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La crise, une chance pour l'Afrique (redif.)

Fév
2010

C’est une économiste africaine, Dambisa Moyo, qui le dit.

Voici ce qu’elle a déclaré à la Presse.


LA TRIBUNE, 17 septembre 2009 :

Dambisa Moyo : « l’aide publique donnée à l’Afrique constitue une rente »

Dambisa Moyo, auteur de « L’aide fatale », d’origine zambienne, est diplômée de Harvard et d’Oxford. Elle a travaillé à la Banque mondiale et chez Goldman Sachs. Le magazine Time l’a comptée parmi les cent personnalités les plus influentes du monde en 2008.

LT : Dans votre livre, vous défendez l’idée que l’aide à l’Afrique est en partie responsable des problèmes de développement. Pourtant, le plan Marshall a été très efficace pour relever l’Europe de la Seconde guerre mondiale…

DM : Le plan Marshall était différent de l’aide accordée depuis près de cinq décennies à l’Afrique. Ce plan de 100 milliards de dollars était très ciblé et portait sur une période de cinq ans. En Afrique, il n’est pas question de sortir de l’aide qui est perçue comme une ressource permanente par les Etats récipiendaires. Cela permet à de nombreux gouvernements africains d’abdiquer leurs responsabilités puisqu’ils savent que d’autres financeront l’éducation, la santé ou les infrastructures nécessaires au décollage économique de leur pays.

LT : Pourquoi l’aide ne marche pas ?

DM : Au cours des cinquante dernières années, les pays riches ont déversé 1.000 milliards de dollars d’aide à l’Afrique. Pour quel résultat ? La croissance est moins forte et la pauvreté n’a cessé de grimper. Aujourd’hui, plus des deux tiers des Africains vivent avec moins d’un dollar par jour. L’aide des grands bailleurs de fonds, qu’il s’agisse de la Banque mondiale, des agences de développement ou encore de l’aide bilatérale, nourrit la corruption, alimente l’inflation, mine les services publics. Aux Etats-Unis, un slogan affirme qu’il ne peut pas y avoir d’impôts sans représentation. En Afrique, c’est l’inverse. Les populations ne sont pas représentées car elles ne payent pas d’impôt. Nicolas Sarkozy se soucie de savoir ce que les Français veulent car il sait que l’action de gouvernement dépend de sa capacité à lever l’impôt. Les pays africains dépendant de l’aide n’ont pas à s’inquiéter de ce que souhaite véritablement la population puisque leurs ressources dépendent d’impôts levés à l’étranger.

LT : Selon vous, la démocratie n’est pas indispensable au décollage économique, un dictateur éclairé serait parfois préférable…

DM : Les parcours de la Chine, de Singapour ou encore du Chili illustrent le fait que la démocratie n’est pas un préalable au développement économique. Pas question pour moi de faire l’apologie de la dictature ou des régimes autoritaires. Mais la démocratie est un régime politique qui ne peut que se développer qu’avec l’émergence d’une classe moyenne en position de demander des comptes au pouvoir. Les pays occidentaux ont d’ailleurs pris acte de l’échec de la démocratie dans de nombreux pays africains. Au Kenya ou au Zimbabwe, la communauté internationale s’est efforcée de rapprocher la majorité et l’opposition pour qu’ils exercent le pouvoir ensemble. Il n’y a plus aujourd’hui d’opposition au Zimbabwe.

LT : Que faire ?

DM : L’aide des pays riches n’a jamais permis de sortir un pays de la pauvreté. Elle est un obstacle au développement car elle constitue une rente au même titre que le pétrole ou d’autres matières premières. C’est une incitation à ne rien faire pour améliorer l’environnement économique. Regardez le rapport annuel de la Banque Mondiale, « Doing Busines ». Année après année, il montre que c’est en Afrique que l’environnement des affaires est le plus compliqué. Aussi longtemps que ces pays recevront de l’aide, ils n’ont aucune incitation à mettre en œuvre les réformes nécessaires.

LT : Ne peut-on pas expliquer les difficultés du continent par la période coloniale ?

DM : Combien de temps faudra-t-il attendre pour ne plus recourir à cette explication ? Cent ans ? Cela n’a rien à voir. La Chine, l’Inde, l’Indonésie ont été colonisés. Cela ne les empêchent pas de se développer rapidement aujourd’hui.

LT : Si l’aide est un échec, pourquoi les pays riches continuent de déverser autant d’argent en Afrique ?

