Plein ecran

Pourquoi une grève de la production ne suffirait pas !

Mai
2015

Partons de l’exemple concret de l’histoire d’un gobelet plastique.

Première étape : extraire le pétrole

Dans le monde, 27% des émissions totales de gaz à effet de serre sont liées à l’industrie des énergies fossiles, sans compter les marées noires et autres accidents de forages qui polluent les océans et sans compter les émissions libérées par la combustion de ces énergies fossiles pour leur utilisation finale (chauffage, transport, industries..). Le dernier rapport du GIEC préconise de laisser dans le sous sol 80% des énergies fossiles déjà connues afin de limiter la hausse de température liée à l’effet de serre et éviter l’emballement des changements climatiques.

Pourtant, financées par les plus grandes banques, ces multinationales du pétrole, championnes de l’extractivisme émettent toujours plus de CO2 à mesure qu’elles se tournent vers les énergies plus extrêmes : gaz et pétrole de schistes, sables bitumineux…

La connivence entre ces grandes multinationales pétro-gazières et les états est telle que leurs positions de par le monde sont assurées (cf Total et GDF Suez en France, et la « Francafrique »), souvent même au mépris des droits des peuples (mensonges, corruption, conflits armés).

Deuxième étape : fabriquer le précurseur du plastique

Ce pétrole brut prend la direction de la raffinerie (Total détient la moitié des raffineries françaises) où les différents constituants seront séparés par distillation : essences, fuels, huiles lourdes, Naphta…

Le NAPHTA, précurseur du plastique obtenu à partir du pétrole. De Même, on obtient les précurseurs des polyéthylènes à partir du gaz naturel et les précurseurs des plexiglass, nylon… à partir du charbon.

Le « craquage » à 800 °C du NAPHTA transformera celui-ci en monomères (éthylène, propylène…). Ces monomères seront ensuite « polymérisés pour donner des plastiques. Ces étapes de transformation sont très gourmandes en énergie puisqu’elles sont réalisées à hautes voire très hautes températures. La fabrication des matières plastiques et de leurs dérivés (médicaments, engrais…) représente 5% de la consommation totale des énergies fossiles.

Troisième étape : fabrication du plastique adéquat

Le naphta est alors convoyé vers une autre grande multinationale : ARKEMA, par exemple. Ces grands groupes sont très peu créateurs d’emplois et délocalisent leurs activités pour être soumis à des normes environnementales moins strictes (elles le sont déjà peu en Europe !).

On produit à peu près 280 millions de tonnes de plastiques par an, dont 26 millions de tonnes en Europe, tonnages en constante augmentation.

ARKEMA fabrique des « billes » de plastiques ainsi que les adjuvants qui leur confèrent des propriétés particulières : souplesse, transparence, couleur, résistance aux chocs, à la pression… Les plastiques produits sont ainsi très variés (plus de 700) et serviront à la fabrication de nombreux objets. Pour 40 %, des emballages et des jetables ! 20%, dans le BTP, 8% dans l’automobile, 6 % dans l’électronique…

Quatrième étape : fabrication du gobelet

Le plastique qui sera utilisé ici est du polystyrène (boisson chaude), ou du polypropylène transporté jusqu’à l’unité de production par camions (SOLIA, par exemple, 2,5 millions de chiffres d’affaires en 2012, 38 salariés).

Avez-vous déjà visité une entreprise entièrement robotisée, de laquelle sortent 16 000 gobelets à l’heure ? C’est impressionnant ; comme si la matière (ici, le plastique) était avalée par des robots qui recrachaient d’énormes quantités de gobelets, tous pareils, tous parfaits ! Au dédale d’une allée, un technicien surgit, il contrôle le travail des machines, masque, gants et chaussons ? Même les palettes de piles de gobelets, déjà emballés et encartonnés sont évacués par un robot.

Seuls les services commercial et administratif sont encore peuplés de salariés !

Il s’agira ensuite de livrer ces colis de gobelets dans les lieux de distribution : super-hypermarchés, entreprises, collectivités…

Cinquième étape : acheminement vers les lieux de distribution

En route vers un temple de la surconsommation : au hasard, Auchan. (63 milliards de chiffres d’affaires en 2014 et 330 000 salariés dans 16 pays, troisième fortune française).

