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La généalogie de la superclasse mondiale

Déc
2009

I – Il convient au préalable de définir ce que l’on entend par superclasse mondiale

La danse des morts - attribué à Hans Holbein l'Ancien, 1491


Que signifie cette expression ? Trois termes significatifs :

– c’est une classe, soit un groupe social qui présente des traits particuliers durables qui le distinguent des autres ;

– elle se situe au-dessus des autres, en particulier au-dessus des anciennes élites nationales ;

– elle est mondiale, car son projet est mondialiste.

A/ Cette classe peut se définir comme un réseau occidental de dirigeants, diversifié et interactif

Il comprend notamment :

– les responsables des banques mondiales et de la finance internationale qui commandent à l’économie ;

– les responsables des entreprises transnationales ou post-nationales ;

– les participants aux forums mondiaux ou régionaux (G-7, G-20, Davos, Rounds, etc.) : ils fixent des évolutions qui s’imposent aux gouvernements et aux acteurs économiques, alors qu’ils n’ont aucun statut constitutionnel ni d’organisation inter-étatique ;

– les responsables des fondations et les ONG [Organisations Non Gouvernementales] qui concurrencent les Etats en pratiquant l’ingérence (et qui sont notamment financés par les entreprises transnationales) ;

– les médias mondiaux, c’est-à-dire ceux qui produisent des signes et du sens (ils appartiennent aux grands groupes mondiaux) ;

– les « autorités morales », c’est-à-dire les réseaux d’influence, clubs, think-tanks [groupes de réflexion], associations, cultes ; elles sont en interaction avec le pouvoir médiatique et dominent la classe politique ;

– les dirigeants des principales centrales syndicales (en interaction avec le patronat et le pouvoir politique) ;

– les responsables des partis institutionnels occidentaux et de la haute administration (ils sont sous l’influence des médias et il y a osmose croissante entre la haute fonction publique, la classe politique et les dirigeants des grandes entreprises).

Le tout, constitué par ce réseau, est plus que la somme de ses parties, car l’action de chacun contribue à renforcer le Système d’interactions qui le constitue. La SCM s’exprime au travers d’un réseau de relations (cf. David Rothkopf, « La Caste », Ed. Robert Laffont, 2009), qui offre en lui-même de multiples avantages réciproques.

Mais ce réseau est hiérarchisé (le super-pouvoir financier est au sommet et la classe politique est plutôt en bas).

B/ En quoi cette superclasse mondiale se distingue-t-elle des anciennes élites dirigeantes ?

1) La SCM possède en effet un certain nombre de caractéristiques des classes dominantes dans l’histoire :

– elle est peu nombreuse, en proportion de la population : elle comprendrait, selon les auteurs, 6.000 membres à l’échelle mondiale (David Rothkopf), ce qui est sans doute trop étroit. Le nombre de millionnaires en dollars s’établirait à 8,6 millions d’après l’agence Merril Lynch (Le Figaro du 25 juin 2009) ; ils détiendraient 32.800 milliards de dollars. [Il s’agirait de quelques dizaines de millions de personnes], d’après Samuel Huntington ;

– elle cumule la puissance temporelle et la richesse : ce réseau de dirigeants mondiaux cumule les pouvoirs économique, culturel, médiatique et politique, pouvoirs désormais largement interchangeables en Occident ; il réalise une interaction permanente entre ces pouvoirs, mais il repose à la base sur la possession et l’accumulation de la richesse (pléonexie), car c’est elle qui permet finalement de maîtriser tous les autres pouvoirs en Occident.
En effet, l’argent se transforme en pouvoir de différentes façons ; c’est en particulier un moyen simple de gagner les élections (selon Rothkopf, aux Etats Unis, 40% des membres du Sénat et 28% des membres de la Chambre des représentants seraient millionnaires) et le pouvoir est en retour un moyen de développer son influence et les occasions de s’enrichir plus (sinon, on ne voit pas pourquoi tous ces riches se lanceraient en politique).
En outre, les entreprises mondiales ont désormais une surface financière bien supérieure à celle des Etats : David Rothkopf fait remarquer que, sur les 166 entités qui représentent plus de 50 milliards de dollars de PIB en 2007, seulement 60 sont des Etats ; ou que les 250 plus grandes entreprises mondiales avaient en 2007 un chiffre d’affaires de 14.870 milliards de dollars, soit un tiers de la production mondiale et un montant plus important que le PIB des Etats-Unis ou de l’Union européenne ;

– elle est constituée, à l’origine, à partir d’éléments audacieux et sélectionnés (mais principalement par l’esprit d’entreprise et la concurrence économique, de nos jours) ; la SCM est une classe entreprenante : elle repose sur l’esprit d’entreprise, qui est le versant positif de l’esprit bourgeois ; elle a une approche entrepreneuriale en tout ce qu’elle fait : des médias aux campagnes électorales ;

– elle repose sur des mécanismes de reproduction sociale (même si ce réseau n’est pas fermé : on peut y accéder au moins à la base et on peut aussi en sortir) d’autant que la mobilité sociale s’est nettement réduite en Occident, par rapport à ce qu’elle était encore dans la seconde moitié du XXème siècle ; le recrutement familial est aussi une caractéristique de cette classe : il y a des dynasties politiques, médiatiques ou économiques.

