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Livre : « La France au miroir de l’immigration », l’immigration massive, cause ou symptôme du malaise français ?

05/09

Son nom est pour l’instant inconnu. Il ne va pas le rester longtemps. Stéphane Perrier, jeune cadre dans l’industrie de 34 ans publie son premier livre «La France au miroir de l’immigration» chez Gallimard, dans la prestigieuse collection «Débat» dirigée par Marcel Gauchet.

  • Droit du sol

« Le changement de nature de l’immigration a entraîné une forte augmentation du pourcentage d’enfants d’immigrés culturellement distants de la population historique ; l’école a vu sa mission d’intégration nationale abandonnée, et sa mission d’instruction civique et morale, amputée. Autrefois, l’acquisition de la nationalité française à la majorité était assortie, pour les hommes, de l’obligation d’effectuer un long service militaire et d’un risque élevé de faire la guerre pour sa nouvelle patrie à un moment ou à un autre de son existence – le but essentiel de la loi de 1889 était d’ailleurs d’assurer l’égalité devant ce devoir. Aujourd’hui, en revanche, devenir français confère des droits sans impliquer d’engagement véritable. » (…)

  • Déni de réalité

« Trois procédés principaux sont utilisés pour minorer l’ampleur de l’immigration en France.

Le premier est la diversion. On argue du niveau plus élevé des flux d’immigration dans la majorité des pays de l’OCDE pour soutenir que la France n’est pas un pays d’immigration massive. C’est un peu comme si, un 15 août, on soutenait qu’il fait froid en France sous prétexte que le thermomètre n’affiche chez nous que, mettons, 28 °C contre 36 °C en Italie du Sud et 42 °C en Arabie saoudite.

Le deuxième procédé est l’exploitation biaisée des chiffres. On affirme par exemple que les 200.000 entrées annuelles ne représentent que 0,3 % de la population française. Le calcul est exact, mais doublement malhonnête: d’une part, il revient à comparer un flux à un stock, comme si l’immigration était un événement ponctuel ; d’autre part, et surtout, il oublie les naissances engendrées par l’immigration familiale (…).

Le troisième procédé est la manipulation du concept de solde migratoire. Si le nombre de natifs sortant de France est supérieur au nombre de natifs rentrant en France, le solde migratoire diminue, alors que la part des immigrés dans la population augmente. » (…)

  • L’argument culturel

Le premier argument, que nous avons déjà rencontré, car il constitue le soubassement du multiculturalisme, est donc l’argument culturel: l’immigration serait la condition de notre dynamisme culturel, ou, a minima, une source d’enrichissement culturel. La première assertion est absurde, tandis que la seconde est valide mais ne justifie en rien notre régime migratoire.

L’ouverture aux cultures étrangères n’implique nullement l’immigration de populations étrangères.

(…) Le caractère infime de l’immigration n’empêcha pas la Renaissance de se propager à l’ensemble du continent. Qui oserait soutenir que la France était moins ouverte à la culture italienne au XVIe siècle qu’au XXe siècle?

La France en tout cas n’a pas été culturellement stérile – c’est le moins que l’on puisse dire – jusqu’au XIXe siècle ; voilà qui devrait normalement suffire à ridiculiser l’idée que nous aurions un besoin culturel d’immigration. (…)

  • La morale

La maîtrise de l’immigration, qui implique la possibilité de moduler – et donc, le cas échéant, de réduire – les flux d’immigration, était naguère considérée par tous comme une prérogative normale de l’État. Personne n’établissait de lien entre l’exercice de cette prérogative et un quelconque racisme ou une quelconque xénophobie. Écoutons ce que déclarait Pierre Mendès France, figure unanimement admirée et modèle de modération, à la tribune de l’Assemblée nationale lors du débat relatif au traité de Rome :

«Si le mouvement des capitaux et des biens peut à première vue ne pas paraître toucher aux concepts de nation et de patrie, il n’en est pas de même pour les migrations de populations. Il n’est pas indifférent pour l’avenir de la France ni que, pendant une période, les Italiens affluent en France, ni que, simultanément ou pendant une autre période, les Français du Languedoc, de l’Auvergne ou de la Bretagne soient conduits à chercher de meilleures conditions de travail dans une Allemagne qui, en cours de développement rapide, offrirait des emplois à des travailleurs menacés par le chômage.»

Il va sans dire que, à l’époque, ces propos n’ont pas déclenché la moindre réprobation.

  • Identité

Redéfinie comme abstraction universaliste, la France se voit revêtue d’une auréole: sa particularité serait de rejeter sa particularité ; son identité nationale résiderait dans le refus du principe même d’une identité nationale. En somme, à la manière dont, selon Marcel Gauchet, le christianisme est la religion de la sortie de la religion, la France serait la nation de la sortie de la nation. La négation de son identité historique accomplirait sa vocation historique.

Il s’agit toujours de renoncer à une ambition, de fuir une responsabilité. Il s’agit toujours de choisir le parti du moindre effort, d’opter pour la solution de facilité. Réguler l’immigration, c’est un effort, tandis qu’il est si facile de s’ouvrir aux quatre vents. (…)

Stendhal disait des bourgeois de Paris en 1830: «Ils prennent l’étiolement de leur âme pour de la civilisation et de la générosité.» Ou de manière tout aussi lapidaire: ce n’est pas ouvrir les bras que de n’avoir plus l’énergie de les lever.

(…)

Le Figaro

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