Les gobelets en question sont en promotion à 2,03 € les 50 gobelets et tout le monde se précipite, de l’organisateur de la fête locale, au paresseux qui veut éviter la corvée de vaisselle durant les vacances.

Fabien était chargé de la commande de gobelets auprès de son installateur de la machine « nespresso » mais il a oublié et le voilà à Auchan, ni vu ni connu.

Sixième étape : « consommation » des gobelets

Après un ultime voyage, voilà notre gobelet dans la machine à café d’une petite entreprise.

Un cadre, un peu pressé vient consommer un « expresso » ; il l’avale rapidement et laisse son gobelet au dessus de la poubelle.

500 milliards de sacs plastiques utilisés chaque année dans le monde ; 4 milliards de gobelets sont utilisés rien qu’en en France (fontaines à eau, distributeurs de café, thé…) par an, soit 126 gobelets par seconde. On estime qu’en moyenne, un objet jetable restera 5 minutes dans les mains de son utilisateur.

Entre consommation de pétrole et production de déchets : quel progrès pour l’humanité !

Entre avaler, seul, un expresso que l’on commande à une machine et préparer une petite cafetière à partager entre collègue : quel progrès dans l’humanité !

Sixième étape : le déchet

Un grand coup de vent et le gobelet s’est envolé.

32 000 tonnes de déchets plastique par an rien qu’en considérant les gobelets plastiques!

25 % des plastiques sont recyclés en France et seulement 5% dans le monde

50% finissent en décharge, 20% sont transformés en meubles, 5% sont recyclés et le quart manquant se retrouvent… dans les océans, jusqu’à former un nouveau continent de plastique ! Dommage pour les oiseaux, tortues et autres habitants des océans qui prennent ses déchets pour des proies, dispersion des substances toxiques en milieu naturel (des scientifiques ont trouvé des retardateurs de flammes dans la graisse des cétacés)…

Et les industriels ont trouvé mieux encore pour amplifier le phénomène : des microbilles de plastiques qui entrent dans la composition des cosmétiques, produits ménagers, peintures… et qui échappent au traitement de l’eau à cause de leur extrême flottabilité.
Les fausses solutions

Des voix s’élèvent pour dénoncer ce massacre de l’environnement et les entreprises à la fois pour préserver leur image et pour continuer leur business as usual, ont imaginé des filières vertes : Gobelets et sacs jetables à base de maïs ou de pomme de terre ; voilà encore un détournement des terres agricoles qui pourraient avoir des conséquences dramatiques sur les populations d’Amérique du sud et d’Afrique, grignotant toujours plus leurs cultures vivrières, empoisonnant toujours plus leurs terre à coup de round-up et d’OGM pour continuer à produire des objets inutiles.

Veolia environnement et SUEZ environnement proposent maintenant des filières de récupération et de tri des matières plastiques et de revente comme matière première secondaire. Voilà qui va encore abonder au business des multinationales.

Conclusion

Si on avait remplacé le gobelet en plastique par un autre objet (alimentaire, électroménager, informatique, sport…), on aurait aboutit exactement aux mêmes schémas : extractivisme → production de la matière première → production de l’objet → circuit de distribution → utilisation → production de déchets → sans oublier le transport qui intervient à chaque étape.

Du début du cycle jusqu’à la fin : des multinationales, de la pollution, des consommateurs pris au piège du capitalisme grâce à ses trois bras armés : la publicité et le crédit et l’obsolescence programmée pour absorber cette énorme production standardisée.

Et dans le même temps, les artisans, les paysans, les petits commerçants disparaissent de nos territoires qui se meurent, les gaz à effet de serre s’accumulent dans l’atmosphère, la biodiversité est en chute libre et la pression est toujours plus grande sur les peuples les plus pauvres.

Mouvement des Objecteurs de Croissance

Chine : Le lion et le dragon
Les génies de la grotte Chauvet

Soutenir Fdesouche

Solution 1 : Faire un don avec paypal ou carte bancaire




Solution 2 : S'abonner avec paypal


Option A : paiement mensuel



Option B : paiement hedomadaire




Solution 3 : Faire un don par chèque


Chèque à l'ordre d'Esprit de Clocher
Esprit de Clocher 64, rue Anatole France 92300 Levallois-Perret France



Solution 4 : Faire un don en Bitcoin


Adresse bitcoin : 1KyyRyYGMMfxYi6qCGkFARQ1TcqcrumoC4



Commentaires

Accueil
Menu
X