2) En outre, la SCM récapitule beaucoup des traits classiques de la bourgeoisie au XIXème siècle, tels que décrits par les observateurs traditionnels (par exemple, Donoso Cortes et son analyse de la « classe discutante », Werner Sombart, etc.) ou socialistes (Marx notamment).

Werner Sombart oppose ainsi l’idéal-type du bourgeois à celui du seigneur (de l’aristocrate) : le bourgeois est celui qui compte, qui calcule, qui épargne et prend son profit ; le seigneur est celui qui donne (y compris sa vie) et qui dépense sans compter, qui méprise l’argent, car ses principes ne sont pas de l’ordre du matériel mais du spirituel (sens de l’honneur, du devoir, de la lignée). Le bourgeois cherche à optimiser l’intérêt personnel : il est « la mesure de lui-même » ; l’aristocratie repose, au contraire, sur le dépassement et le don de soi (l’esprit de service et de sacrifice). Le bourgeois a des droits, l’aristocrate des devoirs (« Noblesse oblige »).

D’après Sombart, l’esprit capitaliste résulte de la combinaison de trois forces : l’appât du gain (la passion de l’or), l’esprit d’entreprise et l’esprit bourgeois. C’est la combinaison de l’appât du gain et de l’esprit d’entreprise qui explique la naissance de l’entreprise capitaliste. Mais l’esprit bourgeois a évolué. A l’origine il était marqué par l’épargne et la tempérance.

Au XIXème siècle apparaît une nouvelle race d’entrepreneurs qui tiennent à la fois du flibustier et du calculateur : le but est alors d’étendre les affaires et les profits sans limite, d’obtenir des gains de plus en plus rapides, de prendre d’assaut le client et d’obtenir la suppression de ce qui fait obstacle à la course au gain (d’où la formulation d’un libéralisme de plus en plus radical, qui culmine aujourd’hui dans le mondialisme libre-échangiste). C’est la mutation culturelle du capitalisme qu’a analysée au XXème siècle le sociologue Daniel Bell.

Marx a, de son côté, mis en lumière comment la bourgeoisie avait, aux XVIIIème et XIXème siècles, contribué à rompre avec l’ordre ancien : en particulier, comment elle détruisait les institutions traditionnelles comme la famille et la nation, en substituant la logique contractuelle à celle des liens naturels. L’évolution de l’idéologie des droits de l’homme – création de la petite bourgeoisie au XVIIIème – confirme la pertinence de cette analyse, puisque la revendication de ces « droits » est devenue aujourd’hui un moyen de dissoudre les droits de la citoyenneté, de la nationalité et les identités, perçus comme autant d’obstacles au triomphe du marché (ce qui explique pourquoi les grandes entreprises s’y rallient (comme pour la discrimination positive, par exemple). Il a aussi mis en lumière que la tendance profonde du capitalisme à la concentration et à la financiarisation sapait la propriété et la liberté individuelles, qui étaient pourtant les ressorts initiaux du système.

3) La SCM possède cependant des caractéristiques nouvelles qui la distinguent des anciennes élites dirigeantes européennes :

– c’est une classe dénationalisée, car le réseau qui la compose est de plus en plus mondial (à mesure que les entreprises sont de plus en plus transnationales). C’est une classe déracinée qui veut se sentir partout – c’est-à-dire nulle part – chez elle ; ce qui induit un comportement indifférent, « touriste », vis-à-vis des communautés dans lesquelles elle est installée (mais finalement toujours plus ou moins provisoirement). Le développement des moyens de communication donne à la SCM une assise presque mondiale (l’Afrique exceptée) et des leviers d’action largement instantanés et immatériels ;

– c’est une classe qui s’est coupée du reste de la population. Cette classe est « bullocrate » (Jean-François Kahn) : elle vit dans une bulle qui la protège de ce que subit le reste des hommes et de ce qu’elle leur fait subir. Cette situation est nouvelle car, dans l’histoire, les riches et les puissants ont toujours plus ou moins côtoyé les moins riches ou les pauvres, en particulier parce qu’ils les protégeaient ; aujourd’hui, la SCM a la possibilité de vivre dans un monde à part, qui limite les contacts avec le reste de la population au strict minimum :

– bulle financière et patrimoniale : cf. les « parachutes dorés », les possibilités d’expatrier sa richesse, l’optimisation fiscale, l’appel au contribuable pour compenser les erreurs de gestion et venir au secours des banques et des entreprises ; ce phénomène de bulle patrimoniale se traduit aussi dans l’élargissement de l’éventail des revenus à son profit, qui est aussi un autre aspect de la mondialisation de l’économie, à savoir l’accroissement des inégalités de revenu et de fortune. D’après Rothkopf, l’éventail des salaires aux Etats-Unis est passé de 1 à 20, à 1 à 350, au profit des patrons de grandes entreprises. Les rémunérations dans les 23 plus grandes institutions financières américaines pourraient dépasser 140 milliards de dollars en 2009, soit +20% par rapport à 2008, d’après le Wall Street Journal du 14 octobre 2009, etc. ;

