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La bulle financière inquiète Nouriel Roubini

Nov
2009

Elle n’en finit pas de susciter des interrogations chez les économistes et dans la Presse. Après Le Monde, c’est L’Expansion qui évoque le spectre de cette fameuse bulle et cite, cette fois, l’augure américain Nouriel Roubini.

Deux ans après l’effondrement des subprimes, de nouvelles « bulles » financières se forment à nouveau. Avec un mot magique : « carry trade ». Dollar faible et liquidités abondantes facilitent en effet cette lucrative opération spéculative. Décryptage.

Depuis quelques mois, tout monte ! Aussi bien les marchés boursiers asiatiques, que les marchés obligataires et les matières premières. Le dollar australien a pris 35% par rapport au billet vert depuis janvier. Les places financières de Brésil et de Hong Kong ont respectivement flambé de 72 et 51%. Et de l’aveu même des autorités de Pékin, le secteur immobilier chinois connaît lui un début de surchauffe.

A l’image de Nouriel Roubini, aka Docteur Catastrophe, certains experts n’hésitent pas à qualifier le phénomène de bulle. Explications.

Un excédent des liquidités

A l’origine de toute bulle : un excédent des liquidités sur le marché.

Et actuellement, « la liquidité augmente de 30% par an, à comparer avec une croissance de 15% an entre 1990 et 2007 », explique Jean-François Robin, stratégiste chez Natixis. « Dans la zone euro, on estime qu’il y a 100 milliards de dollars de trop. »

D’où provient tout ce cash ? Premier facteur : les injections massives de centaines de milliards de dollars par les banques centrales pour éviter une déflation prolongée. Le deuxième facteur, selon une note de Patrick Artus, directeur de recherche à Natixis, est l’accumulation de réserves de change dans les pays émergents et exportateurs de matières premières, afin d’éviter la dépréciation du dollar. Ce serait le cas particulièrement à Taïwan, en Corée, au Brésil, en Thaïlande, en Inde, aussi en Chine.

Où vont ces liquidités ?

A partir de 2003, la liquidité injectée par Alan Greenspan après l’éclatement de la bulle internet est allée dans l’immobilier, générant la bulle qui a éclaté en 2007.

Où vont-elles aujourd’hui ? Idéalement, dans des prêts aux ménages et aux entreprises. Mais ce n’est pas le cas. Pour Agnès Bénassy Quéré, directrice du CEPII, « les banques préfèrent augmenter leur ratio de capital ». De plus, « les ménages et entreprises ne sont pas en demande de prêts, étant plutôt occupés à se désendetter », ajoute Jean-François Robin.

La liquidité va donc ailleurs, et surtout sur les marchés émergents et les matières premières. C’est pourquoi les prix de ces dernières augmentent, alors même que le ralentissement de l’économie réelle aurait dû provoquer l’effet inverse.

Mais le transfert des liquidités ne s’arrête pas là. Selon Patrick Artus, les banques centrales des pays émergents et producteurs de matières premières les « recyclent » vers les titres publics des pays de l’OCDE. Ce qui contribue à maintenir des taux d’intérêt bas sur ces titres, malgré des niveaux de déficits publics et de dettes dangereusement élevés. Des taux bas qui ne reflètent donc pas le risque réel de ces placements.

Ainsi, en plus de la bulle de matières premières et de marchés émergents, il y a donc aussi un potentiel de bulle sur les titres publics des pays de l’OCDE.

Et le carry trade dans tout ça ?

Le carry trade, ou portage, est l’opération spéculative qui structure et aggrave cette bulle. Il consiste à profiter des écarts de rendement entre différents types d’actifs et prend plusieurs formes. D’abord, il s’agit d’emprunter dans une devise à faible taux d’intérêt pour réinvestir dans une monnaie plus rémunératrice. Cela s’est toujours fait. Ce qui a changé, c’est que le dollar a remplacé le yen comme monnaie d’emprunt.

Plus les investisseurs sont nombreux à le faire, plus cette sortie de capitaux des Etats-Unis déprécie le dollar, plus elle valorise les autres devises, et plus cela devient une opération rentable, l’écart de taux étant de plus en plus important. Ainsi, le dollar canadien, le dollar australien et le dollar néozélandais ont, depuis mars, respectivement progressé face au dollar de 20 %, 40 % et 47 %.

En plus, « comme le dollar continue de baisser, les investisseurs peuvent aussi acheter des actifs qui ne sont pas intrinsèquement rentables, puisque la chute du dollar rend l’opération rentable de toute façon », ajoute Felix Salmon sur son blog. L’économiste Nouriel Roubini estime en effet dans le Financial Times que cela revient en fait à emprunter à un taux négatif de 10 voire 20%.

Les investisseurs se privent d’autant moins de recourir au carry trade, que les conditions qui la rendent rentable semblent parties pour durer : à savoir la faiblesse du dollar et une liquidité abondante. En effet, la modestie de la croissance, freinée par la nécessité de se désendetter, justifie une politique expansionniste de la Fed et de la BCE, qui ont d’ailleurs confirmé qu’elles privilégiaient encore le statu quo des taux bas.

Relancer l’économie est clairement la priorité. D’autre part, la faiblesse du risque inflationniste à moyen terme n’oblige pas la Fed à resserrer ses taux.

L’explosion est-elle inéluctable ?

Si bulle il y a, elle va nécessairement éclater. « Dans six mois, dans un an », prédit Nouriel Roubini, sur la chaîne américaine CNBC.

En tout cas, c’est inévitable : le dollar va bien finir par se stabiliser. Il rappelle que le plan de rachat de 1 800 milliards de la Fed sera terminé d’ici le printemps 2010. Si l’économie se redresse plus tôt, la Fed pourrait resserrer sa politique monétaire plus tôt que prévu. « On a déjà constaté par le passé l’aptitude des Etats-Unis à rebondir », souligne Agnès Bénassy Quéré.

A l’inverse, s’il y a des craintes d’une reprise d’économie « en W », alors les investisseurs fuiront les actifs à risque pour investir à nouveau dans le dollar comme valeur refuge. Résultat, le dollar commencera à remonter. Les investisseurs retireront brutalement leurs fonds des marchés émergents pour rembourser leurs emprunts en dollar. « On sait ce qui se passe quand une bulle éclate, mais maintenant la bulle n’est plus seulement américaine », avertit Nouriel Roubini, « elle est mondiale ».

L’Expansion

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