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Avenir de l’euro : le Financial Times a-t-il raison ?

Jan
2011

Par Philippe Milliau, membre du bureau exécutif du Bloc identitaire

Depuis des mois, le Financial Times, principal journal financier mondial, celui qui donne le ton pour les opérateurs du monde de la finance, pronostique la crise de l’euro, puis « la possible fin de l’euro ». A supposer que cela soit vrai, est-ce souhaitable ? Assurément pas.

Rappel des faits :

• L’euro, contrairement au dollar, au yuan, au yen, n’est pas une devise d’un Etat ou d’une fédération souveraine, mais bien un élément d’une idéologie libérale, libre-échangiste. Mais l’euro en tant qu’outil existe. Faut-il confondre les contours flous et le mauvais emploi de l’outil avec l’outil lui-même ?

• Comment ne pas voir les profits spéculatifs monstrueux réalisés à chaque vague d’informations lancée sur « la crise grecque », « la crise irlandaise » par les financiers qui jouent aussitôt sur les dettes publiques concernées ; et les pertes énormes que les mêmes viennent d’enregistrer à l’occasion du mini-krach des fameux « Munis », les bons municipaux qui financent les collectivités publiques américaines (domaines de l’éducation, de la santé, des transports, rien moins que cela !). Et de quoi les médias ont ils parlé ? De la crise virtuelle de l’un, ou de la crise réelle de l’autre ; pur hasard ou manipulation ?

• Tous les analystes sérieux s’accordent à observer que la fragilité et la dépendance au marché mondial des liquidités sont bien plus fortes aux Etats-Unis et en Angleterre qu’en Europe continentale. Bien plus d’Etats américains sont menacés de faillite (ou ont déjà des services publics anéantis) que de pays ou de régions d’Europe. Le dollar ne se maintient que par la puissance politique et militaire, qui lui permet un chantage permanent ; pour encore combien de temps ?

• Bien entendu, certains Etats européens, en particulier du sud, ont eu une gestion calamiteuse, et parfaitement connue depuis longtemps ; c’est une des marques de l’impuissance politique des instances européennes (mais aussi des nations qui les composent) que de n’avoir pas réagi, tout comme d’avoir laissé passer le maintien à 12,5 % du taux d’imposition sur les sociétés en Irlande.

• En 2010, l’Europe est (virtuellement hélas du fait de son absence de vision politique et stratégique) la première puissance mondiale, devant les Etats-Unis. La Chine, que l’on voit comme un monstre en matière économique, ne vient que cette année de dépasser le Japon, pourtant dix fois moins peuplé. Et l’Inde, le Brésil, la Russie sont derrière. C’est dire aussi le renversement du monde qui va s’opérer dans les deux décennies à venir. Tout peut encore se jouer.

• La crise financière mondiale débutée avec l’année 2008 a pour source quasi unique le dérèglement des prêts aux Etats-Unis. C’est la contamination due à la finance mondiale de marché qui a projeté et mondialisé la gigantesque crise américaine qui a engendré une masse de titres pourris dont une petite partie seule est résorbée.

• Certes le niveau d’endettement des Etats compte. Mais ce qui compte encore davantage est de savoir qui détient la dette. Par exemple, le Japon a la dette par habitant la plus forte du monde, mais, intégralement détenue par des Japonais, elle ne fait courir aucun risque au Japon. La fragilité provisoire de l’« Euroland »est bien à cet endroit-là.

Sur l’euro proprement dit, que penser ?

• La confusion entre l’euro en tant que devise communautaire et l’euro en tant que moyen de l’idéologie libérale mondialiste définit le point de vue d’une certaine droite nationale, confusion qui conduit à une critique non de son usage mais de son existence – certains, en exigeant un retour au franc, proposent une solution de gribouille, puisqu’elle ne tient pas compte de la puissance potentielle d’une devise commune dans un contexte mondial où seules les grandes puissances politiques font le jeu des pouvoirs réels ; et l’euro en ce sens, au même titre que le dollar américain, peut constituer un levier de puissance (la détention d’une partie de réserves en euros par la banque centrale chinoise est un signe de sa représentation politique, bien que faible encore).

• Le vrai sujet n’est pas l’euro, mais le pouvoir politique et son idéologie qui impliquent une stratégie politique, économique et financière et conduit à sa politique actuelle de parité. La Banque centrale européenne n’exerce pas son rôle naturel de prolongement de la politique de puissance européenne, alors qu’à contrario le gouvernement américain fait usage de sa devise dans un projet de domination planétaire, même si la FED (organisme similaire à la BCE) bénéficie d’une large autonomie dans ses décisions (monétaire, et plus largement dans sa politique des taux qui visent à soutenir la croissance américaine).