– bulle sécuritaire : quartiers, lieux de résidence, de travail, de villégiature et modes de déplacement protégés – en particulier des réalités déplaisantes de l’immigration et de l’insécurité en Europe. L’évolution des comportements sécuritaires de la SCM, en particulier de la classe politique, témoigne physiquement de sa coupure croissante avec le reste de la population ;

– bulle culturelle : avec les écoles et les établissements d’enseignement privilégiés pour ses enfants, la SCM est aussi la seule à tirer profit du marché mondial de l’art déraciné, alors que par ailleurs la marchandisation du monde appauvrit, chaque jour un peu plus, la culture dévolue au reste des hommes (cf. la dégradation générale des médias et de l’enseignement en Occident) ;

Grâce à ce statut privilégié, la SCM est parvenue à encaisser uniquement les bénéfices de son action et à externaliser les risques et les pertes sur le reste de la population. Elle peut donc célébrer « la mondialisation heureuse », comme le dit Dominique Strauss-Kahn, car elle n’est heureuse que pour elle. La différence est de taille, avec les anciennes élites qui payaient régulièrement, de leur sang ou de leur faillite honteuse, leur statut privilégié.
La SCM a en outre succédé, en Occident, à la génération qui a vécu la Seconde Guerre mondiale : héritière de mai 1968, elle a grandi dans la facilité et l’abondance et n’a jamais été confrontée à des enjeux tragiques (alors que la bourgeoisie au XIXème avait connu les guerres et les révolutions) ; c’est une classe d’enfants gâtés ;

– c’est enfin une classe nettement déchristianisée : elle a adopté un messianisme qui n’est pas chrétien, mais antichrétien Ce messianisme repose sur une hérésie, c’est-à-dire le projet de réaliser le paradis sur terre (repris aux communistes) par la destruction des nations, l’accès de tous au bonheur matériel et l’instauration d’un gouvernement mondial (qui conduira à la fin de l’Histoire).
Ce messianisme débouche sur un constructivisme qui ne voit plus les peuples que comme une cire vierge (héritage de l’esprit des Lumières), qu’il convient de déconstruire et de reformater en fonction du projet. Elle a donc le plus profond mépris pour la liberté, la souveraineté et la liberté des peuples. Ce messianisme va à l’encontre de l’incarnation, qui repose au contraire sur la valorisation de la diversité humaine et naturelle, comme reflet des multiples visages de la divinité.

Donoso Cortes définissait la bourgeoisie comme une « classe discutante », c’est-à-dire qui discutait, contestait toute autorité autre que la sienne. La SCM est, elle, une « classe méprisante », qui n’a que mépris pour son prochain, réduit à l’état de ressource (humaine). Il suffit de voir comment les membres de cette oligarchie parlent de leurs concitoyens (les gens, les français, …) ou traitent leurs opposants.

La SCM est ainsi atteinte de démesure : depuis la chute du fascisme, du communisme et la marginalisation du catholicisme, elle croit à son élection historique sinon divine. Elle croit qu’elle a le droit de faire le bonheur des gens malgré eux, et de tout bouleverser (elle dit « moderniser ») pour que son règne arrive.

II – Comment la superclasse mondiale s’est-elle constituée et comment est-elle parvenue à dominer ? Quelle est la généalogie de cette superclasse mondiale ?

Elle est la résultante de plusieurs phénomènes majeurs qui se sont produits au XXème siècle en Occident :

– historique : l’échec du collectivisme comme alternative au capitalisme, et la domination des Etats-Unis après la chute de l’Union soviétique ;

– métapolitique : l’hégémonie de la fonction marchande sur les autres fonctions sociales, qui s’accompagne de la marginalisation des régulations politiques ;

– économique : la financiarisation, la concentration et la dématérialisation de l’économie.

1) La victoire idéologique de la gauche et l’échec historique du collectivisme comme alternative au capitalisme

1a) Le XXème siècle est un siècle paradoxal qui a vu tout à la fois :

– la victoire idéologique de la gauche, qui a réussi à vaincre la droite dans la seconde moitié du siècle et à déconstruire les sociétés occidentales, conformément à son idéologie ;

– la défaite historique de l’alternative collectiviste – incarnée dans le communisme – au capitalisme.

Cette victoire idéologique de la gauche s’est accompagnée d’une transformation de sa base sociologique, qui s’est accélérée dans la seconde moitié du XXème siècle en Occident :

– au début du XXème siècle, la gauche recrute dans la classe ouvrière, une partie de la paysannerie, la classe moyenne (fonctionnaires) et les intellectuels (« travailleurs manuels et intellectuels »), c’est-à-dire les vaincus de l’ordre économique et social qui s’annonce ;

– dans la seconde moitié du XXème siècle, la classe ouvrière décline quantitativement, le secteur public se développe, mais aussi, une nouvelle classe de managers et d’entrepreneurs (les « organisateurs », fils des planistes des années 1940 : la gauche s’est progressivement plus positionnée sur les classes moyennes et supérieures qu’auparavant, ce qui, en retour, a renforcé son emprise sur la société car elle a pu acquérir une compétence gestionnaire et économique qui lui faisait défaut.

