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La Très Grande Illusion

Nov
2009

Par Pascal Roussel, analyste au sein du Département des Risques Financiers de la Banque Européenne d’Investissement (BEI).

Les médias traditionnels voient des jeunes pousses éclore dans l’économie, se réjouissent du moindre résultat « moins mauvais » que prévu et sont résolument optimistes. Mais quand on observe le succès grandissant de certains sites web alternatifs d’informations financières, on ne peut s’empêcher de constater que de plus en plus d’investisseurs désabusés doutent de la neutralité des grands médias.

Ces derniers sont tous plus ou moins liés à de grands groupes financiers. Par exemple la chaîne de télévision financière CNBC est une filiale de General Electric qui aurait reçu du contribuable américain 51 mlds de USD via le programme TLGP . Est-il absurde de croire que les autorités américaines souhaitent que l’information financière soit présentée sous son « meilleur jour » et ainsi d’imaginer que CNBC soit tenue de respecter une certaine « ligne éditoriale » ?

Une institution financière qui gère l’argent d’un client ne gagne rien si ce dernier refuse d’investir et préfère du cash. C’est pour cela que les grands médias sont éternellement optimistes: il s’agit en effet de ramener les investisseurs vers la bourse de façon à générer des revenus pour l’ensemble des gestionnaires de fonds.

D’autant qu’après une forte baisse, l’optimisme des experts, couplé à l’action grandissante de la Fed et des robots financiers (voir plus loin) finit par porter ses fruits. Une remontée boursière se produit et après quelques semaines, même les plus timides, se sentent attirés de peur d’arriver trop tard. Mais si cette remontée est déconnectée de la réalité économique, comme c’est le cas, tôt ou tard, une brutale correction devrait se produire.

Ainsi donc la sortie de crise serait-elle en vue ? Le débat fait rage parmi les économistes qui n’avaient pas vu la crise venir: la reprise sera-t-elle rapide ou fulgurante ? Qu’en est-il ?

Sans passer en revue les problèmes graves que j’ai décris dans de précédents articles (saisies immobilières en constante et forte progression, risque de faillites de certains États américains, crash de l’immobilier commercial et CMBS liés, reset des prêts Alt-A et « option ARM », asphyxie du financement à court terme par les papiers commerciaux, crise des cartes de crédit, camouflage comptable des pertes bancaires, incapacité des banques de prêter aux particuliers et PME dans un environnement où le risque crédit grandit chaque jour un peu plus…etc) on peut résumer la situation en quelques phrases. Que l’on regrette ou pas, l’économie américaine a été et reste encore, actuellement le moteur économique du monde. 70% de la croissance américaine est due à la consommation et pour consommer, le consommateur américain doit s’appuyer sur son salaire et sur sa carte de crédit. Le chômage explose, les salaires baissent. Les banques anticipant des pertes astronomiques et craignant un risque crédit grandissant refusent de prêter. Alors je pose deux simples questions: quelle nouvelle bulle la Fed pourrait-elle gonfler pour générer des revenus fictifs aux consommateurs et par conséquent comment ces derniers vont-t-ils recommencer à acheter « comme au bon vieux temps » ?

Taux de chômage US, en pourcentage

Sans énoncer, une nouvelle fois, tous les problèmes à venir, il y a des risques systémiques majeurs que j’ai déjà mentionné et pour lesquels une mise à jour est nécessaire, car ce sont eux qui vont transformer cette crise en une dépression historique sans précédent: le rôle néfaste de la Fed, les produits dérivés, le « High Frequency Trading » et la Chine.

Et c’est ce chaos prochain qui fournira le terreau favorable pour voir la naissance d’une nouvelle monnaie de réserve mondiale.

Le rôle néfaste de la Fed

Depuis le 6 mars 2009, les bourses sont reparties à la hausse suite à des « profits miraculeux » publiés par certaines banques. Dans un précédent article, j’ai évoqué le rôle trouble d’AIG, la perte de valeur des propres obligations émises par les banques et le changement de règles comptables pour générer ces revenus imaginaires. Profitant de cette « reprise » bon nombre d’institutions et d’entreprises ont demandé l’aide des banques (moyennant le paiement de juteuses « fees ») pour émettre des actions nouvelles et régénérer leur bilan. Ainsi le marché est convaincu que les banques vont mieux ; oublié le problème des prêts Alt-A et ARM et surtout celui de l’immobilier commercial et de ses CMBS (3000 mlds de USD) ! Les salaires ont chuté de 4.7% depuis juin 2008, soit la plus forte chute annuelle depuis que ces statistiques sont enregistrées et il y a un nombre record de 34 millions d’américains qui survivent grâce aux cartes d’alimentation distribuées par l’État. La faillite de la 100ème banque de l’année vient juste de vider les caisses de l’agence FDIC chargée d’assurer les dépôts des épargnants. Fannie Mae le géant du crédit hypothécaire qui a été « nationalisé » l’année dernière, vient encore d’annoncer que le gouvernement américain va devoir procéder à une nouvelle injection de capital de 10 mlds de USD pour éponger ses pertes.

