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Peut-il y avoir durablement de la croissance si le salaire réel par tête n’augmente pas ?

Fév
2015

On observe, par exemple aux États-Unis et au Japon depuis le début des années 2000, au Royaume-Uni depuis 2008, l’absence de hausse (ou même la baisse) du salaire réel par tête alors que l’économie est en croissance et que le taux de chômage devient très faible.

Ce nouveau fonctionnement du marché du travail, dû à la perte de pouvoir de négociation des salariés, conduit à une inflation très faible même au plein emploi. Mais est-ce un modèle économique durable ?

Peut-il y avoir durablement de la croissance si le salaire réel par tête n’augmente pas ? A priori, la réponse peut être positive si : – la stagnation des salaires réels conduit à une forte hausse de l’emploi, puis, quand le plein emploi est atteint, de l’immigration ; le revenu des ménages est alors alimenté par l’emploi et non par le salaire réel par tête.

Ceci s’observe aux États-Unis et au Royaume-Uni ; – la faiblesse de la demande des ménages est compensée par une croissance rapide des exportations, avec l’amélioration de la compétitivité, entraînant aussi une croissance rapide de l’investissement des entreprises, avec aussi l’amélioration de la profitabilité.
Ceci s’est observé au Japon. Si aucun des deux mécanismes n’est présent, il faut s’attendre à l’arrêt de la croissance si le salaire réel par tête ne progresse pas même au plein emploi. Mais on voit qu’ils sont présents dans les trois pays étudiés.

Un nouveau fonctionnement du marché du travail aux conséquences très importantes

On observe dans plusieurs pays (nous allons prendre les exemples des États-Unis et du Japon depuis le début des années 2000, du Royaume-Uni depuis 2008) une situation où même en présence de croissance et d’un niveau faible du chômage le salaire réel par tête n’augmente pas ou même recule (Royaume-Unis, Japon, États-Unis au milieu des années 2000, graphiques 1a/b, 2a/b et 3a/b).

Ceci révèle la faiblesse du pouvoir de négociation des salariés, avec la désyndicalisation, les dérèglementations des marchés du travail, la mondialisation. Une première conséquence de ce fonctionnement nouveau des marchés du travail concerne les politiques monétaires : l’absence d’inflation même au plein emploi (graphiques 4a/b/c).

L’inflation récente au Japon vient de deux facteurs transitoires : la forte dépréciation du yen et la hausse de la TVA ; l’inflation purement domestique au Japon reste faible. Ceci crée un environnement nouveau pour les Banques Centrales : que doivent-elles faire si la croissance est assez forte, le chômage faible et que cependant il n’y a pas d’inflation ?

Mais nous prenons ici un autre point de vue que celui des Banques Centrales : nous nous demandons si ce modèle (absence de hausse du salaire réel par tête même au plein emploi) est durable, peut être permanent.

Quelles possibilités pour qu’il y ait durablement de la croissance si le salaire réel par tête n’augmente pas ?

La difficulté est claire : si le salaire réel par tête n’augmente pas et si cela entraîne une stagnation de la demande, il ne peut pas y avoir de croissance durable. Pour sortir de cette difficulté, nous voyons deux possibilités :

1- Première possibilité : la croissance du salaire réel est remplacée par celle de l’emploi La stagnation du salaire réel (nous regardons à nouveau les cas des États-Unis, du Japon et du Royaume-Uni depuis 2008) facilite normalement les créations d’emplois.

On peut donc envisager une configuration où le pouvoir d’achat de la masse des salariés croît grâce à la hausse de l’emploi et pas grâce à celle du salaire réel par tête. Les graphiques 5a/b/c montrent que c’est le cas depuis 2004 aux États-Unis, depuis 2010 au Royaume-Uni, mais pas au Japon.

Ceci implique aussi, pour que ce modèle puisse se poursuivre à long terme, que, lorsqu’on arrive au plein emploi, une immigration importante apparaît (graphiques 6a/b/c), ce qui est le cas au Royaume-Uni et aux États-Unis.

2- Deuxième possibilité : la demande des ménages est remplacée par les exportations et l’investissement des entreprises L’absence de hausse des salaires conduit normalement à une amélioration de la compétitivité (sauf si elle est annulée par l’appréciation du taux de change) et de la profitabilité. Les graphiques 7a/b/c montrent que ceci est vrai surtout aux États-Unis et au Japon.

Où voit-on alors une substitution des exportations (favorisées par la forte compétitivité, par la hausse du niveau de gamme de la production) et de l’investissement des entreprises (avec la forte profitabilité et la nécessité d’investir pour avoir les capacités nécessaires pour exporter) à la demande des ménages (graphiques 8a/b et 9a/b) ? C’est le cas au Japon jusqu’en 2008 mais pas ultérieurement (graphiques 10a/b).

Synthèse : deux pistes seulement pour que la croissance continue si le salaire réel par tête n’augmente plus

La perte de pouvoir de négociation des salariés entraîne dans de nombreux pays (nous regardons les États-Unis et le Japon depuis la fin des années 1990, le Royaume-Uni depuis 2008) que le salaire réel par tête n’augmente pas alors même que l’économie est voisine du plein emploi.

Ceci implique que même au plein emploi l’inflation ne revient pas, mais pose la question de la possibilité d’avoir une croissance durable si le salaire réel part tête n’augmente plus. Il n’y a que deux pistes pour que la croissance se poursuive dans ces conditions :

1- Que la croissance du revenu des ménages vienne de la croissance de l’emploi et non de celle du salaire réel par tête, et que lorsque l’économie s’approche du plein emploi il y ait recours à l’immigration. Ceci s’observe aux États-Unis et au Royaume-Unis depuis 2010.

2- Que la faiblesse de la demande des ménages soit compensée par la forte progression des exportations et de l’investissement des entreprises, favorisée par la forte compétitivité et la forte profitabilité qu’entraînent normalement la faiblesse des salaires.

Ceci s’observe au Japon jusqu’en 2008. Au total, même si le plein emploi n’apporte plus de hausse du salaire réel par tête, il est donc possible d’avoir une croissance durable.

Natixis

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