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Web 4.0 : l'internet de l'ADN et le web généticiel

Mar
2015

Dans ce post daté du 3 mars dernier sur son blog, Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, dresse une histoire passée du Web et présente des projections sur ce qu’il pourrait être à l’avenir. Selon lui, ce sera l’Internet du génome avec toutes les interrogations qu’une telle évolution laisse en suspend.

Par Olivier Ertzscheid

1998-2006. Documents. Web 1.0

Il aura fallu 8 ans à Google pour parvenir à indexer tous les documents disponibles. Oh je vous vois venir, oui, vous avez raison, Google n’indexe pas « tous » les documents disponibles. Probablement moins de 5% des documents effectivement publiés sur le réseau. Alors disons qu’il lui aura fallu 8 ans pour parvenir à indexer suffisamment de documents pour s’assurer d’éliminer la concurrence, de stabiliser des parts de marché le plaçant en situation de quasi-monopole, et, dans les usages autant que dans notre inconscient collectif, pour fonctionner comme une métonymie du web : la partie prise pour le tout.

2004-2014. Profils. Web 2.0

Il aura fallu 10 ans à Facebook pour indexer tous les profils disponibles. Oui je sais. Pas « tous ». Près d’un milliard et demi. Soit la moitié de la population connectée. Là encore, 10 ans pour indexer « suffisamment » de profils pour s’assurer d’éliminer la concurrence, de stabiliser des parts de marché le plaçant en situation de quasi-monopole, et, dans les usages autant que dans notre inconscient collectif, pour devenir le passage obligé de notre entrée dans le numérique, le rite initiatique d’une entrée en documentation de soi.

2014-2030. Objets. Web 3.0

Le web 3.0 ne fut finalement pas celui annoncé du web sémantique (quoi que …). Nous sommes actuellement dans une phase de transition qui est celle du « world wide wear« , celle où le corps devient une interface comme les autres, celle où les interfaces et interactions vocales prennent lentement mais sûrement le dessus sur nos anciennes requêtes scriptuaires (après Cortana, Siri, OK Google, Alexa, voici la géniale trivialité de Luka), celle enfin ou les « applications » tendant à remplacer ce qui fut « le web ».

Que sera alors vraiment le web 3.0 ? A n’en pas douter, celui des objets.

Il faudra probablement autour de 15 ans pour qu’un nouvel acteur parvienne à indexer la totalité des objets connectés. Pourquoi 15 ans ? Parce qu’il en a fallu moins de 10 pour indexer documents et profils, parce que la masse critique nécessaire à atteindre pour qu’un acteur domine le marché sera supérieure à celle des documents et des profils (estimation nombre d’objets connectés), et parce qu’il faudra régler de légers détails techniques liés aux protocoles qui permettront cette indexation (1).

2030-20??. Après tout ça.

DoProThings. Documents. Profils. Objets (« Things »). Quand documents, profils et objets seront tous indexés, quand les interactions vocales « ambiantes » au travers de capteurs embarqués à même notre corps ou disséminés dans notre environnement quotidien seront devenus la norme, quand la traduction technologique de cette convergence se traduira principalement au travers de l’usage d’assistants intelligents à commande vocale omniprésents (cf l’exemple ci-dessus de « Luka »), que se passera-t-il alors ? Alors l’ensemble de ces « milieux » numériques se trouveront progressivement reliés comme j’essayais de le montrer dans ce billet sur « l’Homme de Vitruve numérique.« 

Ordre documentaire et ordre économique.

Les moteurs de recherche puis les réseaux sociaux, en travaillant sur les documents et les profils, ont instauré un nouvel ordre documentaire du monde, essentiellement régulé par des algorithmies opaques, y compris pour les acteurs économiques qui en dépendent directement (c’est à dire les médias, la presse, « l’information », mais aussi un très grand nombre d’entreprises manquant de basculer dans l’angoisse de la faillite à chaque nouvelle « Google Dance« ).

