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Inde : Le Gange, fleuve à la dérive

Avr
2015

Le Gange est un fleuve sacré pour des centaines de millions d’Indiens. Depuis plusieurs décennies, tous les gouvernements ont eu la rude tâche d’essayer de le rendre «propre». Une mission quasi impossible. Le Premier ministre Narendra Modi pourra-t-il à son tour relever ce défi?

Avec Bénarès, Kanpur est l’un des endroits les plus sales du Gange. Là se concentre la plus grande partie de l’industrie du cuir (activité principale de la ville depuis plus d’un siècle). Des millions de litres de déchets industriels sont déversés dans l’eau et sur les rives.

Selon l’ONG Eco Friends, les 400 tanneries rejettent 50 millions de litres d’eau souillée dans le fleuve. Seuls 9 millions sont traités. La majorité des ateliers sont tenus par des musulmans. Le nettoyage instamment demandé par des nationalistes hindous prend une connotation religieuse et politique.

Narendra Modi, est issu des cercles nationalistes hindous et leader du Barhatiya Janata Party (Parti du Peuple indien). Élu Premier ministre de l’Inde le 17 mai 2014, il fête sa victoire sur les bords du Gange. Lors de sa campagne, il a promis aux Indiens de dépolluer le Gange, véritable égout à ciel ouvert.
Ce fleuve que Modi nomme «mère» est sacré pour des millions d’hindous. Si ce n’est pas le premier dirigeant à faire cette promesse, réussir à tenir ses engagements prouverait qu’il est bien le nouvel homme fort de l’Inde et renforcerait largement son prestige auprès de ses partisans.

Le Gange serpente sur 3.000 km à travers le nord de l’Inde, des glaciers de l’Himalaya au Golfe du Bengale, apportant l’eau à 500 millions de personnes. Il traverse cinq États (Uttarakhand, Uttar Pradesh, Bihar, Jharkhand et Bengale) et de nombreuses grandes villes.

Lesquelles génèrent quelque trois milliards de litres d’eaux usées par jour. Seul 1/3 des eaux sales est nettoyé par une cinquantaine d’usines de retraitement des eaux usées. Le reste est rejeté dans le Gange. Ses affluents sont les plus pollués de la planète. L’organisme WWF a classé le Gange parmi les dix fleuves les plus menacés au monde.

Les eaux usées domestiques représentent 75% des liquides déversés dans le Gange. S’y ajoutent métaux lourds, polluants chimiques et carcasses d’animaux. Tout cela empoisonne un peu plus chaque jour le fleuve, les poissons et les habitants qui les consomment. Les nappes phréatiques seraient polluées par de l’arsenic.

La pollution du fleuve est 3000 fois supérieure aux recommandations de l’OMS. Que ce soit par l’ingestion ou simplement par contact, l’eau est vecteur de nombreuses maladies (hépatites, diarrhées, problèmes cutanés). Mais les services de santé publique sont souvent largement en-deçà des besoins de la population. Le choléra serait né sur les bords du Gange en 1817.

Le «Ganga Action Plan» est le nom donné au premier projet d’envergure en 1985 pour nettoyer le Gange. En 1993, Gap 2 lui succède. Si en en 30 ans, 4 milliards de dollars ont déjà été dépensés (stations d’épuration, raccordement aux égouts, construction de toilettes publiques, crématoires électriques…), rien n’y fait.

On a même, paraît-il, essayé les tortues… nécrophages. Supposées dévorer les restes des cadavres mal calcinés, elles auraient été mangées par les habitants les plus pauvres.

Le dernier projet (340 millions de dollars) remonte à juillet 2014

Intitulé Ganga Mission, il a réuni experts scientifiques, instituts indiens de technologie, ONG et religieux autour d’une table pour mettre en place un nouveau plan d’action. La dépollution de la Yamuna, principal affluent du Gange, fait aussi partie du programme.

En 2009 est créée une Autorité nationale du bassin du Gange associant le gouvernement central, les différents États traversés par le fleuve et la société civile dans le but d’éliminer tout rejet d’eau non-traité d’ici à 2020. Mais corruption et absence de coordination freinent les résultats escomptés.

La Banque mondiale participe à ce projet à hauteur d’un milliard de dollars : 200 millions pour le développement institutionnel, le reste pour des investissements d’infrastructures.

Mais pour le professeur Brahma Dutt Tripathi, expert de la NGRBA, «le principal problème reste celui de la baisse du débit causée par les systèmes d’irrigation et la construction de barrages et de canaux». Si le flux du Gange était accru, estime-t-il, «près de 60% de la pollution pourrait être diluée».

Geopolis

(Merci à Tilak)

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