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Des asticots dans vos steaks

Nov
2014

Pierre Hinard élève ses salers bio à Châteaubriant. L’ex-directeur qualité de Castel Viandes a été licencié en 2008 après avoir révélé les dérives de la société familiale. Analyses et dates falsifiées, recongélations et autres horreurs: dans un livre explosif, il dénonce les dérives d’une usine à viande.

Bottes aux pieds, au milieu de son pré, le paysan cite Churchill : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre. » Pierre Hinard est un emmerdeur du genre combatif. Une sorte de chevalier blanc, qui préférerait se faire rôtir vivant plutôt que de cautionner un scandale. Et, en la matière, le destin lui a donné l’occasion d’éprouver sa morale. Avant de devenir éleveur de vaches salers engraissées à l’herbe bio, il a été, un temps, directeur de la qualité de Castel Viandes, l’un des plus grands abattoirs de Loire-Atlantique.

En décembre 2008, il a été licencié après avoir dénoncé les conditions d’hygiène de l’usine. Mais il n’est pas parti les mains vides. Il a photocopié des centaines de documents d’archives prouvant les infractions de l’entreprise.

Celui qui se définit comme un « lanceur d’alerte sanitaire » a écrit un livre dans lequel il raconte ses cinq années d’abattoir. « Omerta sur la viande » est une grenade dégoupillée capable de déclencher un nouveau « bidoche gate ». Il accable ceux qui dirigent l’entreprise.

Il y raconte les asticots qui tombent des bouches d’aération dans la viande, la falsification méticuleuse des documents de traçabilité ou encore le rôle des services vétérinaires, qui font semblant de ne pas voir une viande remballée trois fois – ces derniers n’ont pas souhaité nous répondre.


« Hinard est déjà parti de l’un de ses précédents emplois avec de la documentation. Il réclame aujourd’hui aux prud’hommes 120.000 euros pour licenciement abusif. Il a de la haine à l’égard de son ancien employeur, il se venge », affirme Benoît Chabert, l’avocat de l’abattoir.

En juin, Jeff Viol, DG de Castel Viandes, et un de ses cadres ont été mis en examen pour « tromperie sur la qualité substantielle de marchandises dangereuses pour la santé de l’homme » – pour l’heure, aucune condamnation n’a été prononcée.

Selon Me Chabert, « il y a effectivement eu quelques irrégularités sur quelques centaines de kilos de viande, mais c’est une goutte d’eau, comparé aux tonnes qui sortent de l’abattoir chaque jour. Le plus important, c’est qu’aujourd’hui il n’y a plus de risques. »

Dans son acte d’accusation, Hinard ne s’arrête pas à la porte de l’abattoir. Il désigne – et nomme – les géants de l’industrie agroalimentaire, clients de Castel Viandes, comme victimes et complices d’un système qui ne vit que pour fabriquer de la marchandise à bas coût au détriment de la sécurité alimentaire.

Lorsqu’il a tenté de les alerter sur la tromperie, la plupart d’entre eux n’ont pas interrompu leurs approvisionnements. Ils ont simplement utilisé, selon lui, l’information pour faire baisser un peu plus les prix auprès de l’abattoir… En revanche, lorsque la mise en examen est devenue publique, plusieurs contrats ont été rompus.

Le désormais éleveur bio de salers jure que son livre n’est pas une vengeance : « Mon devoir de cadre aurait été de fermer les yeux et de couvrir ces agissements. Mon devoir de citoyen était de parler. J’ai choisi. J’ai parlé. »

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