Si c’est gratuit, c’est toi le produit. Et si tu es un produit, tu peux rendre un service.

L’internet des objets annonce un nouveau basculement qui s’articulera autour de la servicialisation de chaque produit, de chaque « objet », comme chaque information l’est déjà aujourd’hui, comme chaque profil est déjà en train de le devenir.

Les débats autour du « digital labor » et le point de clivage qu’ont constitué des entreprises comme AirB’nB ou Über doivent en effet d’abord être lus comme autant de « servicialisations » de l’individu au travers de ses biens (appartement, voiture), dont l’avenir dira s’il s’agit d’un nouvel asservissement (probable) ou d’une possible émancipation (pour l’instant assez improbable). Permettez que je développe un peu ce point qui me paraît essentiel.

Dans la « nouvelle économie » que constitue l’ordre documentaire instauré par les moteurs de recherche, dans cette économie de l’attention, dans cette économie de l’accès, la clé du modèle ne réside plus dans les contenus eux-mêmes (d’où la « crise » des anciens gatekeepers – presse, éditeurs, médias), mais dans la capacité de transformer ces contenus désormais possiblement produits par tous (nouveaux entrants que sont les internautes et les CGU – Contenus Générés par les Utilisateurs) en autant de « services » documentaires tournant autour de l’accès (aux contenus), de l’attention (capacité de lecture) et de la production (capacité d’écriture).

Dans la nouvelle économie que constitue l’ordre documentaire des profils instauré par les réseaux sociaux, de nouvelles entreprises (AirB’nB, Über, etc.) viennent investir progressivement la sphère de servicialisation directement ou indirectement liée auxdits profils : ici je vous propose, puisque vous possédez ou louez un appartement, de produire un service de location, là je vous suggère, puisque vous possédez une voiture, de produire un service de transport. Ici encore les services tournent autour de l’accès (vécu cette fois comme « disponibilité »), d’une nouvelle forme de « situationnisme » (capacité d’hébergement pour AirB’B ou de déplacement pour Über toutes deux liées à la localisation), et de la production (amplitude de la mobilité pour Über, amplitude de la capacité d’accueil pour AirB’B).

Du web concurrentiel au web assurantiel.

Économiquement, l’indexation des documents a trouvé son modèle : celui du capitalisme linguistique (voir aussi ma théorie marxiste du document).

Économiquement, l’indexation des profils a tenté de reprendre le modèle du capitalisme linguistique pour monétiser les profils comme les moteurs et leurs régies monétisaient les documents. Mais ce modèle est en train de s’essouffler, ou plus exactement il est en train de fusionner avec celui du capitalisme linguistique car toute la valeur marchande desdits profils tient uniquement à la capacité de les traiter comme autant de « documents » (l’homme est un document comme les autres).

C’est donc un autre modèle qui est en train de se construire en s’appuyant sur les « seconds marchés » de l’e-reputation et du « quantified-self », lesquels fusionnent progressivement pour structurer une nouvelle place de marché autour des Data, place de marché qui entrera (c’est déjà commencé) sous la domination du secteur de l’assurance (web assurantiel).

Deux modèles se trouveront alors en concurrence : celui du web-média des documents et des profils (en gros le modèle adwords, web attentionnel), et celle des Apps-data comportementales captées en direct (en gros le modèle AirB’B / Über, web assurantiel).

Si c’est un service, c’est que tu es le produit.

Un internet des documents et des profils. Puis un internet des profils et des objets. La documentation des profils servant de « cheval de troie » à la servicialisation des biens liés à chaque profil comme l’indexation des documents avait servi de « cheval de troie » à la servicialisation de l’attention liée à chaque profil.

Que reste-t-il à indexer ? L’ADN. L’Accès aux Données Naturelles.

