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Douglas Murray (le « Zemmour anglais ») estime que l’Europe meurt sous le poids de l’immigration

14/06

Best-seller au Royaume-Uni, « The Strange Death of Europe » soutient que notre continent meurt sous le poids de l’immigration. Rencontre avec le Zemmour anglais.

La liste des best-sellers est un excellent baromètre des humeurs d’un pays. Depuis sa parution le 4 mai, The Strange Death of Europe (Bloomsbury) trône dans le classement du Sunday Times. Son auteur, Douglas Murray, y défend la thèse que le Vieux Continent, fatigué et rongé par la culpabilité historique, est en train de mourir du fait de la trahison des élites incapables de mesurer les conséquences d’une immigration de masse. Pour le philosophe conservateur Roger Scruton, c’est « un livre d’une importance vitale », tandis qu’à gauche, le Guardian n’y voit que du racisme dans une version « plus chic, littéraire et respectable ». Depuis, les attentats à Manchester et à Londres ainsi que le débat autour du multiculturalisme n’ont fait que renforcer les tirages de l’essai.

Se rangeant résolument dans la famille des déclinistes, Douglas Murray pourrait être catalogué comme un Éric Zemmour insulaire, mais en plus jeune (il a 37 ans) et nettement plus « posh ». (…)

Douglas Murray : « Je vois deux raisons majeures à ce qu’à la fin de l’existence de la plupart d’entre nous, l’Europe ne sera plus l’Europe. La première, c’est le mouvement de masse de personnes entrant dans notre continent. Et l’autre, c’est que cela arrive au moment même où l’idée de ce que nous sommes s’est évaporée. Au point tel que n’importe qui dans le monde qui vient en Europe devient automatiquement un Européen. L’Europe n’est plus qu’un lieu commode pour le reste de la planète. Ce qui n’est pas la même chose que de partager une culture et une histoire. En France comme en Grande-Bretagne, les choses changent et ces changements sont spectaculaires sur la durée d’une seule existence, mais les élites ne le reconnaissent pas. »

Le journaliste Robert Winder, dans son ouvrage Bloody Foreigners, a montré que votre pays a toujours été une nation d’immigration…

« Les faits contredisent cet argument. Si vous prenez le dernier millénaire, l’île britannique a eu une population très stable. Les migrations les plus importantes provenaient de l’Irlande. Et il y a eu les huguenots fuyant la persécution en 1681. Mais le chiffre – 50 000 – de ces protestants à qui Charles II a offert un refuge est petit par rapport à ce qui se passe aujourd’hui, tandis que la différence culturelle entre des anglicans et des huguenots ne peut, de mon point de vue, pas être comparée avec celle avec des Pakistanais ou des Érythréens. Nous prétendons bien sûr que toutes les migrations sont les mêmes, mais ce n’est pas le cas. Et les chiffres comptent. Le mouvement de population le plus significatif dans l’histoire britannique a été l’invasion normande, ce qui, selon les estimations, représentait un changement de 5 % de la population. Or, l’événement le plus important dans l’histoire britannique n’est rien comparé à ce qui se passe aujourd’hui ! »

Avec la mondialisation, n’est-il tout simplement pas illusoire de vouloir empêcher les gens de circuler?

(…) Vous pouvez avoir une circulation de personnes, faire du business, avoir des marchés mondiaux, sans que les personnes deviennent automatiquement des citoyens. Qu’y a-t-il de tellement dur avec le fait d’affirmer les frontières ? Dans la ville d’où je vous parle, Londres, nous avons maintenant des barricades massives autour des monuments importants. Pourquoi ne pas mettre ces barrières aux frontières ?

N’est-ce pas flatteur que des gens désirent venir en Europe, car nous vivons dans un endroit pacifique, tolérant et libre ?

Évidemment ! Les gens n’émigrent pas vers l’Arabie saoudite pour la culture ou le climat. Et ils ne vont pas au Soudan pour profiter de la liberté. Ils viennent vers l’Europe, car c’est un endroit prospère, mais aussi généreux. Mais, attention, vous pouvez être dans une situation d’être flatté tout en étant mortel. À la fin, nous devons décider si nous voulons un pays avec une culture ou non. Si nous décidons que non, alors le monde entier pourra venir. Mais je pense que c’est bien plus sensé de dire que nous sommes très chanceux d’avoir notre mode de vie, mais justement, parce que nous avons de la chance, il faut le préserver plutôt que de tout dilapider.

Vous vous êtes rendu à Lampedusa et à Lesbos. Qu’avez-vous dit à ces migrants qui ont risqué leur vie pour traverser la Méditerranée ? Et que devrions-nous leur dire collectivement en tant que pays civilisés ?