• Les vraies critiques doivent se centrer sur la doctrine des dirigeants européens (Commission européenne, Parlement, BCE) qui sont dans l’incapacité de mettre en œuvre une authentique stratégie de défense et de développement de l’économie européenne, où l’euro devrait jouer un rôle plein et entier. La feuille de route définie par le gouverneur de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, illustre clairement cette absence de projet, en se limitant à des règles (par exemple le contrôle de l’inflation dans la zone euro) sans aucune mesure avec une quelconque volonté politique.

• La cherté de l’euro, qui affaiblit la capacité de création de richesses des entreprises européennes (affaiblissement de notre compétitivité internationale, en particulier à l’export), n’est pas consubstantielle à la devise mais aux conséquences d’une absence de vision des autorités européennes dans ce domaine stratégique (l’euro est une arme stratégique).

• Restaurer le franc est un non-sens et un danger – danger face à un marché financier international de spéculation où une France seule serait une proie facile pour les intervenants sur ce marché. Les tentatives de déstabilisation des grands acteurs financiers (Soros en est un exemple frappant) seraient ainsi grandement facilitées, et l’économie française se trouverait démunie dans un environnement liquide où les masses de capitaux pourraient aisément et sans obstacle majeur faire de cette économie du franc un champ de batailles où les gros régiments ne seraient pas du côté du franc.

• Une telle décision serait en outre une catastrophe pour nos entreprises, et pour l’économie française en général, qui se verraient contraintes non seulement de modifier la devise d’usage comptable de leurs opérations, y compris avec nos partenaires européens, mais d’agir dans un contexte fragilisé par les variations brutales et non contrôlables de la parité franc/autres devises, en particulier le dollar. Les contraintes induites par cette restauration du franc conduiraient à des situations non gérables, sans pour autant offrir les garanties de sécurité et de stabilité indispensables à une activité économique dynamique.

• La protection de notre économie communautaire est avant tout déterminée par une politique structurée de la direction politique européenne, autrement dit une politique de souveraineté européenne où l’euro serait enfin reconnu comme un moyen essentiel de sa réalisation. Il n’est pas impératif que des pays qui ne souhaiteraient pas participer pleinement à cette politique restent au sein de l’Union, voire au sein de la zone euro.

Autour de ces questions (euro/Europe), il convient donc de mettre en œuvre d’urgence les principales mesures que les identitaires ont préconisées :

• donner une légitimité démocratique aux pouvoirs de l’Europe et donc réformer profondément la Commission ;

• étendre cette légitimité par une loi européenne permettant le plein exercice des référendums d’initiative citoyenne, à tous échelons de la vie publique ;

• harmoniser les systèmes fiscaux et sociaux, en particulier par les mesures de détaxation de la proximité, de relocalisation des activités économiques, de taxation des flux de capitaux, de réappropriation des dettes souveraines ;

• abandonner la prétention inouïe des instances de Bruxelles à légiférer et à intervenir dans tous les domaines de la vie des citoyens ;

• en revanche se doter d’un véritable budget de combat dans les domaines stratégiques (militaire, énergie, recherche, etc.). Le budget actuel de l’Europe est ridicule (1 % du PIB ) au regard de ces objectifs ;

• braver l’interdit qui assure le règne du dollar : commercer et emprunter en euros ;

• braver le second interdit imposé par les mondialistes : rétablir la souveraineté sur l’émission monétaire ;

• sortir du FMI, au profit d’un FME (Fonds monétaire européen) auquel la Russie pourrait être associée, de même bien entendu que les Etats européens hors zone euro ;

• remettre le système bancaire dans le rang : qui paie, commande ; et ce sont les contribuables qui garantissent la santé des banques et en comblent les trous passés et à venir ;

• diminuer la charge de la dette, c’est diminuer le poids de la rente. En clair : abandonner le dogme de l’inflation zéro, qui ne bénéficie qu’aux plus riches et à la finance mondiale de marché ;

• faire converger économie et politique autour du noyau fondateur franco-allemand ; approfondir avant d’élargir. Il n’est évidemment pas possible de faire partie d’une Europe identitaire en dépendant de l’étranger ; la sortie de l’Otan est donc une condition de la refondation européenne.

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