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Espagne, des migrants marocains pour repeupler les villages des régions désertes

15/06

Le salut tient parfois à peu de chose. Les habitants de Visiedo, un minuscule village à 45 km au nord de Teruel, dans le centre de l’Espagne, le savent bien. Il y a deux ans, un simple déménagement s’est transformé en un événement vital pour cette localité qui assiste avec impuissance, depuis des décennies, à un inexorable dépeuplement. Le 1er juillet 2015, Saïd Al-Ghoury, originaire de Tanger, au Maroc, a contribué à la survie du village : grâce à lui, à son épouse et à ses deux filles, l’école de Visiedo est restée ouverte.

Dans son habit de travail aux multiples poches, Saïd raconte comment il a atterri dans ce village : lui cherchait un emploi et la mairie avait besoin de ses filles, Yassmin et Fidaf, âgées de 12 et 8 ans. « Son arrivée a été une grande avancée pour le village », assure la maire de Visiedo, Maria Angeles Zaera. Elle précise que, sur les 136 habitants recensés, seuls 80 vivent dans le village. A présent, Saïd travaille à ses côtés comme fonctionnaire administratif et il sera bientôt père pour la troisième fois : son épouse, Omkeltoum, est enceinte de sept mois de sa troisième fille.

(…) Saïd, qui a aujourd’hui 43 ans, n’a jamais vécu dans un endroit si petit. Il a débarqué à Barcelone il y a vingt ans – une ville qu’il considère comme sa deuxième maison –, quand les flux migratoires se densifièrent et consacrèrent définitivement l’Espagne comme un lieu d’accueil pour des centaines de milliers de migrants. Depuis 1998, le nombre d’étrangers recensés dans le pays a été multiplié par dix, passant de 1,6 % de la population totale en 1998 à 12,2 % en 2016, soit 4,6 millions de personnes, selon l’Institut national de statistiques (INE).

Malgré la désolation de la région, les Al-Ghoury ne sont pas les seuls étrangers à s’être installés dans le village. Deux autres familles marocaines vivent à Visiedo, leurs enfants partagent la classe avec Yassmin et Fidaf. Et il y en a beaucoup plus dans les municipalités limitrophes. Rien que dans la province de Teruel, dont la saignée démographique s’est intensifiée dans les années 1960, le nombre d’immigrés a augmenté de 2 171 % depuis 1998, selon l’INE. La province compte 13 979 étrangers, alors que la population d’origine espagnole a baissé de 136 229 personnes à 123 009. Et un tiers de la population a plus de 60 ans.

(…) Le Monde

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