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Marine Le Pen et ses économistes pris au piège de la sortie de l’euro

Avr
2015

En quête de crédibilité, Marine Le Pen s’est entourée d’un cercle restreint d’experts chargés d’élaborer un programme dont le pilier est la sortie de l’euro. Un credo qui l’empêche aujourd’hui d’élargir son électorat à droite.

Marine Le Pen en compagnie du vice-président du Front national, Florian Philippot. C’est sous l’influence de cet ancien énarque que la sortie de l’euro est devenue une formule phare du FN.

C’est un petit cercle hétéroclite qui apparaît rarement sur le devant de la scène. Au Front national, où l’économie a encore peu de spécialistes, ses membres font figure d’experts, avec leurs PowerPoint et ces argumentaires chiffrés qu’ils font remonter régulièrement à Marine Le Pen.

Il y a encore quelques années, l’immigration, l’identité, la sécurité, ce triptyque à succès de l’extrême droite, ouvraient plus sûrement aux idéologues la porte du chef. Mais depuis que la présidente du FN a poussé la mondialisation, l’Europe et la « France des oubliés » au cœur de son programme, ce petit groupe d’anciens cadres de banque, de gestionnaires d’entreprise − qui s’enorgueillit de compter en son sein un HEC et un énarque −, a pris une nouvelle importance dans un parti en quête de crédibilité.

« L’économiste en chef du FN, c’est lui », assure avec une pointe d’ironie un cadre du « Carré », le siège du FN à Nanterre, en désignant un petit homme mince et sec. Bernard Monot, 52 ans, toujours entre Paris, Bruxelles et Strasbourg où il est député européen, ne dément pas. Il est bien le chef de file du « CAP éco », ce comité d’action présidentielle chargé de l’économie et censé préparer Marine Le Pen à l’exercice du pouvoir.
C’est à la fois un militant de longue date − il a adhéré au FN en 1989 − et un nouveau venu sur la scène publique. Il y a encore trois ans, cet ancien de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) n’apparaissait devant la presse qu’avec mille précautions et sous le pseudonyme de Nicolas Pavillon.

Maintenant qu’il siège au Parlement européen (il avait devancé de plus de 3 points, en 2014, la liste UMP conduite par Brice Hortefeux dans la circonscription du Centre), il milite au grand jour. Son arrivée dans le premier cercle de la présidente du FN dit beaucoup de la montée en puissance des thèmes économiques au sein du parti.

Ses détracteurs au FN disent Monot adepte du spiritisme et n’ont toujours pas compris qu’il se revendique comme un « libertarien », cette philosophie politique issue du libéralisme, dont la plus éminente figure, le républicain américain Ron Paul, prône une politique à l’opposé des thèses interventionnistes de Marine Le Pen.

Surtout, c’est lui qui a écrit le rapport de 25 pages sur lequel le FN appuie son intention affichée de sortir de l’euro. Niçois sans la chaleur des Provençaux, il est assez convaincu de ses propres qualités pour assurer crânement : « Vous nous mettez demain à Bercy et à la Banque de France, et en trois semaines, tout est réglé ! »

Tout est réglé ? Le rétablissement des droits de douane, la réunion d’un sommet de l’Eurogroupe pour une sortie concertée de l’euro, la réintroduction du franc, une nationalisation partielle des banques de dépôt « aussi longtemps que nécessaire pour assainir les pratiques bancaires et sécuriser l’épargne des Français », « le rétablissement des prérogatives de la Banque de France en matière monétaire, y compris la capacité à consentir des avances au Trésor » et, « dans l’hypothèse très peu vraisemblable ou l’euro existerait encore », une « taxation des actifs extérieurs libellés en euros détenus par les banques » afin de compenser les coûts de la dette…

On demande à rencontrer ces troupes qui « en trois semaines » régleraient tant de difficultés. Pour Monot, l’histoire commence en 2005. Doté d’un master d’économie et finances, il a déjà derrière lui une longue carrière d’analyste financier au sein de HSBC, de Natixis et de la Caisse des dépôts. Au FN, cependant, il n’existe pas vraiment.

Il ne fait ni partie des vieux compagnons de route du fondateur Jean-Marie Le Pen, ni de la bande bruyante et fêtarde du FN Jeunesse qui a accompagné l’ascension de Marine, ni des théoriciens du Grece, ce club de réflexion néofasciste qui, outre son opposition aux thèses universalistes et égalitaires, a axé la majeure partie de son travail sur la critique du libéralisme et du mondialisme.