Surtout, la chute de l’URSS et la perte d’influence des PC ont modifié l’attitude de la bourgeoisie vis-à-vis de la gauche : tant que le communisme existait comme menace, la bourgeoisie s’est efforcée de composer tant avec ce qui restait de la droite (pour l’employer dans le combat antisocialiste) qu’avec le peuple (accepter de faire du « social » pour endiguer le risque de contagion communiste) ; depuis que le communisme est mort, la bourgeoisie s’est « décomplexée » ; elle est retournée à ses vieux démons : l’argent, les Lumières et le cosmopolitisme.

L’effondrement du communisme à l’Est et de l’échec économique des social-démocraties à l’Ouest va aussi imposer le paradigme de l’entrepreneur « créateur de richesses » et paré de toutes les vertus, face à celui du bureaucrate, nécessairement socialiste, ringard et inefficace. Va aussi s’imposer l’idée que le marché est un mode de régulation définitivement supérieur et, en tout cas, supérieur à la régulation étatique dans un cadre national.
Ce nouveau paradigme va permettre de renouveler, en la valorisant, la figure hier encore suspecte du capitaliste et du bourgeois.

1b) Cette situation traduit le retournement idéologique essentiel qui s’est produit à la fin du XXe siècle et qu’avait pressenti, en partie, Tocqueville :

– auparavant, c’est la gauche qui incarnait la révolution ; mais la gauche a réussi à imposer son idéologie à la société (en particulier l’égalitarisme) : elle n’a donc plus rien à révolutionner désormais ;

– aujourd’hui c’est le néo-capitalisme qui a repris le flambeau de la révolution ; c’est lui qui poursuit maintenant le projet de la gauche, en particulier l’égalitarisme, l’internationalisme, l’unification du monde, la fin des nations et des structures traditionnelles, le dépassement de la religion ; la SCM incarne désormais « l’avant-garde » du néo-capitalisme devant guider le peuple vers les lendemains qui chantent du mondialisme.

La superclasse mondiale correspond ainsi au paradigme de la « révolte des élites » (Christopher Lasch) ; c’est-à-dire, des élites qui ont décidé de rompre avec leur communauté et de révolutionner la société par le haut (et pour leur seul intérêt), contre la volonté des peuples.

D’après Le Monde du 20/11/2008, Warren Buffet, un des hommes les plus riches du monde, aurait déclaré au New York Times du 26 novembre 2006 : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui la mène et nous sommes en train de la gagner. »
La signification de cette mutation est que l’argent et l’idéologie de gauche sont désormais une seule et même idéologie, un seul et même pouvoir.

Les membres de la SCM aiment à se dire « décomplexés » (en particulier vis-à-vis de l’argent), ce qui veut dire qu’ils estiment désormais se situer au-dessus des valeurs communes de la société (ce qui signifie que ces « valeurs » ne sont qu’un instrument de leur pouvoir et non une ligne de conduite ; il y a des valeurs pour les maîtres et des valeurs bonnes pour les esclaves). En d’autres termes, elle est cynique (on dit « pragmatique ») et pratique le double standard.

La SCM refuse ainsi aux autres ce qu’elle pratique à son seul profit : primauté des rapports de force, l’attrait du pouvoir, le sexisme notamment. La finalité réelle du gouvernement mondial que veut promouvoir la SCM est, en réalité, une aspiration non au bonheur pour tous, mais au pouvoir mondial de la SCM.

1c) L’échec historique du collectivisme a aussi conduit à l’hégémonie des Etats-Unis dans tous les domaines et à la domination sans partage de l’idéologie anglo-saxonne , reflet de la prétention des Anglo-Saxons à conduire le monde :

Cette vue du monde anglo-saxonne repose notamment sur :

– le culte de l’enrichissement individuel et de l’argent (la vogue du mot « valeur » est significative…) comme symbole d’élection divine ;
– la promotion de l’individualisme et de la « libération » de l’homme, c’est-à-dire la libération de tous les (mauvais) instincts humains et non pas la maîtrise de soi ;
– la réduction, voire la suppression, du « mal » étatique et collectif/communautaire ;
– le messianisme, c’est-à-dire la prétention d’incarner le stade ultime du progrès humain et la croyance dans la mission, confiée à l’Amérique, de faire profiter l’humanité tout entière de son modèle et de ses Lumières ;
– le pragmatisme, c’est-à-dire le mépris des principes, au nom du primat de l’efficience matérielle.

Le philosophe Harold Bloom évoque pour sa part la domination d’une « religion américaine post-chrétienne » (The American Religion, 1992) qui présente des similitudes avec le courant gnostique : chacun contiendrait une parcelle de divinité et tous seraient en somme des dieux ; et si chacun est dieu, tout est permis.

Cette vue du monde s’est imposée par mimétisme, comme toujours dans l’Histoire, dans tout l’Occident : les classes dirigeantes sont devenues américanophiles pour se retrouver dans le camp des vainqueurs et des puissants, puisque tous les concurrents des Anglo-Saxons étaient vaincus.

L’adhésion à la vue du monde américaine est devenue le signe d’appartenance à la classe des puissants de ce monde (comme la pratique de la langue anglaise), le stage ou le séjour outre-Atlantique remplissant la même fonction que le pèlerinage à la Mecque pour les musulmans.
On se souvient des propos du président Sarkozy en mars 2008 devant le Parlement britannique : « Vous êtes devenus pour nous un modèle, une référence, et nous devons nous inspirer de ce que vous avez su faire, quelle que soit la couleur politique de vos gouvernements ces vingt ou trente dernières années. » « Quelle que soit la couleur politique », cela veut dire que, par essence, les Anglais seraient donc supérieurs à nous, propos étonnants dans la bouche d’un président français, mais très significatifs (Le Monde du 28 mars 2008).