Pour gonfler le PIB, le gouvernement US est prêt à toutes les distributions d’argent comme le versement de primes pour acheter des voitures neuves. Mais l’argent ponctionné des contribuables par les taxes ne pourra plus être dépensé ou investi utilement par ceux-ci et pourquoi croire que les fonctionnaires du gouvernement pourront allouer efficacement les ressources. Le gouvernement japonais a vainement tenté de relancer son économie pendant 10 ans, alors, comment imaginer que les Américains y parviendront ?

Selon l’économiste, David Rosenberg le PIB américain serait en recul de 8% au lieu de 1% au premier trimestre si le gouvernement n’avait pas autant dépensé, ni octroyé autant de soutiens financiers et de cadeaux fiscaux. A ce sujet, il est à noter que les revenus fiscaux américains sont sur le point de plonger de 18% cette l’année soit la plus forte chute depuis 1932 au cœur de la dépression. Que faut-il penser des déficits américains et aux intérêts de la dette publique de plus en plus lourds? Officiellement le gouvernement américain n’a aucun problème pour les financer, la demande en obligations gouvernementales reste forte et Bernanke peut compter sur les banques pour l’aider. Les taux directeurs de la Fed sont actuellement aux environs de 0.16% alors que les obligations gouvernementales US à 10 ans sont à 3.64%. Ceci incite les banques à emprunter à court terme, pour presque rien, afin de soutenir les emprunts du gouvernement Obama en achetant ses obligations et empocher un « sympathique » profit au passage.

C’est ainsi que la crise serait bientôt terminée et c’est la raison pour laquelle les bourses grimpent.

Toutefois, quand on creuse on voit que la bonne volonté des banques, l’aide des medias et le changement des règles comptables ne suffisent pas comme le révèle l’éditeur financier Chris Martenson.

Le 30 juillet dernier, le gouvernement américain se vantait d’avoir vendu 28 mlds d’obligations à 7 ans. Un soit disant beau succès, salué par la grande presse et montrant que le marché s’arrache les obligations « les plus sûres » du monde. Oui, sauf lorsqu’on apprend qu’une semaine après, lors d’une opération spéciale, la Fed en rachetait discrètement la moitié, en créant au passage 14 mlds de USD tout frais. Est-ce que les acheteurs savaient à l’avance qu’ils pourraient en revendre une partie à la Fed? D’ailleurs le site Zerohedge.com a complété l’étude en montrant qu’en 2009, 32% des montants achetés par les « primary dealers » sont revendus à la Fed dans les 10 jours! Ne serait-il pas plus honnête pour Bernanke d’acheter directement ces obligations au gouvernement américain en indiquant clairement qu’il paye avec des dollars sortis fraîchement de ses planches à billet?

De nombreux observateurs se sont étonnés de voir momentanément certains comportements étranges des marchés. Parmi ces observateurs, « Precision Capital Management » a mené une étude très intéressante liée à ces opérations spéciales de rachats par la Fed. Depuis mars 2009, la Fed a effectué auprès de dealers autorisés, plus de 42 opérations spéciales d’achats d’obligations gouvernementales ou de Freddie/Fannie pour des montants variant de 1.5 à 7.5 mlds de USD. Ces opérations se déroulent en fin de matinée et, coïncidence, plus de 42 fois exactement le même jour, le NYSE a vu une remontée spectaculaire lors des 45 dernières minutes avant la clôture. En dehors de ces jours spéciaux aucune flambée miraculeuse n’a été observée. Pour ceux qui ne croient pas aux coïncidences, on peut imaginer que ces dealers peuvent multiplier les montants ci-dessus par 100 ou 500 par effet de levier et utiliser ce cash pour propulser la bourse vers de nouveaux sommets.

Pourquoi Bernanke serait complice d’un tel scénario et quelles sont ses priorités ?

