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« Le spectre de la guerre civile s’est propagé au-delà des marges »

11/02

Les attentats islamistes ont instillé dans les esprits l’éventualité d’affrontements communautaires en France mais la société résiste à la tentation d’une « spirale de la haine », constate le sondeur Jérôme Fourquet, de l’Ifop, auteur de « La nouvelle guerre d’Algérie n’aura pas lieu », avec Nicolas Lebourg.

La France est-elle guettée par la guerre civile ? Plusieurs voix politiques et médiatiques, Eric Zemmour en tête, se plaisent à instiller cette idée dans l’opinion publique depuis les attentats islamistes. Certains vont plus loin : 60 ans après la bataille d’Alger, nous serions en train de vivre les suites d’une guerre d’Algérie jamais réellement terminée, alimentées par des tensions communautaires exacerbées. […]

En perpétrant des attentats très choquants, ils cherchent à susciter des représailles aveugles contre les populations de confession musulmane, et donc à provoquer la scission des sociétés occidentales. Ils veulent faire en sorte qu’à mesure de cette montée en puissance de la violence, ces populations se rallient à la cause de Daech, voire que les territoires où elles sont très représentées fassent sécession.

Vous écrivez dans votre livre que « les prophéties de guerre intérieure se diffusent des marges vers le centre du débat politique ». Le spectre de la guerre civile, qui apparaissait comme un fantasme extrémiste, imprègne-t-il désormais une grande partie de l’opinion ?

Oui. Cette idée de guerre civile sur fond communautaire est présente depuis des décennies dans les publications de l’extrême droite. A l’occasion de la montée de la menace terroriste et des tensions communautaires, ce spectre de la guerre civile s’est aujourd’hui propagé bien au-delà des marges, à tel point qu’il est présent dans la littérature. On peut citer le roman Soumission de Michel Houellebecq ou Les Evènements d’Olivier Rollin. Nos sondages confirment que l’idée gagne les esprits.

Mais cette peur n’est-elle pas fondée ? Elle est accréditée par un certain nombre de déclarations publiques…

Tout à fait. Quand, après les attentats de janvier 2015, Manuel Valls parle d’un « apartheid territorial, social, ethnique », tout le monde a en tête le fait que le terreau est hautement inflammable et qu’il ne faut pas grand-chose pour que ça dérape. En mai 2016, le directeur général de la Sécurité intérieure, Patrick Calvar, s’inquiète devant une commission parlementaire d’une « confrontation entre l’ultra-droite et le monde musulman ». Le grand public entend tout cela.

L’image de l’islam et des musulmans est globalement mauvaise en France, mais elle ne s’est pas dégradée depuis les attentats, et les actes anti-musulmans ont même fortement baissé en 2016. Comment l’expliquer ?

Mon hypothèse est que le terrorisme a conforté ceux qui avaient déjà une image négative de l’islam, mais cela n’a pas gagné d’autres catégories de la population. Les sondages montrent l’absence d’une spirale de haine dans l’opinion publique, alors que la société française a encaissé des coups très rudes. Par ailleurs, les chiffres de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra) montrent un pic d’actes anti-musulmans au lendemain de chaque attentat majeur, mais la hauteur de ce pic ne cesse de diminuer attentat après attentat. Les terroristes voulaient pousser à bout la société française pour qu’elle finisse par craquer mais pour l’instant, c’est le scénario inverse qui se dessine. […]

Marianne

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