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Les entreprises : complices de la récession ?

Nov
2014

En apparence, l’histoire de la grande patronne d’IBM Virginia Rometty, désignée par Forbes femme d’affaires la plus puissante au monde, a tout d’une « success story ». Voilà en effet plusieurs années que, sous son règne, les profits d’IBM ne cessent de grimper et que les actionnaires la bénissent.

Virginia sait effectivement se montrer très persuasive et fort généreuse envers eux à la faveur de dividendes en constante augmentation et, ce, quasiment depuis son accession à la tête de l’entreprise. Cette ascension dans la rémunération de l’actionnariat, et cette progression constante du prix de l’action masquent cependant une réalité prosaïque – voire un secret malsain-, à savoir qu’elles sont entièrement redevables aux rachats massifs des actions IBM … par IBM!

En d’autres termes, cette posture du « shareholder value » n’est que de la poudre aux yeux. Pour user d’un langage châtié de mise dans ces sphères déconnectées de la vraie vie, c’est une ingénierie financière élémentaire qui permet donc de propulser artificiellement la valeur de l’action, mais également les profits de l’entreprise car ceux-ci sont ramenés à un nombre toujours plus restreint d’actions en circulation…

Ainsi, c’est pas moins de 17 milliards de dollars qui auront été dépensés par IBM les six premiers mois de cette année 2014 dans le seul but de racheter ses propres actions sur les marchés boursiers ! Les actionnaires et les marchés boursiers sont-ils seulement conscients – ou sont-ils à l’aise avec le fait que – les succès d’IBM de ces dernières années ne sont (de loin) pas tant dus à ses performances qu’à ses manipulations financières ?

De fait, les chiffres officiels de cette entreprise démontrent clairement que ses revenus réels sont aujourd’hui similaires à ceux de 2008 et que, dit autrement, IBM n’a connu aucune croissance en six ans! Ce qui ne l’a évidemment pas empêché d’acheter frénétiquement ses propres actions, ayant ainsi dépensé près de 140 milliards de dollars à cet effet depuis 2000, tout en ayant payé 30 milliards de dollars en dividendes à ses actionnaires sur cette même période*. Tant pis si ces rachats fiévreux furent en grande partie financés par de nouvelles dettes. Et tant pis si seuls 59 milliards furent parallèlement investis sur l’outil de travail et sur la recherche. Tant pis, enfin, si IBM a tant dépensé pour de si mauvaises raisons, c’est-à-dire pour satisfaire et engraisser ses actionnaires au détriment de ses propres activités et de sa raison d’être comme entreprise. Actionnaires qui sont infiniment reconnaissants à Virginia Rometty de persévérer dans une stratégie consistant – non à créer de la valeur et de la richesse – mais à transformer IBM en une machine à sous leur crachant systématiquement de la monnaie.

Pour autant, cette boulimie n’est hélas pas propre à cette seule compagnie, mais est le reflet d’une tendance lourde selon laquelle les sociétés cotées préfèrent aujourd’hui racheter en bourse leurs propres actions en lieu et place d’investir et de faire prospérer leur outil de travail.

Une étude conjointe de « FactSet » et de « S&P Capital IQ » indique en effet que 950 milliards de dollars ont été utilisés ces deux dernières années par les sociétés américaines pour racheter leurs actions. Dans ces conditions, eu égard à ces sommes vertigineuses dépensées à des seules fins cosmétiques, on comprend mieux dès lors la croissance anémique de nos nations occidentales, grevée par de précieuses et substantielles sommes lui ayant fait cruellement défaut. Du coup, les inégalités peuvent être analysées sous un autre angle, et leur processus insidieux trouve là un de ses fondements.

Ce phénomène, d’une ampleur proprement pharaonique, a des conséquences dévastatrices pour la vraie économie puisque (selon une étude de Harvard datant de septembre 2014 dirigée par William Lazonick) les sociétés cotées à l’indice S&P 500 ont, entre 2003 et 2012, utilisé 54% de leurs bénéfices pour racheter leurs actions, et 37% de leurs bénéfices en dividendes au profit de leurs actionnaires.

Les Directions Générales de ces entreprises ont, du reste, allègrement encouragé cette tendance lourde et, ce, de manière bien compréhensible. Le « top management » des sociétés cotées adore en fait ces rachats d’actions qui propulsent le titre de leur entreprise. Et pour cause: près de la moitié de leur rémunération est en effet exprimée en actions de leur employeur qui leur sont décernées, sachant que les 500 patrons les mieux payés des Etats-Unis ont reçu en 2012 chacun (en moyenne) 30.3 millions de dollars en actions de leur propre entreprise…

Cette culture du rachat massif d’actions inaugure donc une ère nouvelle caractérisée par des « profits sans prospérité », pour reprendre le titre de cette étude publié par Harvard. Ou plutôt de profits artificiels pour une infime minorité, et de stagnation séculaire pour le troupeau.

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Notes :

* Chiffres émanant des rapports annuels d’IBM.

Michel Santi

 

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