On se doute que sa première priorité est sa réélection à la tête de la Fed en janvier 2010. Néanmoins ce n’est pas gagné pour lui car progressivement les critiques montent à l’encontre de la banque centrale américaine et la manière dont elle dépense les milliards de USD. Pour preuve le succès que rencontre la proposition de loi pour auditer la Fed, émise par le parlementaire et ancien candidat à la présidentielle, Ron Paul (ennemi de toujours des banques centrales). D’ailleurs l’opinion publique américaine conteste de plus en plus les déficits abyssaux que le gouvernement Obama est en train de creuser (selon les projections du Bureau du budget du Congrès, il devrait dépasser la somme de 1.800 milliards de dollars, soit 13,1% du PIB, à la fin de l’exercice, le 30 septembre). Ceci alors que de plus en plus d’américains se tournent vers la frugalité. Ne sous-estimons d’ailleurs pas ce changement de mode de vie car il s’agit là d’une tendance de fond qui sera durable.

Mais indépendamment de répondre aux critiques, l’objectif de Bernanke est certainement de voir les taux longs au niveau le plus bas possible. En effet des taux longs élevés signifient que les acheteurs d’obligations gouvernementales se font rare ; que les risques d’inflation des prix augmentent ; que les taux hypothécaires grimpent et in fine que le USD risque de sombrer. De plus dans un environnement où les taux longs sont importants, les revenus futurs estimés et actualisés des entreprises sont moindres et donc la valorisation de ces entreprises est plus faible ce qui n’est pas favorable aux croissances boursières. Ainsi pour Bernanke, il faut absolument attirer l’argent vers les obligations gouvernementales quitte, à la limite, à le détourner de la bourse via un crash et une ruée vers la « sureté » des obligations gouvernementales. Par contre pour Obama qui veut mener des réformes majeures des soins de santé et convaincre ses électeurs que la situation s’améliore, il faut absolument que la bourse soit rayonnante. Et depuis mars 2009, le miracle se produit, la bourse grimpe et les taux longs restent contenus. Mais pour combien de temps encore ?

Le prix de l’or bridé

Depuis la parution en 1988, d’un rapport émis par les professeurs L. Summers (conseiller d’Obama et candidat pour remplacer Bernanke à la tête de la Fed) et Barsky, « Gibson’s Paradox and the Gold Standard » on sait que la Fed et le gouvernement américain tiennent le prix de l’or « à l’œil ». Ce document qui a fortement influencé les autorités américaines, démontre qu’une montée du prix de l’or est liée mécaniquement à une montée des taux longs. J’ai déjà évoqué dans de précédents articles comment et pourquoi le prix de l’or était bridé. Une dernière révélation vient encore de renforcer les thèses soutenues par l’association Gold Anti-Trust Action Committee (GATA) : les banques centrales sont déterminées à contenir le prix de l’or avec la complicité de certaines banques commerciales afin de maintenir les taux longs à des niveaux acceptables. Sauf que selon GATA ces banques centrales sont à court de cartouches. Le journaliste international, Max Keiser vient de découvrir que l’or de la Bundesbank, la banque centrale allemande (officiellement 3400 tonnes) était stockée à… New York ! Ceci recoupe une intéressante étude publiée par James Turk (éditeur de Freemarket Gold&Money Report) en 2001 et démontrant qu’entre 1995 et 2000, le ministère des finances US a probablement échangé (swappé) 1700 tonnes d’or avec la Bundesbank. L’or américain est devenu allemand et vis versa sans que le moindre gramme d’or n’ait physiquement quitté les coffres. Chaque fois, après ce changement de nationalité, le gouvernement américain a discrètement pu prêter à des banques commerciales, l’or (devenu américain) stocké à la Bundesbank. Le congrès américain étant incapable de découvrir cette subtile manœuvre et ces banques commerciales ont pu profiter de l’infâme gold carry trade pour brider le cours de l’or et engranger des profits . Comme tout porte à croire que la Bundesbank a prêté directement 1700 tonnes à ces mêmes banques cela expliquerait qu’il n’y ait aucun gramme d’or dans ses coffres et que 1700 tonnes d’or allemand soit stocké aux États-Unis!

La dernière analyse de A.Douglas (intitulée « The Alchimist » et parue sur le site de GATA) vient encore de noircir un peu plus le marché à terme de l’or (COMEX). A.Douglas tente vainement de réconcilier les demandes de livraison d’or des contrats à terme avec les niveaux de stocks d’or dans les dépôts du COMEX tels que publiés par ce dernier. Son enquête le mène à découvrir une série de faits troublants. Commençons par rappeler que HSBC et JP Morgan qui détiennent respectivement sur le COMEX des positions « short » massives sur l’or et l’argent ont joué un rôle prépondérant dans le lancement respectif de deux grands fonds: GLD (un ETF qui permet d’acheter des actions adossées théoriquement à l’or) et SLV (l’équivalent pour l’argent). En plus HSBC sert de dépositaire pour l’or de GLD et JP Morgan garde l’argent de SLV. Le soutien de ces deux banques est a priori assez paradoxal car l’énorme succès de GLD et SLV accentue la demande en or et argent ce qui est contraire aux intérêts de HSBC qui parient sur une baisse du cours du métal sur le COMEX.