(…) Nous devons dire très clairement que l’Europe ne peut pas être le domicile de toute personne dans le monde qui souhaite en faire sa résidence. Car sinon nous, Européens, deviendrons des SDF. Je pense qu’on peut faire ça de manière décente, en réalisant une vraie séparation entre qui est légitime pour s’installer ici et qui ne l’est pas. Dans tous les cas, vous ne récompensez pas les gens qui enfreignent les lois, ce qui est la situation actuelle. Je souligne aussi que les États arabes du Golfe ont, en 2016, octroyé l’asile à zéro réfugié syrien. Cela en dit beaucoup sur l’oumma, cette « grande nation » musulmane dont on nous parle tant. Simplement, ces pays ne sont pas suicidaires, alors que nous le sommes clairement. Je cite dans le livre un officiel koweïtien, Fahad al-Shalami, qui expliquait que le « Koweït et les pays du Golfe sont des endroits chers, et pas appropriés pour les réfugiés ». Nous, en Europe, surestimons massivement les populations que nous pouvons assimiler dans nos sociétés et sommes persuadés que les migrants deviennent immédiatement européens, alors que ces pays arabes savent que de nouveaux arrivants viennent accompagnés de leurs idées.

Mais nous défendons les droits de l’homme !

Un équilibre doit être trouvé. Nous pouvons être généreux sans être suicidaires. Nous sommes dans cette situation étrange où nous nous mentons à nous-mêmes. Je donne l’exemple d’un député allemand avec qui j’ai parlé et qui était un fervent supporteur de la politique d’accueil de Merkel. Il présentait le problème des migrants comme un simple problème administratif, expliquant que les migrants recevaient 60 heures de cours pour apprendre les valeurs allemandes, mais qu’il faudrait peut-être les monter à 100 heures. Pour lui, intégrer un million de personnes en une année n’était pas « un gros problème ». Mais en même temps, il était incapable d’admettre clairement que si le flux de migrants avait depuis diminué, c’était parce que l’Union européenne avait payé la Turquie pour qu’elle retienne ces migrants et que les frontières, notamment en Macédoine, ont de nouveau été renforcées.

Une nouvelle forme de réaction politique face à l’immigration et à l’islam est apparue au début des années 2000 dans le pays qui se considérait comme le plus libéral, ouvert et tolérant en Europe : les Pays-Bas. Avant son assassinat en 2002, Pim Fortuyn, homosexuel revendiqué, a voulu se distinguer des partis d’extrême droite traditionnels comme le Front national…

(…) Naïvement, on aurait pu penser que dans une métropole branchée les gens seraient bien plus tolérants que dans les régions rurales. C’est l’idée reçue que plus de diversité signifie plus de libéralisme sur le plan des mœurs, alors que dans la réalité, il y a au contraire le risque d’un recul. Le rêve que les mosquées côtoient des bars gay ne se concrétise pas. Des gens comme Fortuyn ont réalisé ça très tôt.

Vous n’aimez pas non plus le terme « islamophobie ». Pourquoi ?

Les gens qui utilisent le terme d’« islamophobie » ne sont de toute évidence pas sincères. Après le dernier attentat à Londres, des groupes de musulmans étaient regroupés autour des stations de métro et ils portaient des tee-shirts disant « je suis musulman, posez-moi les questions que vous voulez ». Sérieusement, si la Grande-Bretagne était vraiment un pays guidé par une haine des musulmans – ce que le terme « islamophobie » suggère –, pensez-vous que ces gens s’afficheraient comme ça dans les rues ? Ces accusations sont une tentative de faire passer l’Europe pour un continent raciste. Ce chantage moral est intolérable. Et je rappelle dans le livre que les personnes d’origine musulmane qui sont réellement en danger dans nos pays ne sont pas des salafistes, mais des libres penseurs comme Ayaan Hirsi Ali ou Hamed Abdel-Samad, qui vivent sous protection policière alors qu’eux croient réellement dans les principes des Lumières et exercent leur droit démocratique dans une société libre et laïque.

« Enough is enough », a déclaré Theresa May après le dernier attentat à Londres. Est-ce une remise en cause du modèle multiculturel anglais ?

Je crois que nous sommes tous désormais familiers avec cette routine d’un discours ferme consécutif à chaque attentat. Après celui de 2005 à Londres, Tony Blair expliquait que les règles du jeu allaient changer. Évidemment, rien n’a changé. David Cameron a lui aussi déclaré que « sous la doctrine d’un multiculturalisme d’État, nous avons encouragé différentes cultures à vivre des existences séparées, loin de la majorité des gens ». Ce « enough is enough » est donc totalement vide de sens, d’autant que je doute que Theresa May soit en position de faire quoi que ce soit (rires).

On a longtemps opposé deux modèles, celui multiculturel anglo-saxon et celui laïque français. Mais les récents attentats dans votre pays ont rappelé qu’aucun d’entre eux n’avait le monopole du terrorisme…

La France et la Grande-Bretagne ont des modèles structurels différents. Mais en dépit de ces différences entre votre pays et le mien, ou entre la Grande-Bretagne et le modèle scandinave, nous constatons tous le même phénomène. Nous avons passé la dernière décennie à nous demander qui avait raison, mais chacun a échoué, un par un. Je pense cependant qu’il y a un aspect qui joue grandement en votre faveur en France – et je ne dis pas cela parce que je m’adresse à un journal français : c’est la clarté des fondations de la République. La France est en meilleure position que n’importe quel pays européen pour faire face à ça. Je doute d’ailleurs que beaucoup de nations qui ont connu la vague terroriste que vous vivez depuis trois ans soient aussi robustes sur le plan social. Cela s’explique par une forte connaissance de qui vous êtes. En Grande-Bretagne, nous n’avons pas cette République, et cela entraîne une trop grande flexibilité, qui est un problème.(…)

Le Point

Merci à valdorf

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