La SCM est devenue, tout à la fois, une classe qui a adopté la vue du monde américaine, et qui compte aussi sur la puissance américaine pour parvenir à ses fins : pour la simple raison que les Etats-Unis sont devenus la seule vraie puissance en Occident.

2) L’hégémonie de la fonction marchande sur les autres fonctions sociales

Il faut, au préalable, rappeler la pertinence de l’analyse trifonctionnelle de la société, puisque, dans le monde européen, la répartition fonctionnelle des tâches au sein de la société, était hiérarchisée et conceptualisée. La société équilibrée était celle où la hiérarchie des fonctions était la suivante : la fonction souveraine (dans sa double composante spirituelle/religieuse et étatique) au sommet, ensuite la fonction guerrière, enfin la fonction marchande ou de production, chaque fonction renvoyant à une vertu cardinale particulière : la sagesse, le courage et la tempérance.

Dans l’Histoire, les dérèglements de cette hiérarchie des fonctions ont caractérisé les périodes de crise.

2a) La SCM, c’est l’avant-garde de la fonction marchande, c’est-à-dire tous ceux qui disposent du pouvoir économique et financier, mais affranchie de la fonction souveraine, dont les composantes spirituelle et politique ont été marginalisées, voire détruites.

La bourgeoisie au XIXème siècle devait composer avec le trône, l’autel et les socialistes. La SCM a réussi à s’affranchir de tout cela au XXème siècle et est donc désormais une classe en liberté (une puissance), que plus aucune autorité ne vient réguler. Aujourd’hui, les marchands, non seulement occupent le temple, mais ils le dirigent !

Le général de Gaulle pouvait encore affirmer, dans les années 1960, que la politique de la France « ne se faisait pas à la corbeille » ; cela voulait dire que c’était la politique qui devait commander à la Bourse, et donc à la fonction marchande. Mais aujourd’hui, c’est l’inverse qui est devenu vrai.

Les fonctions souveraines et marchandes sont devenues poreuses, partout en Occident : en témoigne, un personnel dirigeant interchangeable entre les entreprises et le système politique ; en témoigne, la mise en œuvre – bien sûr au nom de l’efficience – de méthodes de gestion privée dans la gestion des Etats (ex. : les Etats doivent certifier leurs comptes comme n’importe quelle entreprise privée, le recours croissant aux cabinets de conseil privés dans les décisions, la marginalisation des statuts publics, etc.).

Il est d’ailleurs intéressant de noter comment les concepts avancés dans les années 1990 pour caractériser les entrepreneurs, procédaient de la fonction souveraine ou guerrière : ne sommes-nous pas en « guerre économique » ? Les entreprises ne sont-elles pas « au front » alors que les fonctionnaires sont [planqués] « à l’arrière » ? Ne faut-il pas se « mobiliser » en faveur des entreprises ? Ne faut-il pas encourager le « patriotisme économique » (bel oxymore !). Le commerce international ne fournit-il pas les « armes de la paix » (Samuel Pisar) ?

Tout ce pathos permet de mesurer, concrètement, la prétention nouvelle de la fonction marchande à prendre la première place en Occident.

En fait, aujourd’hui, la fonction souveraine en Occident se trouve reléguée à un rôle supplétif : celui de gérer, pour les rendre supportables, les effets indésirables du libre-échangisme mondialiste, par exemple comme quand les banquiers « libéraux » et donneurs de leçons de management public, sont venus en 2009 demander aux Etats, et donc au contribuable, de payer leurs erreurs de jugement (mais sans toucher à leurs rémunérations) !

A l’échelle de l’Occident, cette victoire de la fonction marchande s’est accomplie en 4 étapes majeures :

• d’abord, les deux guerres mondiales ont porté un coup mortel, en Europe, aux fonctions souveraines et guerrières, assimilées au fascisme. Les principes héroïques et le nationalisme ont été mis en suspicion à partir de 1945, d’autant que l’Europe entrait dans une période de souveraineté limitée, à l’Est comme à l’Ouest. Or, ces principes étaient susceptibles de s’opposer – comme l’a montré l’Histoire – à la domination des marchands : c’est pourquoi le Système – qui repose sur le triomphe de la troisième fonction – a fait de la « mémoire » de cette mort, une « valeur » fondatrice. Car qui maîtrise le passé, maîtrise aussi l’avenir ;