Ces deux fonds ont déjà fait l’objet de nombreux articles dans le milieu de l’or et de l’argent visant à s’interroger sur la quantité de métal qu’ils contiennent réellement. Ainsi GLD aurait officiellement accumulé 1100 tonnes d’or en 5 ans sans que le prix de l’or n’explose. Il faut dire que les prospectus de ces fonds contribuent à entretenir le flou car étrangement ils stipulent que les autorités de marché n’ont pas vérifié leur validité (autrement dit ces prospectus peuvent vouloir dire n’importe quoi !). Chacun contient d’étranges passages mais je voudrais juste me concentrer sur GLD, le fonds permettant d’acheter de l’or papier. Le prospectus indique que cet or papier ne peut pas être converti en or physique et que le détenteur d’une action GLD n’a aucun moyen de vérifier s’il y a bien de l’or adossé! Seule la banque dépositaire (HSBC) peut le vérifier. Cette banque est autorisée à stocker l’or où bon lui semble et pire encore, le prospectus précise que l’or de GLD n’est pas gardé sur un compte séparé et soumis à ségrégation de HSBC et ne peut donc être clairement discerné de celui de HSBC.

Quel est le lien entre GLD et COMEX? A.Douglas a découvert une clause du règlement du COMEX (article 104.36) qui indique qu’un acheteur qui souhaite une livraison d’or sur le marché à terme peut recevoir une quantité d’actions GLD au lieu d’or physique. Et comme le décrit l’auteur, le vieux rêve des alchimistes de transmuter le plomb en or peut se réaliser en mieux : si GLD n’a pas vraiment tout l’or qu’il prétend avoir, c’est le papier qui est transformé en or. En effet dans ce cas, rien de plus simple pour brider le prix de l’or, il suffit d’imprimer des actions GLD (sans acheter l’équivalent en or physique) et de les donner aux clients qui souhaitent une livraison sur le COMEX. HSBC ne prendrait vraiment aucun risque avec ses gigantesques positions à découvert sur le marché à terme car ainsi le prix de l’or ne risque pas de grimper sur ce marché. Sauf si les investisseurs commencent à douter de GLD et exigent absolument de l’or physique en livraison sur le COMEX. Dans ce cas c’est la mort de GLD et un crash du marché à terme pour l’or, une explosion du cours de l’or sans précédent et une formidable perte pour HSBC. Mais en attendant ce cygne noir, le cours de l’or est contenu et Bernanke peut dormir tranquillement.

Les produits dérivés : une bombe qui attend son heure pour exploser

Les produits dérivés sont complexes, mal compris et font l’objet de nombreux articles en ces temps de crise. Ces instruments sont utilisés pour spéculer ou pour gérer les risques liés aux taux d’intérêt ou de change, aux actions, aux matières premières, aux faillites, etc. Pour les uns, rien à craindre car ce que l’un perd, c’est l’autre qui le gagne. Mais pour d’autres, dont je fais partie, le risque est bien présent. Et le risque principal en l’occurrence est celui d’un défaut de contrepartie dans le marché non régulé (OTC, « Over The Counter »). Avant d’entrer dans le vif du sujet rappelons que la Banque des Règlements Internationaux (BRI, la célèbre banque centrale des banques centrales à Bâle) estimait, fin décembre 2008, à 600 000 mlds de USD le montant notionnel mondial des produits dérivés sur le marché OTC. La valeur de marché brute (soit la somme des valeurs des actifs et passifs de ces produits dérivés OTC) est estimée à 33 900 mlds de USD