Mais il demande à rencontrer Jean-Marie Le Pen. Depuis une dizaine d’années, le parti d’extrême droite dénonce le « libre-échangisme mondial » et, en 2002, le programme présidentiel du FN prône déjà « la sortie de l’euro et de l’Union européenne ». Mais le vieux chef s’intéresse au fond assez peu à l’économie ; de toutes les façons, il ne s’imagine pas gouverner.

Dans sa campagne présidentielle, l’immigration et la sécurité ont écrasé ses diatribes contre l’euro, et il reste convaincu que son arrivée au second tour est d’abord liée au succès de ces deux thèmes. Monot, cependant, lui brosse un tableau de la monnaie et des changes – « pour moi, tout est monétaire », assure-t-il − et détaille la fragilité du système bancaire.

Le fondateur du FN se borne à lui confier le soin de rédiger une note trimestrielle sur les perspectives économiques et leurs conséquences politiques. Deux ans plus tard, cependant, c’est à Marine Le Pen qu’il demande rendez-vous. Cette fois, sa description de l’économie est apocalyptique. « Le système bancaire est insolvable, la monnaie va chuter. »

Le recul du FN à l’élection présidentielle de 2007 a laissé la jeune femme déçue et inquiète, mais Monot affirme : « Avec la catastrophe économique qui se prépare, nous serons portés ! » Et lui pose trois questions : « Es-tu prête à conquérir le pouvoir ? Peux-tu m’assurer qu’il n’y aura jamais d’alliance avec l’UMP ? Veux-tu te former à l’économie ? »

Quelques mois après cet échange éclate la crise des subprimes. On ne dira jamais assez combien, en politique, ceux qui paraissent capables de prédire l’avenir voient leurs carrières s’accélérer.

Voilà que Jean-Marie Le Pen clame partout : « Tu triomphes, mon petit Bernard ! » et que Marine Le Pen est désormais convaincue que les déséquilibres économiques et financiers offriront l’occasion historique qui manquait au FN. Désormais, la nouvelle doxa du Front consiste à « savoir si on anticipe ou pas la sortie de l’euro ».

Monot, lui, prend la place laissée libre par Jean-Claude Martinez, professeur de droit fiscal, jusque-là présenté comme le « ministre de l’économie du shadow cabinet » de Jean-Marie Le Pen, qui vient d’être exclu du FN pour s’être présenté aux élections européennes de 2008 contre Louis Aliot, le compagnon de Marine Le Pen.

Aux militants du FNJ, à qui il délivre maintenant des formations à l’économie, Bernard Monot affirme que « les réserves d’or de la Banque de France ont été vendues par Sarkozy, au retour d’un voyage à Washington, car il est atlantiste : 614 tonnes en l’espace de cinq ou six ans, au plus bas prix ! ».

Il dresse des tableaux et des courbes compliqués. Et propose un schéma étonnant où, entre « l’ultralibéralisme des partis mondialistes » (comprendre l’UMP, le PS, le MoDem et les Verts) et « l’anticapitalisme » des partis internationalistes, le FN paraît incarner une vision modérée de l’économie.

En vérité, le Front tâtonne encore largement. Écartelé entre un Jean-Marie Le Pen qui a prôné tout et son contraire, du reaganisme dans les années 1980, au souverainisme dix ans plus tard, et une Marine Le Pen qui cherche à bâtir un nouveau corpus idéologique en s’appuyant sur d’anciens mégrétistes tentés par un ralliement.

« Il fallait bricoler entre le père et la fille », se souvient Jean-Richard Sulzer, aujourd’hui adjoint aux finances du maire Steeve Briois à Hénin-Beaumont (Nord – Pas-de-Calais), ce laboratoire du « marinisme ».

C’est cet agrégé d’économie, diplômé de HEC – « J’ai le même CV que Strauss-Kahn », fanfaronne-t-il – que Marine Le Pen, pas encore présidente du FN, a chargé de monter son fameux CAP éco, un cercle d’experts censé lui fournir un programme économique chiffré et plausible.

« Lorsqu’on a évoqué les nationalisations temporaires, Jean-Marie Le Pen a hurlé, raconte M. Sulzer. Il nous trouvait mendésistes ! En fait, nous reprenions le vieux programme poujadiste ; étatiste aux frontières et libéral à l’intérieur. »

Jean-Richard Sulzer, dit « JR », référence à sa capacité à jouer les méchants pour Marine Le Pen, vient pour sa part… des cercles barristes. Il a fait sa thèse sur la rationalité des marchés financiers sous la direction d’Alain Cotta, ce professeur d’économie à Dauphine qui milite aujourd’hui pour la sortie de la France de l’euro.