Que restera-t-il alors à indexer, produire, servicialiser ? Qu’est-ce qui, aujourd’hui, échappe encore à une indexation, à une documentation, à une servicialisation suffisamment étendue et exhaustive pour structurer un marché au niveau mondial et pour générer de nouveaux effets de rente prometteurs ? Le génome. Notre génome. Notre ADN. Acide Désoxyribo-Nucléique. Accès aux Données de la Nature. Le web 4.0 sera celui du génome.

Dans la lignée des travaux de – notamment – Pierre Lévy dans son ouvrage « L’intelligence collective : pour une anthropologie du cyber-espace » (1997), Internet était jusqu’ici principalement lié à la métaphore du cerveau (hypercortex) (2).

Nous nous rapprochons, avec l’internet des objets, de la métaphore du corps (world wide wear) et plus exactement d’un « système nerveux numérique » dans lequel chaque « produit » deviendrait possiblement un « service ».

Nous passerons, avec l’internet du génome, à la métaphore de la cellule, de la molécule (ADN).

La génétique et le code (logiciel) = Web généticiel.

La question est : mais pour en faire quoi ?

L’hypercortex et l’intelligence collective nous ont permis de produire une communauté de documents et de profils jouant d’une économie des biens informationnels.

L’internet des objets est en train de nous permettre de structurer un inventaire des biens matériels servicialisables (voitures, appartements, etc.) instaurant une nouvelle économie des services (favorisant le partage mais sujette également à toutes les prédations).

L’internet « moléculaire » pourrait permettre demain de structurer une économie de la servicialisation du vivant, et ce dans l’héritage « libéral » du web attentionnel et du web assurantiel déjà décrits : un web « généticiel », barbarisme issu de la fusion entre la génétique et le logiciel autour d’une même logique du code. Un internet dans lequel le capital n’est plus celui de la langue (linguistique) mais celui du « bios » ; un capitalisme biologique, celui d’une bio-économie.

Au-delà des vertiges d’un transhumanisme libéral déjà acté et à l’aube de faire son entrée en politique (3), au-delà de l’ensemble des technologies qui brouillent davantage chaque jour la frontière entre le fantasme et le réel comme est en train de le faire le « deep machine learning » (exemples ici avec Google Deep Mind, ici encore avec – encore – Google Deep Neural Network Project) le capitalisme biologique, le web « généticiel » est d’abord une réalité donnée, une réalité de données. En témoigne (notamment) cette interface pour interroger différentes bases de données génomiques, base de données dans lesquelles vous remarquerez qu’un certain Google est très très présent.

On pourra bien sûr sourire devant le fait que cette base de données semble pour l’instant à la fois assez pauvres dans ses capacités de requêtage et réservée à quelques experts pour des questions du type : « Est-ce que votre génome dispose d’un T en position 1,520,301 sur le chromosome 1 ? »

Mais on aurait tort de ne faire que sourire. Car vraiment, tout cela ne vous rappelle rien ? L’accès à un serveur répertoriant des bases de données documentaires distribuées. Nous étions à la toute fin des années 1980. Internet était déjà là depuis plus de 15 ans, Tim Berners Lee au CERN étant en train d’inventer ce qui deviendrait le web. C’était le début de ce qui deviendrait « le web », Gopher, Wais, Archie, Veronica et puis bientôt Netscape et l’aventure qui commence. Là encore une interface plus que sobre, là encore un mode de requêtage réservé à quelques initiés. Là encore, à l’échelle de ce que deviendrait l’immensité des possibles du web, un simple catalogue de quelques centaines de ressources hyper spécialisées.

L’interface « Beacon » de la « Global Alliance for Genomics and Health » est à peine plus séduisante et intuitive que celle de Wais il y a 25 ans de cela. Mais ses promesses sont tout aussi immenses.

L’internet de l’ADN

« L’internet de l’ADN » est d’ailleurs présenté par le MIT dans la liste des 10 technologies disruptives qui changeront le monde. Une technologie qui serait disponible dans … un ou deux ans !

