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Les biotechs : La nouvelle bulle spéculative ?

Mar
2015

La bourse et les investisseurs sont-ils en train de surévaluer les perspectives du secteur de la santé ? Les opérations dans ce domaine se multiplient ces derniers mois, et la valorisation de certaines sociétés commence à inquiéter sérieusement certains observateurs.

475 milliards de dollars en 15 mois ! Le montant total des opérations de fusion-acquisitions dans les secteurs de la santé (biotech/medtech) laisse un peu songeur, d’autant que tout s’est fait avec une rapidité foudroyante, témoignant d’une véritable frénésie.

Et la tendance n’est pas au ralentissement, vu que ce sont 70 milliards de dollars d’opération qui ont été d’ores et déjà annoncées depuis le début de l’année.

La dernière d’entre elles est particulièrement parlante, il s’agit du rachat de la biotech américaine Pharmacyclics par le laboratoire Abbvie pour 21 milliards de dollars. Rachat qui est intervenu au prix d’une bataille boursière assez tendue avec Johnson & Johnson, qui proposait 17 milliards, et un acquéreur non-identifié, sans doute pour un montant comparable.
Valorisation doublée en 3 mois

Pharmacyclics est une biotech très novatrice dans le paysage de la santé aux Etats-Unis, une société spécialisée dans la recherche sur la leucémie. A 21 milliards de dollars, Abbvie paye le groupe le double de la valorisation qu’il affichait début janvier en bourse. En même pas 3 mois, Pharmacyclics aura donc pris 100% de valeur.

Razzia sur les emprunts privés

Mais ce n’est pas tout. Ces opérations de rachat dans tous les sens ont également créé un écosystème de financement particulier sur les marchés, qui manipulent des chiffres toujours plus vertigineux. Dernier exemple en date, l’émission obligataire d’Actavis, 2ème plus grosse opération de l’histoire des emprunts privés, à 21 milliards de dollars.

Un emprunt géant qui servait à financer une acquisition non moins gigantesque, celle d’Allergan, le fabricant du fameux Botox. Opération à 66 milliards de dollars. Le résultat de cette émission obligataire gigantesque ?

Une véritable razzia : 90 milliards de dollars de demande pour 21 milliards de dollars d’emprunts disponibles. Une frénésie qui s’explique aussi par la recherche d’actifs de rendement, quitte a prendre plus de risques, mais ce n’est pas la seule raison.

Prédateurs et proies fragiles

Les marchés ne perdent-ils pas la tête, là aussi ? Car même si l’aspect essentiel de ces recherches pour la santé de demain n’échappe à personne, comme expliquer une telle flambée des valorisations, et surtout faut-il s’en inquiéter ?

Le fait est qu’énormément de laboratoires regardent de près les petites sociétés biotechs. Pointues, resserrées autour d’un portefeuille souvent réduit de molécules, elles permettent avec leur rachat de disposer d’une structure de recherche spécialisée à moindre coup.

Ces sociétés aux finances souvent fragiles, qui comptent avant tout sur de la trésorerie pour mener à bien leur recherche, trouvent avec les grands labos qui les rachètent un moyen rapide de sécuriser une meilleure structure financière et des débouchés certains pour leurs recherche.

Spéculation et risques

Le hic est que souvent ces sociétés cotées en bourse sont de vrais jouets de spéculation. Certaines d’entre elles ont un profil de risque élevé, car jouant leur survie financière sur le développement de quelques produits. Donc des titres alléchants pour qui veut faire de l’argent en bourse rapidement, investisseurs particulier ou fonds spéculatif.

Et en fonction de cela, on a des grands laboratoires pharmaceutiques obligés de s’aligner sur cette frénésie, en lâchant de gros montants pour emporter le morceau. Montants jugés excessifs parfois, au vu des bénéfices escomptés, qui généralement ne viennent qu’avec des années de recherche et à grand renfort de dépenses marketing.

Les coûts de santé : défi futur des grands labos

Les grands laboratoires sont de plus en plus confrontés à un double défi : maintenir leur rentabilité face à des portefeuilles de médicaments dont les brevets tombent de plus en plus dans le domaine public, donc concurrence accrue des fabricants de médicaments génériques… le tout dans un contexte de baisses de dépenses-santé des Etats.

En effet, face au coût de certains traitements, dont la lutte contre le cancer et certains traitements spécifiques très chers mais de plus en plus nombreux, beaucoup d’états, États-Unis et France notamment, ne peuvent plus assumer un remboursement complet.

Et autant du côté américain que français, les gouvernements cherchent par tous les moyens à ce que les laboratoires abaissent le coût des médicaments.

Sélection et rentabilisation

Face à cela les experts financiers se posent la question: est-il raisonnable pour les grands laboratoires de dépenser ces sommes phénoménales pour racheter des biotechs qui développeront des traitements trop coûteux pour être pris en charge ?

D’où une volonté de sélectionner au mieux les cibles, et rendre chaque acquisition rentable et viable le plus rapidement possible, dans un contexte difficile et en contentant l’actionnaire, aspect financier important pour les grands laboratoires. La santé de demain n’a pas de prix, et celui que donne le marché donne plus le vertige qu’autre chose.

BFM Business

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