Assistant d’Edgar Faure, et alors membre de l’UDF, il s’est rapproché du lepénisme en entrant au cabinet de Jean-Pierre Soisson lorsque ce dernier a pris, en 1998, la présidence de la Bourgogne grâce au Front national. En 2002, le voilà qui parcourt les villages de la région pour glaner des signatures en faveur du candidat Le Pen, qui peine à réunir ses 500 parrainages.

Devenu secrétaire général du groupe FN à la région Ile-de-France, M. Sulzer suit Marine Le Pen lorsqu’elle s’implante dans le Nord-Pas-de-Calais. Désormais, c’est lui qui, dans la voiture qui les emmène vers Lille puis vers Hénin-Beaumont, donne des cours d’économie à Marine. Lui apprend ce qu’est un taux et le rôle des grands agrégats.

Car à mesure que se dessine la succession de Jean-Marie Le Pen, sa fille cherche tout ce qui pourra l’aider à devenir respectable, à dé-diaboliser le FN pour gagner le pouvoir et en- suite l’exercer. Autour d’elle sont revenus pour la conseiller d’anciens mégrétistes comme son beau-frère Philippe Olivier, des idéologues du Grece comme Emmanuel Leroy, ou Philippe Péninque, un ancien responsable du GUD devenu avocat fiscaliste, capables de lui bâtir un discours cohérent.

« Marine Le Pen et ses idéologues n’ont rien inventé, écriront en 2011 les journalistes du Monde Abel Mestre et Caroline Monnot dans Le Système Le Pen (éd. Denoël). Ils ont déplacé les meubles. La mondialisation a été poussée au milieu du salon (…) La critique de gauche de la mondialisation s’attache à dénoncer un système économique et insiste sur la captation des richesses. Celle du FN, axée sur l’identité, en critique les effets pour mieux réhabiliter frontières et nation-rempart. C’est-à-dire un entre-soi. »

Le programme du FN fait référence à la charte de la Havane, négociée au lendemain de la seconde guerre mondiale puis abandonnée, qui prévoyait une organisation internationale du commerce, au sein de l’ONU, dans une approche totalement opposée au principe du libre-échange.

Le petit groupe des « économistes » du Front national est hétérogène et réduit ? Qu’importe. Leur origine politique, plutôt libérale et conservatrice, diffère assez largement de cette « nouvelle droite » qui alimente Marine Le Pen ? Cela ne se voit pas.

Monot, Sulzer et leurs disciples sont là pour traduire en propositions chiffrées les con- cepts des conseillers de la présidente. « Nous avons apporté une caution scientifique à tout le formatage des politiques », assure ainsi Bernard Monot. Le souverainisme, l’opposition forcenée à l’euro vont pourtant prendre une nouvelle vigueur au sein du FN et amener de nouveaux militants. La campagne de 2005 contre la Constitution européenne a déjà mêlé les diverses origines du camp du non.

Partisans de Nicolas Dupont-Aignan, anciens chevènementistes, anciens séguinistes comme Paul-Marie Coûteaux, frontistes, intellectuels comme Emmanuel Todd se sont souvent retrouvés dans les multiples cercles de réflexion anti-européens ou dans les conférences animées par l’un des anciens fondateurs d’Attac, le communiste Jacques Nikonoff, ou par Jacques Sapir, économiste et directeur d’études à l’EHESS, venu des cercles de la gau- che radicale.

C’est un vivier dans lequel Florian Philippot, arrivé en 2009 au FN, convainc Marine Le Pen d’aller piocher. Ancien élève de HEC, énarque, Philippot passe pour venir des rangs chevènementistes. En réalité, il a travaillé au sortir de l’ENA à l’Inspection générale de l’administration où il a noué des liens amicaux et intellectuels avec Jean-Yves Le Gallou, ancien adjoint de Bruno Mégret au MNR.

Le Gallou est aussi un ancien du Grece et l’un des principaux théoriciens de la « préférence nationale ». Au FN, Philippot milite encore sous le pseudonyme d’« Adrien ». Mais on le voit dans les réunions du Forum démocratique.

Ce cercle de réflexion est notamment animé par Philippe Murer, un ingénieur en maths appliquées devenu trader sur les marchés financiers, Jean-Luc Schaffhauser, ancien collaborateur de l’élu centriste alsacien Marcel Rudloff, ou Pierre-Yves Rougeyron, président du Cercle Aristote, un club de jeunes gens d’extrême droite.