• ensuite, la révolution des mœurs introduite en Occident à la fin des années 1960, mouvement initié aux Etats-Unis et qui s’est propagé en Europe sous différentes formes (gauchisme, mai 1968, apparition des premiers écolos, etc.). Le folklore marxiste léniniste utilisé alors par les « protestataires » en Occident, ne doit pas cacher que cette révolution culturelle n’a nullement contribué à réaliser la révolution socialiste ; elle a joué, au contraire, le rôle de brise-glace du capitalisme en contribuant à délégitimer (exemples : « CRS-SS », « Il est interdit d’interdire », « Do it ») puis à détruire les institutions et les principes qui faisaient encore obstacle à la marche triomphale de la bourgeoisie vers le pouvoir absolu : la famille, les traditions, le principe d’autorité, l’Etat, les nations ; accessoirement en ouvrant de nouvelles perspectives intéressantes pour les entreprises : une main-d’œuvre bon marché (vive le travail des femmes, qui, comme chacun le sait, est une libération ! vive l’immigration payée par le contribuable) et des activités nouvelles à mettre sur le marché (exemples : produits de temps libre ou de sécurité).
Ce mouvement s’est aussi traduit par la réduction progressive de l’influence catholique en Europe occidentale. Or, l’Eglise constituait un obstacle à l’idolâtrie de l’argent et au culte de l’individualisme.
Les gauchistes n’ont nullement lutté contre les bourgeois : la lutte des classes, ils l’ont prioritairement conduite contre les ennemis du néo-capitalisme et les obstacles culturels à l’instauration de l’argent roi. De ce point de vue, la SCM s’en tient à une ligne inspirée de la IIIème Internationale : elle fait l’union sacrée avec tout le monde contre les principes identitaires, souverains et héroïques, comme hier contre le « fascisme » (on l’a bien vu lors de l’élection présidentielle de 2002, lorsque le MEDEF défilait avec la CGT et l’extrême gauche).

• la troisième étape tient à la dynamique propre de l’économie capitaliste : la tendance à la constitution d’oligopoles et à la financiarisation de l’économie. Le pouvoir économique s’est tout à la fois concentré à l’échelle occidentale (au contraire du discours sur les vertus de la diffusion de la propriété ; ou de la mode managériale des années 1980 : « Small is beautiful »), dématérialisé (car c’est l’économie financière, qui est avant tout un échange et une manipulation de signes monétaires – de plus en plus sophistiqués et en temps de plus en plus immédiat – qui commande à l’économie réelle) et déraciné : les grandes entreprises sont désormais, non plus multinationales (comme on disait encore dans les années 1970), mais transnationales, comme le capital financier et comme le capital humain (aujourd’hui immigré ou délocalisé, ce qui renvoie au même phénomène).
La puissance économique est aujourd’hui cosmopolite, ce qui explique le cosmopolitisme de la SCM : cf. l’article de Gérard Mestrallet, patron de GDF-Suez, dans Le Monde du 5 octobre 2009, vantant les vertus du métissage… ou la déclaration aussi significative de Laurence Parisot, président du MEDEF, le 8 février 2008 : « Soyez français, mais cosmopolites »).

• la quatrième étape est celle de la destruction de la souveraineté des nations et de la marginalisation des régulations politiques : c’est celle que nous vivons aujourd’hui.
C’est la dernière étape de la domination de la fonction marchande en Occident : réussir à s’affranchir du mode de régulation politique. C’est pourquoi la SCM est une super-oligarchie ; son but n’est pas d’exercer le pouvoir politique national, mais de le dépasser, de se situer au-dessus et donc, d’échapper à ses risques concrets. Son but est de régner, mais sans gouverner. Elle laisse les responsabilités du gouvernement national à ses mandataires interchangeables.

La SCM est un réseau qui agit, en effet, par d’autres moyens et vecteurs que la souveraineté politique et la localisation nationale traditionnelles, notamment :

– l’économie financière qui s’est déconnectée de l’économie réelle en développant des produits de plus en plus sophistiqués, abstraits (financiarisation), opaques et de moins en moins contrôlés) ;
– le pouvoir médiatique, c’est-à-dire la capacité mondiale à produire des images et des idées qui s’imposent au plus grand nombre ;
– l’arme idéologique pour justifier la destruction programmée de toutes les régulations susceptibles de limiter son pouvoir.

2b) La SCM a utilisé et use encore, en effet, de différents leviers idéologiques :

– la promotion du libre-échangisme mondialiste, entendu comme moyen de délégitimer toutes les régulations politiques et sociales des nations (assimilées au nationalisme = fascisme = communisme), au nom des vertus de la libre circulation des capitaux, des marchandises et des hommes.
Mais cette « liberté » est en fait la conquête de l’impunité pour les puissants et les riches, et une assurance de devenir plus riches et plus puissants. Le tout, au nom de l’efficience économique et du bonheur pour tous, mais demain, comme le promettaient les communistes. Mais le résultat visé par ceux qui préconisent la « société ouverte » (comme on dit qu’une ville est ouverte) est l’implosion des communautés en agrégats d’atomes humains, mûrs pour la domination d’une caste surprotégée et qui est la seule à profiter réellement de la dérégulation mondiale.
En Europe, le vecteur politique de cette idéologie a été la prétendue « construction européenne », qui repose justement sur la déconstruction de la régulation politique nationale en Europe, déconstruction censée nous apporter la paix et la prospérité. Sa vocation est de marginaliser la souveraineté des Européens, en la diluant dans un magma institutionnel et spatial. Il est significatif, d’ailleurs, que l’Union européenne soit incapable de délimiter ses frontières, ce qui constitue en effet un acte politique fondateur ;

