employé par notre nouvelle ministre de la Culture en particulier, obscurcit plutôt qu’il n’éclaire un débat peu ou mal problématisé ? Il y a du divers, c’est une évidence factuelle. Mais «diversité» renvoie à autre chose, suggère autre chose. Le mot suggère qu’il y a dans la population des façons diverses de soutenir une appartenance. Voici que la diversité change de statut : de la généreuse reconnaissance des différences, elle devient la probable ouverture vers l’inconciliable.

Si le ministère de la Culture doit s’occuper de cette question, c’est qu’il y a une urgence. Encore faut-il ne pas se tromper de question. Notre actualité récente a vu se développer deux dangers majeurs : le populisme et l’intégrisme. Le populiste prétend parler au nom du peuple, du «vrai» peuple : il procède donc par exclusion puisqu’il s’agira toujours d’extraire de la population le peuple vrai d’une autre catégorie, aussi floue qu’incertaine, dénoncée comme élite. L’intégriste, lui, se définit de ses procédures de fermeture ; il est d’emblée celui qui s’extrait pour enfermer son fantasme d’intégrité. De son point de vue, l’intégrité (sa vertu) ne peut être que l’adhésion littérale à un texte fondateur. Il en déduira le nom de ses ennemis.

Pourquoi ces deux dangers, populisme et intégrisme, présentent-ils des problèmes de culture et d’art, avant même d’être des obstacles politiques majeurs ? Parce que le littéralisme d’un côté, la haine de l’élite de l’autre se croisent sur le terrain d’un refus commun : celui de la critique et de l’interprétation. Les œuvres de l’art et de l’esprit (la culture et non le culturel), dans leur grande pluralité, sont toutes sources et matière à interprétation. Or, c’est bien l’interprétation (et son apprentissage) qui, ouvrant le sens à la richesse de ses potentiels, permet à chacun de rencontrer la plurivocité et la plasticité de son «Moi». L’interprétation déplace le problème de l’identité en la plaçant, non pas devant la diversité, mais dans le vent du multiple. La diversité renvoie à une appartenance. Le travail de l’interprétation découd l’appartenance en brisant l’enclos identitaire. Interpréter, c’est apprendre à partager ce qui partage. C’est par là une ouverture à la citoyenneté. […]

Libération

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