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«On pourrait ne travailler que 15h par semaine si l'on voulait»

Déc
2012

Économiste et auteur à succès, le Tchèque Tomás Sedlácek tient un discours original. Certes, l’économie rend tout efficace, «mais tout dans notre société ne doit pas être efficace».

«C’est comme Central Park à New York. Tout autour règne l’efficience, mais celle-ci est interdite dans le parc qui est strictement réservé à la détente et aux écureuils», explique Tomás Sedlácek, auteur de l’ouvrage «Economics of Good and Evil» («L’Économie du Bien et du Mal»), dans une interview accordée au Tages-Anzeiger.

Au-delà de la métaphore, l’ancien conseiller de Václav Havel et membre du Conseil économique national tchèque rappelle que le rôle de l’économie ne consiste pas d’abord à augmenter le produit intérieur brut. «La première priorité doit être la stabilité du système, mais nous l’avons oublié.»

La solution du chômage partiel

Or, la question de la stabilité devient aiguë lorsque la croissance fait défaut, comme c’est aujourd’hui le cas. L’économie est comme un voilier, explique-t-il. «Quand le vent souffle, tout va bien. Mais lorsque c’est le calme plat, il faut veiller à ce que le bateau ne sombre pas».

Nos économies sont dans cette situation et ont besoin aujourd’hui d’un modèle pour se maintenir à flot. Or, de tous les modèles, celui du chômage partiel, tel qu’il est pratiqué en Allemagne mais aussi en Suisse, est celui que Tomás Sedlácek préfère.

Travailler 15 heures par semaine: «possible et judicieux»

Nos sociétés sont passées à côté de la principale promesse que réservait le progrès technique: avoir plus de temps. «Au lieu des loisirs, nous avons fait le choix de l’abondance», constate celui qui a revisité l’histoire économique à la lumière des autres sciences humaines.

Si nous nous contentions d’un revenu correspondant à celui des années 90, nous pourrions aujourd’hui travailler 15 heures par semaine, comme John Maynard Keynes l’avait prédit dans les années 30. «Il serait même judicieux de le faire», note Tomás Sedlácek.

Le capitalisme a tenu une partie de sa promesse. En Europe, personne ne meurt plus de faim et on peut devenir vieux en toute dignité. Mais même si nous avons plus de voitures et d’iPad que nécessaire, nous continuons à vouloir croître encore plus vite, regrette le chercheur tchèque.

L’austérité a du bon

«Il faut cesser de croire qu’on peut résoudre tout les problèmes économiques avec de la croissance et avec plus de dettes». Tomás Sedlácek se dit en cela favorable à une politique d’austérité «raisonnable», telle que la pratique Angela Merkel.

Il ne sert à rien, selon lui, de soutenir l’économie en créant une demande artificielle. C’est au contraire dangereux: «L’économie devient comme dépendante et a sans arrêt besoin d’un nouveau kick.»

Concernant la Grèce, le problème doit être posé différemment. «Nous sommes ici devant l’un des grands questionnements de la chrétienté: qu’est-ce qui est le plus important, la loi ou le pardon»? Et si c’est le pardon, combien de fois faut-il pardonner?

Ce à quoi le Tchèque répond qu’«il faut pardonner tant qu’il y a raisonnablement espoir» d’éviter que la Grèce ne tombe en faillite. «Si nous sommes trop durs, il n’y aura plus d’Europe. Et si l’Europe tombe nous ne la récupérerons pas», avertit-il.

BILAN

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