Philippot les fera peu à peu venir au FN. Philippe Murer rejoint vite le cercle des économistes du FN et deviendra, en 2014, l’assistant parlementaire de Marine Le Pen. Jean-Luc Schaffhauser, dit « Schaff », sera élu député européen et négociera pour le FN un prêt de quelque 10 millions d’euros auprès d’une banque russe. Rougeyron est son assistant parlementaire.

Sous l’influence de Philippot d’abord, mais aussi de ces ralliés venus du souverainisme, la « sortie unilatérale de l’euro » est devenue l’une des formules phares de Marine Le Pen. Au point que Jacques Sapir en vient à critiquer publiquement Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche, coupables de « laisser au Front National le monopole du discours anti- euro. » L’économiste le reconnaît d’ailleurs sans difficulté : « Au sein de mon séminaire à l’EHESS, un tiers de mes étudiants a basculé au FN. »

Marine Le Pen devient le chantre de l’anti-mondialisation et entend s’adresser aux classes populaires, « aux classes moyennes déclassées », aux « ouvriers comme aux petits fonctionnaires ou aux petits retraités ». Elle qui a longtemps habité dans le parc de Montretout à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), l’un des endroits les plus huppés de la région pari- sienne, s’affiche en « fille du peuple ».

Au FN, ceux qui tordent le nez sont qualifiés de « droitards », et ce n’est pas un compliment. « A partir du moment où nous avons mis l’accent sur l’économique et le social, remarque Florian Philippot, nos scores n’ont fait que progresser. »

Au printemps 2011, le think tank Terra Nova, proche de la deuxième gauche, ne s’y trompe pas en constatant le retournement opéré par le FN sur les questions socio-économiques « basculant d’une posture poujadiste néolibérale (…) à un programme de protection écono- mique et sociale équivalent à celui du Front de gauche ». « Pour la première fois depuis plus de trente ans, explique Terra Nova, un parti entre à nouveau en résonance avec toutes les valeurs des classes populaires : protectionnisme culturel, protectionnisme économique et social. »

Parallèlement, Marine Le Pen s’enorgueillit d’avoir autour d’elle un groupe d’économistes dont elle brandit les diplômes de HEC ou de l’ENA, et même de Harvard pour son conseiller budget et fiscalité, Bruno Lemaire (un quasi-homonyme du député UMP). « Florian Philippot les a tous fait entrer dans un logiciel économique, social et politique dont il a donné l’accès à Marine », assure un cadre du FN.

De fait, lorsque la fille du fondateur du FN se présente à l’élection présidentielle de 2012, elle est capable de proposer un projet politique global et alternatif. Son programme économique, très typique de la synthèse entre le national et le social propre à l’extrême droite, est mâtiné de ces quelques idées percutantes − sortie de l’euro, retour à la retraite à 60 ans, maintien des 35 heures, nationalisations temporaires − qui la distinguent.

Seulement, si Marine Le Pen a quasiment réussi à dédiaboliser le Front national, si ce parti ne cesse de progresser en voix, elle n’est pas parvenue à le crédibiliser sur son programme économique et social, au cœur de sa stratégie. Au lendemain de la présidentielle de 2012, la présidente du FN, absente du second tour, confie à ses proches : « La sortie de l’euro m’a coûté 3 % à 4 %… »

« Il y a eu une incompréhension lorsqu’elle a parlé de “sortie unilatérale de l’euro”, reconnaît aujourd’hui Jean-Richard Sulzer. Depuis des années, nous lui disions Monot et moi que la formule était casse-cou. Il a fallu rétropédaler. Maintenant, nous parlons d’une “évolution concertée vers la monnaie commune” », qui ferait cohabiter euro et franc.

Il n’empêche que le sujet continue de susciter un débat au sein même du FN. Philippe Murer soutient toujours l’idée d’une sortie rapide du système monétaire européen. Depuis l’élection de Syriza en Grèce, il fait remonter des notes quotidiennes sur les négociations du nouveau gouvernement d’extrême gauche sur l’euro avec la « troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI).

« Ceux qui voudront développer des théories anxiogènes, ce sera sans nous, rétorque pourtant Sulzer. Ce n’est pas Murer qui détermine le programme. » Bernard Monot, lui, croit avoir trouvé la formule : « Nous voulons sortir de l’euro mais pas de l’Union européenne. C’est simple, nous voulons être des Anglais ! »

Si la plupart des marinistes reconnaissent que Florian Philippot a eu raison d’imposer le thème de la France des oubliés qui a fait du FN le premier parti ouvrier de France, beaucoup soulignent qu’« il n’a pas mesuré à quel point la sortie de l’euro était anxiogène pour les personnes âgées ».