La dernière étude publiée par Fitch qui s’appuie sur les rapports édités par la BRI ainsi que sur ceux émis par le « Office of the Comptroller of the Currency », l’autorité de surveillance des banques « nationales » aux États-Unis sont édifiants. On apprend que 80% des risques liés aux produits dérivés US sont concentrés sur 5 banques (JP Morgan, Bank of America, Citigroup, Morgan Stanley et Goldman Sachs). JP Morgan vient en tête avec un portefeuille d’un montant notionnel de 81 700 mlds de USD sur les 300 000 mlds que gèrent ces 5 banques. Les montants notionnels bruts sont indicatifs mais il faut tenir compte du netting pour apprécier le risque réel. Selon l’étude de Fitch en tenant compte du netting, parmi les 5 banques, mise à part Morgan Stanley, toutes présentent une exposition notionnelle nette de plus de 100 mlds. Elles avouent que 97% de l’usage de leurs produits dérivés est spéculatif et que la grande majorité de ceux-ci sont liés aux taux d’intérêt. Ainsi une exposition spéculative de quasi 500 mlds de USD qui représente 5% du PIB américain ne résistera pas à un cygne noir lié aux taux d’intérêt. Compte tenu que les autorités américaines ont besoin d’emprunter massivement, on s’achemine vers une évolution à la hausse des taux longs inégalée dans l’histoire du dollar.

Il va sans dire que face à un tel risque systémique, aucune de ces banques ne ferra jamais faillite, le gouvernement américain les nationalisera avant.

High Frequency Trading Program (HFTP)

J’introduisais ce sujet dans mon précédent article mais depuis lors il a fait l’objet de plusieurs publications dans la grande presse. Comme ce domaine est vaste et très complexe, on peut lire tout et n’importe quoi. Mais à mon avis, le meilleur site pour les lecteurs curieux souhaitant approfondir la question reste Zerohedge.com.

Pour rappel des programmes informatiques sont capables d’exécuter des millions d’ordres à la seconde et scannent simultanément des dizaines de marchés publics et privés. Ils identifient des tendances à la vitesse de l’éclair, ils peuvent tromper des investisseurs « normaux » en émettant des ordres et les annuler quasi instantanément. Moyennant le paiement d’une commission auprès d’une bourse, les programmes HFT opérant à partir d’ordinateurs situés au sein même des bourses (on parle de « colocation ») sont autorisés à scanner les ordres d’autres investisseurs avant que ceux-ci n’arrivent sur le marché. Ils peuvent alors faire du « flash trading » (qui est illégal) c.à.d. exploiter cette information avant les autres et placer un ordre gagnant. Pour les attirer et générer des volumes, les diverses bourses américaines versent en moyenne 0.25 cent pour une action achetée ou vendue comme récompense de la « liquidité » que ces HFTP offrent. Un robot achète une action et la revend une fraction de seconde plus tard et il empoche 0.5 cent. Multiplié par des millions d’actions tous les jours de la semaine cela génère un juteux revenu pour les propriétaires de ces programmes de HFT. La firme de recherche Tabb Group estime que l’année dernière, les HFTP ont généré 21 mlds de USD de profits. Actuellement le marché est en train de se consolider car à ce jeux seuls les plus rapides et les mieux informés restent en piste ( cf la faillite du « market maker », Van Der Moolen qui a pourtant connu son heure de gloire en 2001 sur le NYSE). Cela semble être de la science fiction mais entre 50% et 70% des volumes d’achats et ventes sur le NYSE sont générés par ces algorithmes. C’est énorme!

Afin de bien illustrer le propos, la presse internet spécialisée a, le 15 juillet dernier, analysé le cas du fabricant de semi-conducteur Broadcom. La veille au soir, Intel le géant des processeurs avait rapporté des résultats très positifs ce qui laissait présager une montée des cours du secteur. Les investisseurs “humains” avaient décidé d’en profiter selon la stratégie classique: acheter à l’ouverture par petits paquets afin de ne pas provoquer une brutale flambée des cours et revendre ensuite lorsque les cours auraient bien progressé. Hélas, c’était sans compter sur les HFTP prédateurs. Une seconde après l’ouverture, le cours de Broadcom est à 26.2 USD; 0.03 seconde plus tard les HFTP ont déjà scanné les ordres des investisseurs “humains” avant le reste du marché et 0.47 seconde après, les HFTP confirment que les investisseurs “humains” souhaitent sérieusement acheter du Broadcom. Ils lancent alors la machine, en l’occurrence les « automatic market maker » qui émettent des milliers d’ordres par petits paquets qu’ils annulent aussitôt quelques millisecondes plus tard. Le but de la manœuvre: voir jusqu’où les “humains” sont prêt à aller pour acheter du Broadcom. Ils déterminent que la limite est à 26.4 USD. Immédiatement après ils achètent toutes les actions Broadcom disponibles sur le marché et les revendent aux « humains » qui n’ayant pas été assez rapide, ne pourront plus en trouver et seront bien obligés de payer le prix fort (26.39 USD). Le résultat est que les “humains” ont payé 1.4 millions de USD pour 56000 actions soit 7800 USD de plus que s’ils avaient été aussi rapide que les HFTP. Et c’est ce que font les HFTP tous les jours avec des milliers d’actions.

