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Les « intolérants » selon Esther Benbassa : « extrême droite, milieux radicaux musulmans, catholiques les plus pratiquants »

Juil
2015

Depuis les années 2000, des associations communautaires rivalisent de chiffres pour relever actes antisémites et islamophobes. Au risque de paniquer tout le monde regrette Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-les Verts du Val-de-Marne qui dénonce «une guerre des chiffres» dangereuse.

La tolérance a grandi envers les juifs et les musulmans lors des deux mois qui ont suivi les attentats – alors que les actes antireligieux flambaient.Les intolérants restent confinés à certaines franges de la population : extrême droite, milieux radicaux musulmans, catholiques les plus pratiquants.

La diffusion de chiffres recensant les actes antisémites et islamophobes se multiplie, et cela vous alarme. Pourquoi ?

La semaine dernière encore, je lisais un entrefilet dans la presse : les actes antisémites auraient augmenté de 84% de janvier à mai, selon le service de protection de la communauté juive et le ministère de l’Intérieur. Un Français juif qui lit cela se dit «ce n’est pas possible, c’est les pogroms, il faut que je parte». Que veulent dire ces chiffres ? Comment ces actes sont-ils recensés ? Depuis quelques années, des organismes privés et communautaires – juifs comme musulmans – se sont eux aussi lancés dans une «guerre de chiffres». Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) ou le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) publient régulièrement une comptabilité des actes islamophobes ou antisémites dont on ne sait pas vraiment d’où ils viennent. Mais ils risquent de paniquer les citoyens de chaque communauté. […]

Lisez leur charte. Le BNVCA y explique sa volonté de recenser les incidents antisémites, puis à l’alinéa 4, elle se donne un autre rôle : «Communication et public relations tous azimuts auprès des élus et des médias pour défendre l’image d’Israël qui est la cible directe de nos adversaires.» On sort ici du domaine de l’entraide. On entre dans le lobbying communautariste et pro-Israël. Que cette association soit pro-israélienne, c’est son droit. Mais ce mélange des genres sème le doute : est-ce que les chiffres qu’elle relaie sur l’antisémitisme doivent faire peur aux juifs et les pousser à partir en Israël ?

Le CCIF affirme qu’il a aidé 1 000 victimes de l’islamophobie. Très bien. Mais il se donne aussi pour mission de lutter contre les lois sur le voile. Sur son site, dans son «Cercle des élus déchus de la République», le CCIF range Manuel Valls dans le camp des islamophobes. Pourquoi ? Parce qu’il a dit : «Le voile, qui interdit aux femmes d’être ce qu’elles sont, doit rester pour la République un combat essentiel.» Alors que six mois auparavant, il déclarait : «Les juifs de France peuvent porter fièrement leur kippa.» Je suis moi-même très critique vis-à-vis des lois de 2004 sur les signes religieux à l’école et de 2010 contre la burqa, mais je suis désolée, cette phrase ne fait pas à elle seule de Valls un islamophobe ! La lutte contre l’islamophobie ne doit pas être transformée en ligne politique avec des chiffres pour seuls arguments.

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