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Slovénie : Les mesures d’austérité ont-elles sauvé l’économie ou l’ont-elles achevée ?

Mai
2014

Alors qu’elle était au bord de la faillite, la Slovénie semble retrouver le chemin de la croissance économique. Après deux ans de récession, le gouvernement prévoit une faible hausse du PIB pour 2014. Le pays doit-il son salut à la cure d’austérité recommandée Bruxelles, ou bien ce remède pourrait-il se révéler pire que le mal ? L’analyse de Maks Tajnikar, économiste à l’Université de Ljubljana.

Après Chypre, la Slovénie ? Il y a tout juste un an, la Slovénie faisait la une de la presse mondiale. En 2013, la Slovénie était sur le point de faire appel à l’aide internationale. Ce petit pays de deux millions d’habitants, entré en récession en 2012, voyait son PIB reculer de 2,5%.

Cependant, la recapitalisation des trois plus grandes banques du pays et le programme d’austérité lancé par l’ex-Première ministre Alenka Bratušek semblent avoir permis d’éviter le scénario catastrophe.

La fragilité du système bancaire, l’éventualité d’une aide internationale et la récession économique avaient conduit la presse à comparer la Slovénie à Chypre. Pourtant, les points communs entre les deux pays sont bien rares. Tout d’abord, le poids du secteur bancaire slovène est beaucoup moins important dans l’économie nationale qu’à Chypre.

Deuxièmement, le gouvernement de Ljubljana a déjà pris des mesures décisives pour faire face aux problèmes les plus urgents, sans devoir emprunter auprès des institutions internationales. Enfin, en mars 2014, le gouvernement a annoncé un retour à la croissance.

Après une baisse de 2,5% en 2012, puis de 1,1% en 2013, les autorités s’attendent à ce que le PIB progresse de 0,2% en 2014. « La Slovénie n’est pas surendettée. Elle est bien sûr très loin de la situation économique de Chypre et notre taux de chômage est en dessous de la moyenne européenne », assure l’économiste slovène Maks Tajnikar.

Alors que Chypre devrait être, avec la Croatie, le seul pays encore en récession en 2014, Ljubljana serait donc sur la voie du retour à la croissance. Cependant, la Commission européenne appelle à la vigilance.

En mars, l’organe exécutif de l’UE a estimé que 14 États membres connaissaient des déséquilibres : parmi eux, la Slovénie, avec un déficit jugé trop élevé. « La Commission européenne ne comprend tout simplement rien à la situation économique de la Slovénie et les plus graves problèmes économiques proviennent justement des recommandations qu’elle formule », s’indigne Maks Tajnikar.

« Cela est en partie dû à la médiocrité de nos hommes politiques et à leur incapacité à se faire entendre à la Commission et au Parlement européen. Mais les gens comprennent de plus en plus que cette Union européenne, gérée par des bureaucrates non élus, est un piège mortel pour l’Europe du Sud, pas seulement pour la Slovénie ! »

Selon le service des Affaires économiques et monétaires de la Commission européenne, les mesures adoptées par la Slovénie l’année dernière étaient « convenables », mais pas suffisantes pour inverser la dynamique qui a conduit à un déséquilibre jugé « excessif » pour la deuxième année consécutive. Un jugement que Maks Tajnikar déplore car, selon lui, le vrai problème provient justement des mesures d’austérité qui ont été prises en 2012 à la demande de Bruxelles.

« La Commission n’a pas limité l’influence du marché financier et des agences de notation, ce qui pose un deuxième problème. Les difficultés de la Slovénie découlent aussi de la croissance qui est basse (voire négative) et du taux d’emprunt très élevé. Tant que le taux d’intérêt sera plus élevé que le taux de croissance, la Slovénie ne sera pas en mesure de réduire sa dette publique », poursuit-il.

En effet, le taux d’intérêt sur les crédits aux entreprises dépasse de plus de deux points le taux pratiqué dans la zone euro. Et le niveau de la dette publique devrait augmenter et atteindre 66,5% du PIB d’ici 2014 (contre 54,1% en 2012).

En Slovénie, l’essentiel de la dette se concentre sur le secteur des entreprises, souvent surendettées. Fin 2012, 23,7% des prêts aux entreprises accusaient un retard de 90 jours ou plus. D’où le besoin de renflouer les banques slovènes en manque de liquidités. Selon le stress test que le système bancaire slovène a réalisé entre août et novembre 2013, le besoin de recapitaliser les banques publiques nationales a été estimé à 4,8 milliards d’euros, mais le renflouement des banques ne saurait être une solution à long terme.

« Sauf quelques exceptions, les banques slovènes ont été recapitalisées depuis 2013 et sont désormais en bonne santé. Malheureusement, le problème ne venait pas des banques et de leurs ’mauvaises créances. Le problème venait du surendettement des entreprises, qui est la conséquence de la surchauffe de l’économie slovène entre 2001 et 2008. Et cela n’est toujours pas résolu ! », rappelle Maks Tajnikar.

Outre la recapitalisation des banques publiques, la Slovénie a accéléré la privatisation de quinze sociétés nationales pour assainir ses finances. Parmi la liste des quinze sociétés adoptée par le Parlement en juin 2013, figurent en priorité la deuxième banque du pays Nova KBM, la principale entreprise de télécommunication Telekom et la compagnie aérienne Adria Airways.

« Tout le monde sait qu’aujourd’hui, personne n’est prêt à acheter les entreprises slovènes à un prix convenable. Le processus de privatisation est nécessaire mais il sera lent. La question n’est pas de savoir qu’est-ce qu’il faut privatiser mais au contraire quels sont les secteurs qui doivent être laissés dans les mains de l’État pour garantir une meilleure gestion », affirme Maks Tajnikar.

Pourtant, le gouvernement a tranché : le désengagement de l’État est devenu une priorité pour attirer les investisseurs étrangers. Selon la Commission européenne, les entreprises publiques emploieraient un travailleur sur huit et cumuleraient la moitié des pertes totales du secteur des entreprises.

L’économie slovène est-elle sortie de l’ornière ? Même si le gouvernement annonce un possible retour à la croissance en 2014, il reste du chemin à faire, notamment en ce qui concerne le désendettement des entreprises. Les perspectives économiques du pays dépendent aussi des facteurs politiques. Et la Slovénie est désormais en pleine crise politique.

Des élections générales anticipées devraient être convoquées avant cet été : la Première ministre slovène, Alenka Bratušek, a démissionné le 5 mai de ses fonctions, suite à sa défaite lors des primaires organisées par son parti, Slovénie positive (SP). Son gouvernement est le troisième à mettre prématurément un terme à son mandat, ce qui ne risque pas de faciliter le redressement économique du pays.

Courriers des Balkans

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