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But premier de l'espionnage américain de l'UE : "défendre les intérêts économiques"

Juil
2013

Espionnage – James Bamford, auteur américain expert de la National Security Agency, n’a aucun doute : l’agence a espionné aussi bien l’Union européenne que les banques suisses.

James Bamford résume le scandale des écoutes révélé par Edward Snowden à une partie de poker : «Washington veut savoir quelles sont les autres cartes des joueurs». Auteur de plusieurs livres, cet auteur américain est aussi un spécialiste de la National Security Agency (NSA), accusée d’avoir mené des activités d’espionnage dans des pays alliés.

Il s’agissait moins d’empêcher des actes de terrorisme que de défendre les intérêts économiques. «Les USA veulent renforcer leur position dans les négociations actuelles»,

comme il l’a expliqué dans un entretien téléphonique avec le Tages-Anzeiger.

Les Etats-Unis et l’Union Européenne (UE) devaient démarrer lundi 1er juillet des négociations de libre-échange à Washington. Mais la commissaire Viviane Reding juge la discussion impossible avec un pays «qui espionne les bureaux de nos négociateurs».

Qui se souvient d’Echelon ?

Ce genre de pratique ne surprend pas James Bamford.

«La NSA a pris depuis des années l’habitude d’écouter», rappelle-t-il, précisant que les Américains placent sous écoute tous les participants lors de conférences internationales.

Seuls quatre pays, tous anglo-saxons, ont échappé aux filets de la NSA et même collaboré activement: la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qualifiés d’amis proches. «Ce qui nous ramène à la Seconde Guerre mondiale», juge Bamford, «lorsque les USA avec ces quatre Etats luttaient contre le Japon et l’Allemagne.»

La collaboration s’est même renforcée entre ces pays, considérés comme les «cinq paires d’yeux». Ces Etats participent au traité UKUSA qui a été signé en secret peu après la fin de la guerre et qui a permis de mettre sur pied le réseau Echelon dont l’existence a été révélée à la fin des années 90. Ce réseau était déjà chargé d’intercepter les communications, par satellites notamment.

La Suisse en première ligne. Viennent ensuite les pays membres de l’OTAN ou encore l’Allemagne et la France, des Etats placés sous surveillance de la NSA

comme le montre une note secrète de l’agence publiée par le journal allemand Spiegel : «Nous pouvons intercepter les signaux de la plupart des pays de ce groupe et nous le faisons». Les communications entre ces Etats sont exploitées «surtout en cas de conflit», ajoute Bamford.

Où se situe la Suisse? Le chroniqueur estime qu’elle fait l’objet d’une surveillance poussée

«La Suisse fait partie du premier cercle des cibles en raison des banques.»

Leurs activités, et surtout leurs transactions, sont suivies de très près par les agences américaines.

«Chaque fois que quelqu’un communique avec une banque suisse, la NSA l’apprend, surtout si la communication n’est pas chiffrée.»

Ce qui est le cas la plupart du temps. En outre, la NSA dispose de l’expérience suffisante pour «très bien craquer les codes».

Un budget annuel de dix milliards de dollars

L’attention de la NSA s’est déplacée des satellites aux réseaux de fibre optique. «Qui y a accès en apprend le plus», explique Bamford mais l’effort est colossal. Selon le New Yorker, le budget annuel de la NSA avoisine les dix milliards de dollars et l’agence emploie envion 40.000 personnes.

Ces connaissances amènent James Bamford à se montrer prudent, d’autant qu’il écrit depuis 1982 sur la NSA, «l’agence la plus grosse et la plus dangereuse du monde». Lorsqu’il communique avec ses sources, il évite tout contact téléphonique. «Jamais de la vie. Je les rencontre toujours personnellement.»

Le Matin

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