Pour le lecteur qui découvre cette chronique: bienvenu dans la finance moderne qui est de plus en plus déconnectée de la réalité économique.

Le sujet est remonté à la surface car de nombreux observateurs se sont demandés comment Goldman Sachs a pu générer des revenus fantastiques de ses placements financiers aussi vite après le crash de Lehman. Et le feuilleton du programmeur Aleynikov qui aurait volé un programme de HFT de cette même banque et qu’un juge (J.Facciponte) a accusé de vouloir utiliser ce programme pour manipuler injustement les marchés, n’a fait que rajouter de l’huile sur le feu. Goldman Sachs est régulièrement pointée du doigt : sa participation très privilégiée dans le programme informatique spécial de liquidité (SLP) sur le NYSE monopoliserait la liquidité et chasserait les autres participants. Pour les défenseurs du HFT les robots financiers rendent de grands services car ils augmentent la liquidité et éliminent les positions d’arbitrage et donc déterminent le « juste » prix d’une action. Pour eux, nous vivons dans l’ère de l’informatique et tant pis pour les « dinosaures » qui ne l’ont pas encore compris!

Mais les détracteurs estiment, eux, que ces programmes HFT n’offrent pas de liquidité mais seulement des volumes d’achats et de ventes. La liquidité que les HFTP génèrent est artificielle car elle consiste simplement à répondre à des ordres émis par d’autres programmes. Si suite à un cygne noir, ces HFTP devaient décrocher, les investisseurs “humains” se retrouveraient soudainement, sans y être préparés, dans un marché où les volumes seraient réduits de plus de la moitié ce qui entrainerait une flambée des spreads. Et c’est là l’argument principal contre les HFT.

D’ailleurs des spécialistes expérimentés ont pris récemment position. Citons Joe Saluzzi de Themis Trading qui a signé divers articles sur le sujet et est apparu plusieurs fois sur CNBC: « les volumes HFT peuvent générer de faux signaux de trading qui sont capables de conduire d’autres investisseurs à acheter à un prix plus élevé ou vendre à un prix inférieur à celui produit en l’absence de HFTP. Un pic dans des volumes HFTP peut alors pousser un algorithme institutionnel qui exécuterait lui en fonction d’un pourcentage de volume, à acheter « agressivement » ou même peut attirer des investisseurs « momentum » ce qui augmenterait encore ce point culminant. A la vue de cette situation, des traders en options peuvent commencer à établir des positions, ce qui peut attirer ceux de l’arbitrage qui imagineraient qu’il y a des informations potentielles qui pourrait affecter l’action ».

Citons également Mr Durbin de Blue Capital Group ayant travaillé deux ans chez Citadel pour mettre au point le plus grand programme HFT: « il existe de nombreux programmes HFT et leurs agendas peuvent se recouper ou diverger. Il peut y avoir un moment où ces programmes collaborent involontairement et vous pouvez avoir une période de 2 ou 3 minutes où les marchés sont fous. Les autres traders répondent et l’ensemble échappe à tous contrôles ». Autrement dit, le risque est qu’un programme HFT, pour une raison ou une autre, place des ordres incohérents par rapport à la situation du marché et par contagion les autres programmes HFT l’imitent. On estime qu’il faut au minimum 2 minutes pour qu’un humain détecte et annule des ordres erronés. En deux minutes, un programme peut placer sans la moindre difficulté 120 000 ordres. En comptant 1000 actions de 20 USD pièce, cela donne 2.4 mlds de USD d’ordres douteux qui peuvent provoquer une véritable pandémie et un crash en moins de 5 minutes !

Citons finalement un dernier grand spécialiste: Paul Wilmott. Celui-ci signale que la liquidité n’est pas forcément une bonne chose car le fait de pouvoir revendre difficilement une action devrait faire réfléchir ceux qui s’apprêtaient à l’acheter.