DM : Il faut souligner le poids des valeurs religieuses imprégnant le champ politique. Il y a comme un impératif moral pour les pays riches à aider les pays pauvres. Or, c’est une erreur de penser que le seul moyen d’aider l’Afrique est de l’assister financièrement. Les économies africaines tireraient un bien meilleur avantage d’une ouverture du marché européen à ses produits, notamment agricoles. Mais pour cela, il faudrait revoir la politique agricole commune (PAC) ce qui aurait pour conséquence de mettre les agriculteurs dans la rue et un grand nombre d’entre eux au chômage.

LT : Que proposez-vous ?

DM : Nous disposons de trois siècles d’expérience en matière de développement économique. Nous savons désormais ce qui marche et ce qui ne marche pas. La question qui se pose aujourd’hui est comment pousser les gouvernements africains à mettre en place les bonnes politiques. Il faut donc les préparer à la fin de l’aide. Les pays riches pourraient leur proposer un doublement de l’aide pendant dix ans avant d’y mettre un terme. Cela serait plus efficace que la perspective d’une aide permanente.

LT : La Chine est de plus en plus présente en Afrique. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

DM : Elle n’est pas en Afrique par charité mais pour y faire des affaires. Les Chinois ne donnent pas leur argent sans retour. Ils y sont pour les ressources naturelles qu’il s’agisse du pétrole, du cuivre ou des terres arables. Mais les investissements chinois se diversifient très rapidement vers d’autres secteurs comme la banque. Les Africains ont besoin de travail. Est-ce que l’aide des pays riches a permis de créer les emplois dont les jeunes en particulier ont besoin ? La réponse est clairement non ! Les entreprises chinoises viennent parfois avec leurs propres salariés, mais elles ont contribué à créer de nombreux emplois. Une enquête réalisée par l’Institut Pew dans dix pays africains révèle que la Chine dispose d’une très bonne image en Afrique. Au Sénégal et au Kenya, par exemple, neuf personnes sur dix estiment qu’elle a une influence positive sur leur économie.

« L’aide fatale », éditions JC Lattès, 280 pages, 20 euros.

La Tribune

LES AFRIQUES, 02 avril 2009 :

Dambisa Moyo – Londres : « La crise financière est une opportunité pour l’Afrique ! »

Dambisa Moyo, économiste zambienne travaillant à Londres chez Goldman Sachs, après un passage à la Banque mondiale, vient de publier un livre intitulé « L’aide est morte : pourquoi l’aide ne donne pas les résultats escomptés, et pourquoi l’Afrique devrait explorer d’autres voies ». Les Afriques était à la présentation du livre. Focus.

Sans équivoque, Dambisa Moyo a soutenu devant un auditoire de chercheurs, gestionnaires de fonds, banquiers, universitaires et journalistes « qu’aucun pays au monde ne s’est développé avec l’aide uniquement ». « L’aide pour l’aide n’existe pas » dans tous les cas. Et, avec la crise actuelle et la dépréciation des principales devises internationales, les pays africains devraient comprendre que l’investissement direct étranger diminuera.

« Il faudrait donc que l’Afrique puisse profiter de cette crise pour inventer son développement et ne pas rester à attendre et à espérer un hypothétique sauvetage de son économie par les puissances mondiales qui elles-mêmes cherchent à se sauver. »

Que faire ?… Se départir de l’attentisme actuel et innover en recherchant les voies et moyens d’offrir aux marchés internationaux des produits transformés utiles et nécessaires. Même si le discours ambiant répète à loisir que l’Afrique ne doit pas être oubliée par les pays développés, on se rend compte, dans les faits, que très peu d’actions concrètes ont été prises ces derniers mois pour aider l’Afrique. Mme Okonjo-Iweala, directrice de département à la Banque mondiale, demandait récemment au Forum économique de Davos que les pays développés octroient 0,7% de leur plan de relance économique à l’Afrique. Mais aucune réaction n’a été enregistrée après cette déclaration.

Profiter de la crise

« Il faudrait donc que l’Afrique puisse profiter de cette crise pour inventer son développement et ne pas rester à attendre et à espérer un hypothétique sauvetage de son économie par les puissances mondiales qui elles-mêmes cherchent à se sauver. » Pour ce faire, l’économiste zambienne Dambisa Moyo, ancienne élève de l’économiste américain Jeffrey Sachs, mais qui ne se réclame pas de cette école, ni de cette philosophie, dira que l’Afrique a des atouts. D’abord un taux de croissance moyen qui, ces cinq, voire sept dernières années, tournait autour de 7% par an. Ensuite la multiplication des bourses de valeurs africaines, au nombre de 23 à présent. Une plus grande stabilité politique avec des démocraties de plus en plus viables même si des problèmes demeurent dans certains pays.