– le crédo de l’efficacité d’une gouvernance mondiale :
Comme le déclarait David Rockefeller, président fondateur du groupe Bilderberg, le 6 juin 1991 : « La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux, est assurément préférable à l’autodétermination nationale pratiquée dans les siècles passés. »
La SCM, grâce au levier médiatique, a notamment popularisé dans l’opinion occidentale un discours sidérant, qui est au service de son pouvoir : on ne pourrait plus résoudre les questions du moment – qui sont extrêmement graves, comme le réchauffement climatique, les pandémies mondiales ou la prolifération nucléaire iranienne – dans le cadre [dépassé] des Etats ou des relations inter-étatiques. Ces questions ne pourraient être résolues, nous dit-on, qu’au niveau mondial et donc fatalement par une sorte de gouvernement mondial.
Il s’agit, bien sûr, d’un discours destiné, avant tout, à faire peur, pour détruire tout esprit critique. Telle est, notamment, la vocation réelle du prêche écologiste en Occident.
Ces curieux libéraux semblent en effet avoir oublié les leçons de Friedrich Hayek : plus une question est globalisée, plus elle est complexe à résoudre, car plus les interactions sont nombreuses et donc plus imprévisibles ; par conséquent, il y a tout lieu de penser qu’un gouvernement mondial ne réussirait qu’à produire des catastrophes mondiales et non pas des solutions mondiales ;

– la promotion de la suprématie d’un droit abstrait (et du contrat) sur la souveraineté et l’autorité ; c’est-à-dire, en réalité, une forme de théocratie, puisque ces fameux « droits » ou ces « valeurs », que l’on oppose toujours plus à la souveraineté des nations et à la liberté et l’identité des peuples, ne sont pas créés par des législateurs, mais imposés aux législateurs et donc aux hommes, par le nouveau clergé mondial des droits de l’homme et des médias, qui procède de la SCM.

2c) Cela veut dire que l’action de la SCM ne peut plus être remise en cause par le jeu normal des institutions démocratiques en Occident, car elle joue avant tout « en dehors du damier » : elle repose de plus en plus sur le « gouvernement des choses », qui est un gouvernement invisible (principalement celui des lois abstraites de la finance et de l’économie de marché et celui, immatériel, de la production et la diffusion d’images et de sons), et non plus sur le gouvernement visible des hommes (c’est-à-dire la politique).

En d’autres termes, la SCM a réussi à vider progressivement, mais avec constance, la démocratie de tout contenu autre que formel en Occident. Celle-ci est maintenant dominée par trois pouvoirs qui échappent à la souveraineté politique ; c’est-à-dire, qui ne sont plus régulés par les citoyens dans le cadre de procédures visibles et traçables :

– les juges, désormais placés au-dessus des lois et de plus en plus apatrides (ex. : les juges « européens ») ;

– les médias, qui déterminent plus la politique que les citoyens ;

– les banques, qui sont devenues autonomes des Etats, alors qu’elles influencent l’économie réelle.

Ces trois pouvoirs rendent évidemment caduque la séparation des pouvoirs, telle que conçue par Montesquieu.

C’est d’ailleurs pourquoi le système politique occidental est en crise :

– la politique en Occident a versé dans le spectacle et la communication (ex. : Sarkozy, Berlusconi, acteurs devenant gouverneurs aux Etats-Unis). C’est parce qu’elle peut de moins en moins agir contre (si tant est qu’elle le veuille…) ; elle n’est tolérée que si elle va dans le sens souhaité par la SCM, sinon c’est la diabolisation ou la remise au pas ;

– l’électeur occidental se rend compte que son vote n’a aucune influence réelle sur les événements (d’où les manifestations de malaise croissant : abstentions records, les partis institutionnels représentant moins de suffrages que tous les autres, fraudes diverses, violences « pour se faire écouter », etc.) ; les élections ne servent qu’à revêtir de l’onction démocratique un personnel politique qui a été choisi par la SCM, en particulier par le système médiatique.

De fait, nous sortons progressivement de la démocratie en Occident pour entrer dans un ordre politique de plus en plus despotique, un despotisme soft, peut-être, mais un despotisme quand même, qui correspond au retour du despotisme éclairé.

Cette contrainte repose notamment sur les leviers suivants :

– la contrainte économique : dans un monde dominé par la fonction marchande et livré aux seules forces des marchés, grâce à la déconstruction programmée de toutes les protections publiques et communautaires, tout le monde se trouve placé en situation d’insécurité sociale relative (peur de perdre son emploi, son petit boulot, sa retraite, ou son statut social, peur des délocalisations, peur d’avoir des enfants, etc.) ;

– le dressage idéologique : la SCM domine tous les vecteurs de communication et de diffusion, c’est la matrice qui oblige les gens à voir ce que l’on veut qu’ils voient et à cacher ce qu’on veut qu’ils ne voient pas ; de même, une rééducation de la jeunesse, au nom de ces mêmes « valeurs », est entreprise sur une grande échelle, dans le même but ;

– la répression légale : tous les pays occidentaux, c’est-à-dire soumis à la SCM, mettent en place des législations répressives, au nom de différentes « valeurs » (sécurité, mémoire, antiracisme, etc.), mais dont la finalité réelle est le contrôle de la population et la destruction précoce des opposants au Système. La SCM est aussi une classe intolérante : elle refuse toute contradiction, alors qu’elle se prétend « libérale » en tout (ce qui montre bien que ce libéralisme est une arme entre ses mains, et non un principe de vie) ;

– la guerre, s’il le faut, contre les peuples et les dirigeants récalcitrants, via les Etats-Unis, l’OTAN ou toute autre « coalition » (ex. : Serbie, Irak, peut-être bientôt Iran).