L’internet de l’ADN est un projet dont l’objectif est :

« de documenter chaque variation de chaque gène humain et de déterminer quelles sont les conséquences de ces différences. » (ma traduction)

Le projet de Google, lancé en 1998, et avant lui celui de pionniers comme Vannevar Bush ou surtout Ted Nelson avec le « versioning »était-il autre chose que d’indexer chaque version de chaque document disponible et de donner un accès à chacune de ces différences ? D’isoler les variations, de trouver les similitudes, et de s’arranger pour proposer un accès privilégié à la version originale ?

Mais cet internet de l’ADN se construit sur un double impensé juridique et éthique, ainsi que sur un paradoxe documentaire : celui de données « déjà collectées mais inaccessibles« .

(ma traduction) « Imaginez que dans un futur proche vous développiez malheureusement un cancer. Un médecin pourrait ordonner tes tests génétiques sur votre tumeur, en sachant que chaque cancer se propage au travers de mutations spécifiques. S’il était possible d’analyser l’expérience de toutes les personnes qui ont en commun les mutations particulières de « votre » tumeur, ainsi que les traitements pris par ces personnes et le nombre d’années que cela leur a permis de gagner en espérance de vie, alors ce médecin aurait une idée très précise de la manière de traiter votre cancer. La grande calamité de la génomique est qu’une immense partie de ces informations permettant de sauver des vies, bien que déjà collectée, reste inaccessible. « Le facteur de limitation n’est pas la technologie », indique David Shaywitz, chief medical officer chez DNAnexus, une entreprise de bio-informatique qui héberge plusieurs immenses collections de données génétiques. « C’est de savoir si les gens le veulent. » (“It’s whether people are willing.”) »

La plupart des enjeux sont résumés dans ces quelques lignes : la question du consentement (savoir si les gens le veulent), la question de la collecte et du traitement (données déjà collectées), la question de la prescription / prédiction s’appuyant sur la personnalisation (« votre tumeur ») et l’analyse statistique à grande échelle (« toutes les personnes ayant votre tumeur »), et bien sûr le fantasme – pas uniquement transhumaniste – de la vie augmentée, d’une immortalité possible au travers de l’organisation et de la préservation de ce tryptique constitué des documents qui racontent nos vies, des objets et des interactions qui disent nos préférences, et de notre ADN qui fait de nous des êtres uniques. Si nous pouvons disposer de l’ensemble de ces 3 volets, s’ils sont tous 3 engrammables, programmables, calculables, alors … alors …

4 réseaux vont cohabiter dans les prochaines années.

  1. L’internet des profils et des documents.
  2. L’internet des objets et des (ro)bots.
  3. L’internet des services.
  4. L’internet de l’ADN

Le premier (internet des profils et des documents) va progressivement se scinder en deux sous-réseaux (il est déjà en train de le faire) : le web « ouvert » d’un côté et de l’autre celui des plateformes propriétaires, des écosystèmes « fermés » qui fourniront à la fois l’accès et les contenus comme Facebook s’apprête à le faire en Inde avec son projet Internet.org.

Le second (IoT + (ro)-bots) va, dans les 15 prochaines années systématiser des logiques d’automatisation dont nous sommes encore très loin de mesurer les conséquences (des voitures sans chauffeur aux frigos qui parlent). Dans 15 ans, chacun d’entre nous trouvera aussi naturel d’échanger avec et/ou de posséder un robot qu’il trouvait naturel il y a 20 ans d’utiliser et/ou de posséder un PC. Comme pour le précédent, l’un des enjeux de ce second réseau sera de voir comment s’articuleront ses parties ouvertes et ses nouveaux jardins fermés.

