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Loi antiterroriste : les députés ont voté la censure du Web français

Sep
2014

(…) « Je ne veux pas que la représentation nationale se ridiculise »

Attaquant leur propre ministre, des députés PS sont montés au front contre l’article 9. Corinne Erhel, experte du numérique au sein du groupe socialiste, a rappelé que l’ensemble des experts interrogés ont démoli ce principe du filtrage des sites web : le Conseil national du numérique à l’unanimité, la Commission (de l’Assemblée nationale) sur les droits et libertés numériques, les acteurs du numérique, les experts en sécurité, sans oublier le patron de l’Agence nationale de cyberdéfense (ANSSI). Cette mesure « est une erreur et je vous invite, je nous invite, à ne pas la commettre », a supplié Christian Paul (SRC), essayant tant bien que mal de rester poli avec le ministre.

« Cette méthode a des effets secondaires infiniment plus graves que les effets attendus, qui n’auront pas lieu », a pour sa part lancé Isabelle Attard (apparentée écologiste). « Je ne veux pas que la représentation nationale se ridiculise par méconnaissance technique », a-t-elle encore pesté. C’est raté : la technique choisie par Bernard Cazeneuve, le filtrage par serveur de nom de domaine (DNS), est contournable en un clic par les administrateurs des sites visés.

« Vous systématisez le blocage administratif »

« Faut-il faire reculer encore la liberté, contre le terrorisme ? » s’est interrogé l’UMP Lionel Tardy, notant que le PS s’inscrit à contre-courant de sa position historique, avant d’ajouter que « la France s’engage à petits pas dans la direction de la NSA », l’agence américaine de renseignement qui surveille massivement l’ensemble des internautes. « Nous voulons que le blocage soit décidé par un juge judiciaire ! » a demandé Isabelle Attard. « Vous êtes en train de systématiser le blocage administratif », a renchéri l’UMP Laure de La Raudière.

Le rapporteur Sébastien Pietrasanta (SRC) a péniblement martelé des arguments, parfois incohérents. Il a ironisé : les jeunes terroristes « n’iront pas prendre l’avion » pour se connecter aux sites terroristes depuis l’étranger. Une réflexion qui prouve qu’il n’a pas compris à quel point il est facile pour les Français de contourner le blocage qu’il prévoit : en deux clics, l’internaute peut installer l’excellent logiciel gratuit Tor, initialement destiné aux cyberdissidents. Il est aussi possible de souscrire pour quelques euros par mois à un réseau privé virtuel (VPN), qui permet de choisir via quel pays du monde on veut accéder au Web.

Finalement, le seul effet concret de cet article 9 sera la création par le ministère de l’Intérieur d’une liste noire des sites web terroristes. Une liste qui fuitera : à l’ère de WikiLeaks et d’Edward Snowden, ce n’est qu’une question de temps. Et l’État aura constitué les marque-pages du parfait petit terroriste…

Le Point

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