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Givors : le projet de mosquée fait polémique

12/07

« Casser les barrières avec les autres communautés religieuses de Givors »

L’association Al Nour existe à Givors depuis 1982. C’est depuis cette époque que ses membres ont installé leurs local et salle de prière au 21, rue Gambetta, en plein centre-ville. Mais rapidement, l’association constate que l’espace de 280 m² ne permet pas d’accueillir dans de bonnes conditions les 200 familles adhérentes – environ 400 personnes. « Cela fait sept ans que nous cherchons un lieu plus grand », précise Azdine Mermouri, président de l’association. Car lors des fêtes, le quartier se trouve vite saturé en voitures et les nuisances sont nombreuses pour les riverains.

Un imam francophone ; une dimension sociale ; un bâtiment contemporain

Avec l’achat du terrain communal à Bans, Al Nour souhaite créer un « centre cultuel musulman, de confession chiite mais ouvert à tous », financé entièrement par les membres de l’association. « Nous avons des échanges avec les catholiques, les protestants et les membres de la Grande mosquée de Givors, développe-t-il. Nous souhaitons les amplifier. »

Autre point important, ce lieu sera principalement francophone, « pour le culte et les activités extra-cultuelles. L’imam est et sera francophone, poursuit-il. La langue arabe est une composante importante, car des prières sont faites en langue arabe. Mais beaucoup ont été traduites et nous voulons accentuer cet effort. »

Au-delà de l’aspect religieux, ce centre cultuel aura « une dimension sociale forte ». Par exemple ? « Nous voulons être bienveillants et regardants sur l’éducation des enfants au sens large, pas religieuse. » L’idée étant de faire grandir « des personnes citoyennes ».

Concrètement, le lieu sera très contemporain. Pas de coupole à l’horizon, peut-être un toit végétalisé ou avec des panneaux photovoltaïques. La surface au sol sera de 600 m². Pour accueillir les visiteurs, une fontaine sera créée entre l’entrée et le parking. À l’intérieur, il y aura une bibliothèque qui donnera sur l’extérieur, une salle de prière au rez-de-chaussée pour les hommes et une salle au premier étage pour les femmes avec un puits de lumière. « Nous aimerions que la salle de prière, pour le culte, serve aussi de salle de conférences ouverte à tous. L’idée est de casser les barrières et les préjugés avec les autres communautés religieuses de Givors. »

En résumé, ce centre cultuel se voudra « lieu de culte musulman, qui se revendique de l’école chiite, mais surtout, ouvert à tous », conclut Azdine Mermouri.

Le Progrès

Antoine Mellies (FN) : « La mairie a fait n’importe quoi »

Le 26 janvier dernier, soit un mois après avoir voté contre la cession des parcelles communales à l’association Al Nour, Antoine Mellies et le groupe d’opposition municipal Givors bleu marine ont déposé un recours devant le tribunal administratif. Pour plusieurs raisons.

« On ne peut pas vendre à n’importe quel prix, souligne Antoine Mellies. France Domaines a estimé le terrain à 135 000 €. La municipalité a baissé le prix de 31 500 €. On peut le faire s’il y a un intérêt général, ce n’est pas le cas. » Pourtant, l’association Al Nour avait sollicité la mairie pour déménager de son actuel site de la rue Gambetta avec cet argument : lors de fêtes, entre 300 et 400 fidèles se rendent à la mosquée, créant des nuisances pour le voisinage. « Rien dans la délibération ne l’indique », tranche l’élu frontiste.

Aussi, l’argument de la pollution des sols avancé par la mairie pour baisser le prix ne tient pas selon lui : « D’abord, il faut qu’un diagnostic soit commandé en vue de la vente. Or, pour Al Nour, on nous a ressorti une étude qui date de 2007. Non seulement le tènement ne correspond pas mais en plus, l’étude a plus de dix ans. »

Il juge enfin que cette cession et le prix de vente sont « un avantage non justifié à une association cultuelle de la part de la collectivité. C’est contraire à la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. » Et d’expliquer : « Le prix de vente est étalé sur huit ans, sans intérêt et sans prendre en compte l’inflation. »

Au-delà de la procédure judiciaire, l’élu d’opposition, qui ne cache pas avoir saisi « l’opportunité politique », estime que la mairie « a fait n’importe quoi dans ce dossier » : « Nous condamnons le manque d’information à destination des habitants du quartier », affirme-t-il.

De son côté, à la mi-décembre, il avait diffusé un tract dans lequel il indiquait : « Seuls Antoine Mellies et le groupe Givors bleu marine demandent […] l’opposition à tout projet de mosquée qui abriterait des islamistes et/ou des salafistes. » Aujourd’hui, il se défend de tout sous-entendu lié au centre cultuel – chiite – que souhaite construire Al Nour : « Je fais mon travail, s’emporte-t-il. On essaie de me faire porter le chapeau, en disant que Mellies attise l’angoisse et la haine. Mais les habitants étaient outrés que la municipalité leur cache une telle construction. »

La procédure du recours devant le tribunal administratif est lancée et devrait prendre plusieurs mois. Aujourd’hui, la Ville a répondu par un mémoire en défense. Et « déplore cette posture politicienne qui nuit aux intérêts des habitants du centre-ville et aux adhérents d’Al Nour. C’est l’action d’un parti d’extrême droite, qui n’est pas circonstanciée et qui ne vise pas l’intérêt général. »
Le Progrès

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