Le troisième (internet des services) va révolutionner complètement l’ensemble du paradigme économique actuel et nous faire entrer dans un nouvel âge du libéralisme dans lequel, au-delà du remplacement d’un grand nombre d’emplois par différents types d’automatismes robotiques, il sera de plus en plus complexe de savoir qui est l’employeur et qui est l’employé, à quel moment nous sommes en train de travailler (et pour qui …) et à quel moment nous sommes « off-job ».

Le quatrième (internet de l’ADN) est à la fois beaucoup prometteur et beaucoup plus flippant que le précédent … La figure du « publiant », remplacée par celle du « profil », elle-même remplacée par celle du « digital worker », sera finalement subsumée dans celle du « biological Bios », le « Bios » étant, en informatique, « l’ensemble de services permettant de faire le plus possible abstraction de la couche matérielle« , c’est à dire de faire abstraction de l’homme en tant que sujet pour se concentrer sur les services et les potentialités qu’il offre en tant que séquence génétique programmable, calculable, « computable ».

Pris isolément, chacun de ces réseaux représente avant tout une formidable promesse technologique. Mais envisagés en diachronie, chacun s’établissant en héritant de la situation laissée par les précédents, chacun « s’insérant » dans les bouleversement engagés par les précédents, ils laissent effectivement présager d’autres bouleversements aussi inédits qu’imprévisibles. Et parfois angoissants.

« Singularity Point » ou « Sequentiallity Point » ?

Lorsque ces 4 réseaux commenceront à co-exister, à la manière dont Ray Kurzweill et les transhumanistes fixent un horizon de la singularité à mon sens encore hautement improbable, alors nous aurons en revanche atteint un point de singularité technologique tout à fait essentiel dans l’organisation des activités humaines.

C’est en effet l’ensemble de nos comportements, de nos activités, personnelles, sociales, professionnelles, des plus anodines (faire ses courses) aux plus essentielles (apprendre, se soigner) qui seront entièrement mesurées, régulées, organisées et « médiées » par un complexe technico-algorithmique dont il sera devenu impossible de s’abstraire. Les impacts sociaux seront absolument considérables et restent à ce jour, à de rares exceptions près, totalement impensés : vie familiale, temps de travail, modes d’apprentissage, modèles économiques, etc.

On parle aujourd’hui beaucoup d’une « überisation » de la société. On commence également à réfléchir pas mal autour de la notion de « digital labor ». Mais ces deux phénomènes sont analysés en miroir des modèles actuels qu’ils tendent à remplacer alors qu’il faudrait, pour s’y préparer et en prendre la pleine mesure, dès aujourd’hui les poser comme postulats de départ non-négociables de l’organisation de la société du 22ème siècle.

Y’a-t-il un point ou un horizon commun à l’ensemble de ces 4 réseaux ?

Oui. Probablement autour de la question du « séquençage » » au sens littéral, c’est à dire des opérations permettant « de déterminer l’ordre linéaire de composants » (macro-molécules, gènes, etc.) Or l’ensemble des acteurs industriels de ces différents réseaux (moteurs de recherche, réseaux sociaux, sociétés de service comme Über mais aussi l’ensemble des « Big Pharma ») n’ont d’autre objectif que de « séquencer » les composants sur lesquels s’appuie leur modèle et leur économie, afin d’établir, de proposer et de contrôler un ordonnancement, une hiérarchisation linéaire des documents, des profils, du monde et des services disponibles. Le fait que cette hiérarchisation puisse apparaître « éclatée » dans le graphe constitué par le réseau ne doit pas masquer sa linéarité première, aussi bien dans l’affichage (sous forme de liste) des résultats d’une recherche, que dans la priorisation des profils et des services demandés. Une linéarité qui se trouve renforcée par la centralisation inhérente aux différentes plateformes, laquelle centralisation contribue en outre à « gommer » l’effet réseau du graphe distribué sur lequel elles continuent pourtant de s’appuyer.

Essayons de résumer tout ça en une image.