La SCM a mis ainsi en place un despotisme mou en Occident, beaucoup plus dangereux que le totalitarisme dur et intéressante préfiguration du gouvernement mondial tant vanté…

III – Conclusion : la SCM est-elle omnipotente ?

Après la généalogie, faisons un peu de prospective !

La SCM est une oligarchie, qui repose sur trois piliers apparemment solides : l’argent, l’idéologie et la force militaire des Etats-Unis. Elle est à son apogée, car elle cumule, en Occident, tous les pouvoirs ; mais dans l’Histoire, l’apogée préfigure souvent le déclin :

– elle est liée à la prédominance américaine et au modèle WASP, dont elle est aussi l’instrument ; or, la superpuissance américaine est sur le déclin et de plus en plus contestée, en particulier par les puissances asiatiques émergentes et par le réveil de la Russie.
On peut douter que les nouvelles élites qui se constituent, notamment dans les pays asiatiques, continuent de s’occidentaliser.
A l’échelle de la population mondiale, la SCM est de plus en plus minoritaire, comme la population blanche (et WASP aux Etats-Unis) est sur le déclin relatif, y compris en Europe occidentale ;

– le projet de la SCM ne peut s’imposer, progressivement, que parce qu’il avance masqué : il repose sur la duplicité. S’il est dévoilé, il perd de son efficacité, car il suscite l’opposition naturelle de tous.
Comme le déclarait David Rockefeller, président de la Chase Manhattan Bank, le 6 juin 1991, pour accueillir les membres du Bilderberg Group : « Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, Time Magazine et d’autres grandes publications, dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion, depuis presque quarante ans. Il nous aurait été impossible de développer nos plans pour le monde, si nous avions été assujettis [sic] à l’exposition publique durant toutes ces années. Mais le monde est maintenant plus sophistiqué et préparé à entrer dans un gouvernement mondial. »
En réalité, David Rockefeller semble ignorer que le projet mondialiste se heurte au réveil des peuples, qui ne veulent pas perdre leur identité, y compris en Europe (« populisme », « extrême droite »). L’Islam a d’abord été instrumentalisé par le Système contre l’URSS (Afghanistan) et comme moyen d’affaiblir l’Europe (immigration), mais aujourd’hui, l’Islam incarne la révolte radicale contre le Système ; c’est pourquoi il est devenu une cible de la SCM. Mais de même que le socialisme a achoppé sur le nationalisme, le cosmopolitisme ne va-t-il pas achopper sur le choc des civilisations ?

– la SCM a, en outre, de plus en plus de mal à maîtriser le monde, en particulier parce que son idéologie la prive des moyens politiques d’agir. Son projet débouche donc sur un chaos mondial, dont l’issue est imprévisible. Elle est, au surplus, atteinte au cœur de son projet, celui de garantir la prospérité matérielle à tous, au prix de la servitude ; la critique des oligarchies dirigeantes est donc en train de redevenir à la mode en Occident, ce qui signifie qu’elles perdent leur légitimité.

Il est donc probable, qu’une nouvelle ligne de fracture politique est en train d’apparaître :

– d’un côté, les partisans du système qui se met en place et dont la SCM est l’avant-garde : il regroupe, dans une nouvelle alliance, le néocapitalisme messianique et la gauche idéologique ;

– de l’autre, tous ceux qui veulent la fin de ce système à détruire les peuples.

En particulier, la droite européenne a été progressivement forcée de cohabiter, tout au long du XIXème et surtout du XXème siècle, avec le capitalisme et la bourgeoisie, pour contrer le communisme. Ce mouvement a notamment débouché sur l’éclosion d’une « droite libérale ». Or ce positionnement était contre nature, puisque les principes qui fondent la vue du monde de droite (primauté du spirituel sur le matériel, respect de l’ordre et des communautés naturelles, localisme, enracinement, prise en compte des différences humaines, primauté des principes souverains et héroïques sur la possession des richesses matérielles, primauté de l’être sur l’avoir, sens de la responsabilité et du devoir) sont justement remis en cause par le triomphe du capitalisme et de la bourgeoisie, et par celui de l’idéologie du libre-échange mondialiste.

Les socialistes du XIXème siècle l’avaient d’ailleurs prophétisé au vu du capitalisme naissant, mais ce qui se passe depuis la fin du XXème siècle en apporte la preuve expérimentale, tout comme le communisme a apporté la preuve concrète que le collectivisme était une impasse.

De même, le socialisme européen avait un positionnement ambigu vis-à-vis du capitalisme : il plaidait pour la révolution, mais sa critique de la société bourgeoise reflétait aussi la nostalgie de l’ordre traditionnel ancien, en particulier l’appel au principe de solidarité et de communauté contre l’individualisme bourgeois, ainsi que la volonté de détruire le règne de l’argent.

La SCM renvoie, en réalité, à l’image mythologique et archétypale de l’Hydre à plusieurs têtes : elle est redoutable et semble indestructible. Mais les héros finiront pourtant par la tuer…

Source : Polémia 1 et 2

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