De la même façon, le retour à la retraite à 60 ans suppose un creuse- ment des déficits qui peut inquiéter. La droite, et Nicolas Sarkozy au premier chef, ne s’y est pas trompée. Pendant toute la campagne pour les élections départementales, le président de l’UMP a martelé que le FN « a le programme économique de l’extrême gauche ».

Dans ses meetings, dans les médias, il a expliqué jusqu’à la veille du second tour : « Aux artisans exaspérés par les charges, je voudrais dire qu’il y a deux personnes qui veulent augmenter les charges, augmenter déraisonnablement le smic, c’est M. Mélenchon et Mme Le Pen. Aux retraités qui se posent des questions sur l’avenir de leur retraite, je veux dire qu’il y a deux personnes qui veulent revenir à la retraite à 60 ans, c’est la gauche et eux. Qui veut sortir de l’euro, de l’Europe ? Mme Le Pen ! »

Dimanche 29 mars, après avoir pris acte de la défaite du FN dans son département du Vau- cluse, Marion Maréchal-Le Pen reconnaissait, de ce ton calme et froid qui la caractérise, qu’au-delà des thématiques à succès du FN – l’immigration, l’identité, la sécurité – le programme économique avait pu être « un problème… ». « C’est l’un des rares combats sur les idées, dit-elle, que nous n’avons pas gagné. »

Avant de venir devant ses troupes, aux abords de la zone industrielle de Carpentras, la jeune députée avait pris soin de noter, avec son grand-père Jean-Marie Le Pen venu la soutenir, que, dans les cantons de ce Sud peuplé de viticulteurs, d’artisans et de gros commerçants où le FN a toujours fait ses meilleurs scores, son parti n’est parvenu à séduire ni les abstentionnistes ni une partie des électeurs de l’UMP qui lui auraient permis de l’emporter.

« Il y a une réticence d’une partie de l’électorat de droite à nous rallier sur le retour à la retraite à 60 ans ou l’adhésion aux 35 heures, reconnaît Antoine Meliès, président du collectif Audace, rassemblement d’artisans, de petits entrepreneurs et de cadres, qui gravite dans la mouvance du Rassemblement Bleu Marine. Cet électorat est troublé par tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à de l’assistanat. »

Marine Le Pen est désormais obligée de s’en défendre. « L’État stratège, c’est du de Gaulle, affirme-t-elle. Je veux bien que ça effraie des gens de droite, mais moi, je crois que ce qui les effraie, c’est la caricature qu’on donne de notre programme, ce n’est pas sa réalité. »

La plupart des membres du bureau politique ont pourtant lu avec attention l’analyse de l’ancien frontiste Jean-Yves Le Gallou, sur le site Boulevard Voltaire, au lendemain des départementales. « Pour la présidentielle de 2017, écrivait-il, la victoire est nettement moins probable. En l’absence de bouleversements majeurs, Marine Le Pen peut difficile- ment l’emporter, sauf à trois conditions : se retrouver face à la gauche, franchir la barre des 42 % au premier tour, et disposer d’un pro- gramme économique qui n’effarouche pas trop. Reste que les reports de voix vers le FN en provenance de l’UMP n’ont pas été bons.

Le “ni-ni” semble avoir été écouté. Il est vrai que le FN, qui joue sur du velours sur l’identité et la sécurité, a tendance à délaisser ces thèmes porteurs au profit d’un discours économique dont certains aspects sont de véritables repoussoirs pour l’électorat de droite. »

Puis celui qui a contribué à la formation idéologique de Florian Philippot ajoutait : « Le succès du FN aux départementales ne doit pas être minimisé. Même s’il doit conduire à s’interroger sur la ligne stratégique. Comment parler aux électeurs de droite ? Les études d’opinion sont claires : il y a une grande proximité entre les électeurs de l’UMP et ceux du FN, sur les valeurs, sur l’immigration, sur la sécurité et sur la fiscalité. Quant au reste, personne ne croit que, demain, on rasera gratis… »

C’est bien toute la difficulté d’aujourd’hui. S’il veut élargir son audience, le FN doit amender en partie son programme économique au risque de revenir dans le rang et de n’avoir plus pour le distinguer que ces thèmes anciens, « immigration, identité, sécurité » dont Marine Le Pen avait cru pouvoir s’éloigner.

Le Monde

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