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Brésil : Favelas et Contre-Insurrection

Mai
2012

« Transformer un million de consommateurs clandestins en clients déclarés, en dépit de la simplicité de la formule, est une tâche extrêmement délicate, qui exige la rupture d’un « pacte socio-spatial » qui était en vigueur tacitement dans la ville. »  Eduardo Tomazine Teixeira :

La pacification des favelas de Rio de Janeiro : une « contre-insurrection préventive » ?

[youtube width= »570″ height= »330″]http://youtu.be/JoHAtyej_yM[/youtube]

Les télégrammes de la diplomatie américaine divulgués par Wikileaks prouvent que la politique de « pacification » des favelas ressemble beaucoup à la doctrine contre-insurrectionnelle appliquée par les États-Unis en Afghanistan et en Irak. Mais qui sont les insurgés de Rio de Janeiro ? S’agit-il des narcotrafiquants, dont le pouvoir des armes masque leur médiocre organisation et leurs intérêts purement commerciaux ; ou au contraire, est-ce la population des favelas qui fait l’objet de la « pacification » ?

Les Unités de police pacificatrice (UPP) (la « version officielle»)

À partir de 2009, le gouvernement de l’État de Rio de Janeiro a développé un programme d’occupation permanente de favelas qui représente une innovation importante par rapport à la politique antérieure de confrontation (« guerre au trafic ») menée depuis plusieurs décennies.(…) L’objectif premier de l’installation de ces unités est, selon leurs responsables, l’expulsion des bandes de narco-trafiquants qui auparavant contrôlaient les favelas. Il s’agit de les empêcher de revenir grâce à la présence ostensible de la police, à l’établissement de liens étroits avec la population des favelas qui participe collectivement au maintien de l’ordre, et à la mise en place de services publics et privés dans ces communautés.

À l’heure actuelle, treize unités ont été mises en place, mais le projet, selon les informations diffusées par le Secrétariat de sécurité de l’État de Rio de Janeiro [3] est d’installer 40 unités, couvrant 120 favelas de l’agglomération, avant 2016, année où les Jeux olympiques se tiendront dans la ville.

Les implications économiques de la « pacification » des favelas

(…)les autorités elles-mêmes, responsables de la politique de sécurité publique dans l’État de Rio de Janeiro, énoncent ouvertement, à plusieurs reprises, divers objectifs assignés à ces Unités de pacification, comme la création d’une « ceinture de sécurité » pour former un « corridor touristique » dans la zone Sud et au centre ville(…)
(…) non seulement l’État de Rio de Janeiro, soutenu par l’activité pétrolière et son complexe industriel (public et privé) et par les grands investissements du Gouvernement fédéral, mais aussi sa capitale, avec son potentiel touristique et ses possibilités d’accueil de grandes rencontres internationales, jouent un rôle important dans la reprise de la croissance nationale et dans la possibilité d’en tirer un profit politique.

Lors d’une rencontre récemment organisée avec des centaines d’entrepreneurs et de personnalités de la presse, au Harvard Club de New York,

le gouverneur Sérgio Cabral s’est employé à mettre en valeur l’importance économique des UPP, en déclarant que « ce combat contre la criminalité n’est pas seulement essentiel pour le maintien de l’ordre et pour l’amélioration des conditions de vie de la population de l’État, mais aussi un facteur décisif pour le développement économique de Rio de Janeiro »

les entrepreneurs perspicaces n’ont pas attendu la propagande du gouverneur pour se rendre compte de l’énorme potentiel économique ouvert par les UPP.

le voisinage des favelas pacifiées offrirait un avantage stratégique significatif pour le secteur industriel, en procurant des terrains à prix réduit dans des zones centrales d’une métropole en croissance économique et à peu de distance de ressources abondantes de main-d’œuvre bon marché.

Conscients du grand potentiel existant dans les favelas « pacifiées » pour le commerce, les acteurs capitalistes ont créé, à l’initiative de l’Association commerciale de Rio de Janeiro, un Conseil d’entreprises privées et d’ONG.

Un des principaux défis du projet est de convaincre la population de la favela que les bénéfices obtenus en se soumettant à l’autorité de l’État (sécurité, propriété reconnue de la terre, accès à l’éducation) sont plus importants que les coûts (taxes, facturation des services, obéissance civile). Comme dans le cas de la doctrine de contre-insurrection états-unienne, il ne faut pas nous attendre à des résultats immédiats (…)

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