Sur l’axe des « entités » à indexer, à séquencer, on trouve, dans l’ordre, les documents, les profils, les déplacements (dans le monde physique), les comportements (physiques ou connectés), les objets (Internet Of Things) et, donc, le génome. Ces 6 entités peuvent être regroupées de la manière suivante :

  • documents et profils sont caractéristiques d’une primo-économie de l’attention, soumise à l’ère des crawlers (algorithmes des moteurs et réseaux sociaux qui proposent cet ordre documentaire du monde)
  • comportements et déplacements relèvent davantage d’une « mise en ordre du monde » dans laquelle, en s’appuyant sur la base de donnée des intentions, les différents acteurs vont proposer une économie de l’occupation (4) soumise à l’ère des « traceurs ». Des « traceurs » essentiellement « actifs », c’est à dire que nous activons nous-mêmes (mode du « check-in ») ou que nous avons à tout le moins la possibilité – certes parfois complexe – de désactiver (pour ce qui est par exemple de la collecte de nos comportements connectés)
  • enfin, objets et génome s’inscrivent, eux, dans l’ère des capteurs, des capteurs disséminés à même les objets de notre quotidien, à même notre corps, et demain de plus en plus « dans » notre corps, avec une logique qui tend à se rapprocher toujours davantage de l’unité de la cellule, du génome.
Nous sommes en train de vivre cette bascule vers une « biologie » de l’attention dans laquelle c’est, in fine, notre propre génome qui constituera la première source documentaire permettant d’ériger un nouvel ordre du monde.
Nous sommes ainsi progressivement passés d’une approche « macro » (documents et profils) visant d’abord à gérer la diversité au moyen « d’attracteurs » (documents et profils) susceptibles de drainer vers eux un optimum attentionnel, à une approche « micro » dont l’objectif se centre davantage sur la gestion des « proximités » (topologie de l’espace physique – services – et connecté – navigations), pour basculer enfin dans une approche « nano » qui pourrait permettre de gérer directement les « individualités » au sens biologique du terme.

Et là je sens bien que vous avez besoin d’un petit schéma pour résumer tout ça. Le voici 🙂


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Notes :

(1) Comme je l’écrivais dans ce billet :

« Le troisième est celui des standards et protocoles de communication qui régiront non simplement les véhicules mais l’ensemble des « objets » connectés. L’internet a permis de faire dialoguer entre eux l’ensemble des ordinateurs du parc informatique mondial indépendamment de leurs fabriquants ou de leurs systèmes d’exploitation grâce à des standards ou des protocoles comme « http » ou « tcp-ip ». Nous sommes très loin de disposer de tels protocoles pour les objets connectés et nous orientons pour l’instant plutôt vers des standards concurrents même si quelques consortiums travaillant dans le sens d’une interopérabilité des objets commencent à émerger. »

(2) Le même Pierre Lévy parle aujourd’hui de l’intelligence algorithmique comme nouvelle frontière.

(3) Dans une récente tribune, Zoltan Istvan, le président du « parti transhumaniste » aux USA écrivait :

« While I look forward to the challenge of being involved in politics, the reality is, of course, that it’s totally improbable a new independent party and its candidate will get elected. It probably will be impossible to even get on many state ballots. Obviously, I’m aware of that. Why do it then? Because it’s a start. And if transhumanists –a growing group consisting of futurists, life extensionists, biohackers, technologists, singularitarians, cryonicists, techno-optimists, and many other scientific-minded people–are serious about the pending future, then it’s time to get involved in the political game. »

(4) économie de l’occupation que je définissais ainsi dans ce billet :

« Plus précisément l’économie de l’occupation pourrait se résumer ainsi :

+ Temps de captation passive (principalement de nos données)
+ Temps de mesure passive (principalement de nos comportements)
+ Temps d’usage passif (de dispositifs et/ou d’objets disséminés à même notre corps et/ou dans notre environnement cinesthésique direct, c’est à dire à portée de 3 de nos 5 sens) 
= Temps d’occupation « 

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