Il explique que lors du crash de 1987, des algorithmes primitifs (comparés aux actuels) et une stratégie de « dynamic portfolio insurance » ont joué un rôle prépondérant. Cette stratégie qui visait à protéger un portefeuille en cas de chute des marchés, permettait de limiter les pertes à un montant prédéterminé et consistait à vendre certaines actions en cas de chute des marchés. Le portefeuille était liquidé progressivement en fonction de la chute de sorte qu’il était complètement vendu lorsque le seuil de chute était atteint. En 1987 le problème était que cette stratégie, très répandue couvrait un fort pourcentage d’achats et ventes: le lundi noir du 19 octobre 1987, tous les algorithmes se sont mis à suivre cette stratégie. Les ventes de l’un, entrainant les ventes de l’autre ce qui a provoqué un emballement des ventes et finalement un crash de 20% du SP500. Ainsi la stratégie de « dynamic portfolio insurance » a provoqué précisément ce qu’elle était censé éviter. C’est exactement le même risque encouru actuellement si trop de HFTP suivent une même stratégie. En plus P.Wilmott pointe, lui aussi, l’usage spéculatif et irresponsable des produits dérivés: « Les banques et hedge funds contrôlent une part invraisemblable de la richesse mondiale. Ils tradent de manière irresponsable une grande quantité de produits dérivés complexes. Ils se copient les uns les autres, sans imagination et détiennent tous des positions similaires. Ces contrats sont couverts dynamiquement en achetant et vendant des actions en fonction de formules mathématiques. Ceci peut et va exacerber la volatilité des sous-jacents. On peut donc s’attendre, de temps à autre, à voir de fortes fluctuations dans les marchés, associées à de brutales augmentations de la volatilité sans la moindre raison économique.

Le problème prend encore une dimension supérieure quand on tient compte des « darks pools », ces bourses privées, non régulées que j’ai évoquées dans un précédent article. A titre d’exemple prenons, Sigma X, la plateforme privée de Goldman Sachs qui traite 600 millions d’actions par semaine. Or cette même banque est un acteur majeur dans le domaine des HFTP et ses programmes peuvent ainsi scanner les ordres que les clients placent sur Sigma X et identifier, par exemple, un gros acheteur ou vendeur. En principe Goldman Sachs voyant ce flux d’ordres sur sa plateforme « noire » Sigma X peut l’apparier avec de la liquidité « noire » et contrebalancer sur le NYSE l’autre côté du trade qui vient d’être exécuté sur Sigma X. Ceci sans que personne d’autre ne comprenne ce qui a poussé le prix de l’action à la hausse ou à la baisse sur le NYSE car il n’y avait rien sur les carnets d’ordres affichés pour suggérer un déséquilibre entre offre/demande.

La valorisation boursière actuelle des entreprises incorpore une reprise forte alors que rien ne l’indique : selon Standard&Poors, le ratio P/E du SP500 vaut 145 soit 3 fois le niveau observé au sommet de la bulle Internet en 2000 ! Comprenons bien que cela veut dire qu’un investisseur est prêt à payer 145 USD pour chaque dollar de profit de ces entreprises. Et pourtant, début août, alors que j’écrivais ces lignes, ces entreprises américaines du SP500 publiaient des résultats en baisse de 33.4% et des ventes en chute de 17.4% depuis le premier trimestre. Quels sont donc les optimistes qui achètent et ont gonflé la capitalisation boursière de 2700 mlds de USD depuis mars dernier? La grande presse nous annonce bruyamment que les investisseurs sont revenus sur le marché. Le problème est que seulement 400 mlds de USD sont sortis des « money markets funds » qui gèrent du cash. Alors si ce ne sont pas les « humains » qui ont convertis du cash en actions qui peut être derrière cette remontée ? Je parie que les HFTP sont prêt à croire à tous les rêves et à gonfler toutes les bulles possibles afin d’empocher les « liquidity fees ». Et ils peuvent compter sur les banques pour leur prêter de l’argent : le dernier rapport publié par le NYSE montre que les achats d’actions à crédit ( « margin buy ») ont encore augmenté.

Ainsi les risques systémiques sont très importants, en particulier en ces temps de crise où les cygnes noires ne sont plus des oiseaux rares. Mais vu les profits générés par les programmes HFT, les autorités de marché hésitent à intervenir…Sous la pression de certains politiciens américains, il semble qu’elles pourraient prochainement légiférer sur le marché des actions mais la situation est identique sur d’autres marchés comme celui des options.