Rejeter l’aide basée sur le show-business

Dambisa Moyo fera une genèse de l’aide depuis 1800 jusqu’à nos jours passant en revue chaque fois la caractéristique majeure de l’aide suivant la période. Par exemple, l’aide sous les cinq ans du plan Marshall, après la deuxième guerre mondiale, était axée sur la reconstruction de l’Europe. Alors qu’en Afrique l’aide est axée sur le développement, ce qui est un anachronisme. Dans les années 40-50, l’aide en faveur de l’Afrique visait l’établissement des grandes infrastructures comme les routes et les chemins de fers. Ensuite, dans les années 70, il fallait lutter contre la pauvreté. Dans les 80, il s’agissait de soutenir l’initiative privée. Dans les années 90, le thème de l’aide portait sur la bonne gouvernance. Et, depuis 2000, l’accent est mis sur l’intervention des stars (Bono, Angelina Jolie, Bob Geldorf, Madonna…) et autres vedettes qui viennent s’apitoyer sur le sort de l’Afrique pour mobiliser l’aide. Ce qui est dommage, dira l’économiste zambienne, déclenchant les applaudissements de l’audience, une centaine de personnes triées sur le volet pour leur intérêt au thème du jour.

Des trillions de dollars sans résultats

Et pour elle, l’aide en tant que solution pour engendrer la croissance et lutter contre la pauvreté en Afrique a échoué. En effet, des trillions de dollars ont été investis en Afrique sans grand succès. La corruption reste toujours un problème, l’espérance de vie faible, et l’on pourrait continuer cette liste d’indicateurs économiques pas encore satisfaisants sur le continent. Elle donnera encore cet exemple frappant : « Il est plus cher et plus difficile de transporter un bien d’Addis Abbeba sur Abidjan que de transporter ce même bien de Tokyo à Abidjan ». Près d’un demi-siècle après les indépendances africaines, on en est encore là : le commerce intra-africain est dérisoire, malgré la mise en place, ces derniers jours dans la capitale éthiopienne, d’un embryon de gouvernement africain tiré par le guide libyen Mouammar Kadhaf.

La Zambienne est catégorique, « l’aide ne marche pas sur le continent ». Et donc, pour elle, il faudrait que les pays africains cessent de gaspiller leurs ressources en allant participer à des rencontres comme celles de Doha où l’on discute du commerce international, car les gouvernements des pays occidentaux qui y participent représentent les intérêts de leurs électeurs et n’accepteront jamais de modifier les termes du commerce international en faveur des pays africains. Car il faut bien qu’ils protègent et défendent leur base électorale pour pouvoir se faire réélire. « L’Afrique doit donc inventer son développement, et ne plus penser que l’aide est la solution idoine. »

Les Afriques

LES AFRIQUES, 26 mai 2009

Dambisa Moyo dans le collimateur des partisans de l’aide au développement

Sur la liste des best-sellers du New-York Times, depuis le mois dernier, Dambisa Moyo est la cible de nombreuses organisations caritatives.

Selon Le Financial Times, Dambisa Moyo, l’économiste zambienne qui a récemment publié un livre à succès « L’Aide est morte » est victime d’une campagne de dénigrement de la part de certaines organisations internationales bénéficiaires de l’aide au développement.

Avec son livre, la zambienne, qui est déjà sur la liste des best-sellers du New-York Times depuis le mois dernier, a été nommé également par le magazine britannique, le Times, comme étant l’une des 100 personnes les plus influentes au monde par ses idées.

Juste après avoir lu son livre, le président rwandais Paul Kagamé aurait fait venir à Kigali l’économiste zambienne pour un exposé devant l’ensemble du gouvernement rwandais. En ce mois de mai 2009, elle était également l’invité du président Khadafi qui voulait avoir un briefing sur cette vision de l’aide.

William Wallis, l’un des spécialistes Afrique du FT, affirme que certains activistes voient mal ces thèses développées par Dambisa Moyo, car cela pourrait être une excuse pour effectuer des coupes drastiques dans les budgets d’aide, alors que par ces temps de crise l’Afrique aurait particulièrement besoin d’aide. Et pour ces activistes dont l’organisation caritative de Bob Geldof, ce livre de Dambisa serait très simpliste, voire dangereux.

Les Afriques

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