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Néolibéralisme : la tentation anti-démocratique du marché-roi

Sept
2009

Laurent Pinsolle, prolifique blogueur gaulliste et villepiniste, porte-parole du mouvement Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan, n’aime pas les néolibéraux.

Il nous explique pourquoi.

On peut ne pas être d’accord avec tout ou partie des autres options de l’auteur, force est de convenir que son argumentation sur ce sujet ne manque pas de cohérence.

D’autant plus qu’on peut se demander si ce que redoute Laurent Pinsolle n’est pas déjà, plus ou moins, en action.
The Economist vend la mèche : pour l’organe central du parti neolibéral mondial, il est urgent de limiter le pouvoir des politiques. Afin que survienne enfin le règne du marché-roi. On croyait ce genre du discours révolu à cause de la crise. On se trompait.

C’est une série d’articles dans The Economist du 12 septembre [un exemple ici] qui m’a mis la puce à l’oreille. Devant l’insistance de l’hebdomadaire anglais à limiter le pouvoir des politiques, n’y a-t-il pas une tentation anti-démocratique dans la pensée néolibérale ?

Il faut dire que ce numéro était truffé de remarques acerbes sur les hommes politiques. The Economist soutient l’indépendance des banques centrales. Il veut limiter le plus possible toute socialisation, même partielle et temporaire, du crédit. Il demande également un encadrement plus strict du processus budgétaire pour limiter les futurs déficits et réduire les dettes publiques. Enfin, il soutient l’idée de Barack Obama de « confier à un comité technocratique la tâche de réformer Medicare, pour enlever intelligemment les décisions difficiles des mains des hommes politiques ».

On résume : il ne faut pas confier aux hommes politiques la politique (sic) monétaire. Il faut encadrer strictement le budget pour les empêcher de trop dépenser. Si jamais ils étaient contraints d’utiliser des nationalisations partielles pour sauver les banques, il faut absolument qu’ils en cèdent le contrôle le plus rapidement possible. Et enfin, pour les décisions difficiles relevant de la santé, il vaut mieux les confier à des technocrates indépendants plutôt qu’à des politiques qui écoutent le peuple…

Naturellement, The Economist habille ses propositions du bon sens et de la raison. Il ne faudrait pas confier la politique monétaire aux hommes politiques pour éviter de finir comme l’Allemagne de Weimar. Il faut restreindre leur liberté de gestion budgétaire puisque nous avons des déficits colossaux. Quant aux banques, elles ne sauraient être bien gérées par des hommes politiques. Enfin, les hommes politiques étasuniens ont été incapables de gérer la santé, donc il faut leur retirer ce pouvoir…

Pourtant, cette présentation des faits ne résiste pas à l’analyse. Car c’est bien sous le mandat des hommes politiques que l’inflation a été vaincue au début des années 80. En outre, les banques centrales indépendantes ont été incapables de contenir une inflation des actifs qui était beaucoup plus faible du temps du contrôle politique… Sur les déficits, le raisonnement est malhonnête : The Economist était le premier à demander de « sauver le système » l’automne dernier à coup d’argent public.

En fait, derrière toutes ces contraintes que les néolibéraux veulent imposer au pouvoir politique, comment ne pas voir la volonté d’imposer une politique qui ne pourrait plus être remise véritablement en question même en cas d’alternance démocratique. Si les vrais libéraux acceptent les alternances et les opinions contraires aux leurs, il est possible de se demander aujourd’hui si le néolibéralisme, forme extrême du libéralisme, ne souffre pas des mêmes défauts que les autres extrêmes politiques.

Car cette croyance théologique dans les vertus du marché et cette priorité absolue donnée à la liberté peut vite déraper en une forme d’extrémisme qui peut les pousser certains à vouloir mettre en place des mécanismes qui restreignent fondamentalement la capacité d’alternance démocratique des peuples. Si l’on suit The Economist, que finirait-il par rester aux hommes politiques, outils de l’expression démocratique des peuples ? Sans doute pas grand-chose…

Il y a une tendance chez certains néolibéraux à vouloir verrouiller les politiques publiques dans le sens de leurs idées, au mépris de la capacité à obtenir une véritable alternance démocratique qui les remettrait en cause. Pire, ils arrivent à obtenir des redditions des politiques, comme sur les banques centrales.

Marianne 2

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