Le rôle central de la Chine dans l’aggravation de la dépression

Il semble bien que les nombreux articles parus dans l’Asia Time depuis 2002 et rédigés par Henry C.K. Liu, professeur dans diverses universités américaines, gestionnaire de fonds et grand spécialiste de la Chine ont fini par influencer les autorités chinoises. Ainsi pour le citer : « pourquoi les économies asiatiques devraient envoyer aux US de la richesse réelle sous forme de biens matériels en échange de monnaie papier dont la valeur décline plutôt que de vendre ces biens dans leur propre économie ? …Et si les exportations chinoises étaient payées en yuan, la Chine n’aurait plus besoin de garder des réserves en devises. Les excédents commerciaux resteraient dans l’économie yuan. La Chine est en train de devenir un géant économique mais elle doit encore affirmer sa puissance financière à cause de l’hégémonie du dollar »

Je décrivais d’ailleurs dans un précédent article comment la Chine parvenait très habilement et discrètement à diversifier ses réserves en USD. Mais par contre en ce qui concerne sa manière de gérer la crise à l’intérieur de ses frontières, le parti communiste accumule les erreurs. Bloomberg nous annonce qu’en juillet les exportations chinoises étaient en chute vertigineuse de 23% sur les 12 derniers mois. Réalisant sans doute l’ampleur du défit que pose la transformation d’une économie tournée quasi exclusivement vers l’exportation en une économie basée sur la consommation intérieure d’une population aussi nombreuse, les autorités chinoises ont choisi le chemin de la très grande illusion. Tout d’abord comme le révèle, J.Makin de l’American Enterprise Institute, les autorités chinoises font preuve de grande créativité comptable pour atteindre une croissance de 8% (alors « qu’étrangement » la production d’électricité du pays diminue, signe classique d’une décroissance). Le gouvernement considère que les sommes provenant du plan de relance et destinées aux entreprises publiques sont dépensées aussitôt libérées (même si ces entreprises ne les utilisent pas instantanément). Ensuite, certains fonctionnaires communistes considèrent qu’un produit est vendu s’il quitte les murs d’une entreprise publique (même si ces produits sont distribués gratuitement ou stockés ailleurs). Ainsi ces montants viennent fictivement gonfler le PIB. Ceci pour les publications économiques mais il faut également occuper la population. On l’oublie souvent mais les entreprises chinoises, pour la plupart, sont gérées par des fonctionnaires obéissant aux consignes du parti et en l’occurrence, elles sont claires: « camarades, il faut produire ». Ainsi alors que les aciéries japonaises ou allemandes ont réduit leur production de 20 à 30% suite à une chute de la demande, les 700 aciéries chinoises ont, elles, augmenté leur production de 1.2% durant les 6 premiers mois de 2009. Mais il faut dire que l’acier occupe 3.6 millions de personnes en Chine alors pas question de les laisser inoccupées ! Les chinois marchent sur les traces des américains et gonflent toutes les bulles possibles. Rappelons qu’en Chine, les banques aux bilans douteux sont, elles aussi, aux ordres des autorités (les politiciens américains et européens qui trouvent que les banques ne prêtent pas assez devraient demander conseil aux communistes chinois). Selon les chiffres de la Banque Populaire de Chine, durant les 6 premiers mois de cette année, les banques chinoises ont prêté l’équivalent de 1100 mlds de USD ! Pour l’économiste Wei Jianing, 20% des fonds provenant des plans de relance sont atterris dans la bourse (qui a « miraculeusement » progressé de 80% depuis janvier 2009) et 30% sont partis dans l’immobilier. Dans certains quartier de Pekin, le prix de l’immobilier a grimpé de 6.5% en une semaine. On continue de construire bien que fin 2008, on comptait en Chine 91 millions de m2 en appartements invendus et inoccupés (en plus des 587 millions de m2 en appartements vendus ces 5 dernières années mais toujours inoccupés). Sans parler de l’immobilier commercial dont le taux de vacance atteindrait 25% à Shanghai. Plus grave, l’économiste Andy Xie, montre que des spéculateurs chinois ont utilisé l’argent facile des banques pour spéculer sur le marché des matières premières. D’abord pour éliminer les positions d’arbitrages entre les prix spots et les prix des futures (rien de répréhensible à cela) mais ensuite pour spéculer sur une hausse continue des matières premières. Ainsi la chine importe 33% de fer et 148% de cuivre en plus que l’année dernière. Pour la presse chinoise c’est un signe de reprise de l’activité économique alors qu’il s’agit d’une bulle spéculative qui finira par éclater et envoyer des ondes chocs en Asie. Remarquons que le « Baltic Dry Index », l’indicateur qui mesure les coûts de transport est reparti fortement à la baisse, signe avant coureur que les importations spéculatives chinoises de matières premières s’essoufflent. Encore un cygne noir en vue dans le ciel tourmenté de la finance?

Pourquoi le dollar US ne restera pas la monnaie de réserve mondiale ?

La monnaie n’est pas une invention récente: l’humanité a déjà vu de nombreuses devises naître, mourir et être remplacées par d’autres. Citons quelques exemples de monnaies victimes de l’hyperinflation avec la date de leur « mort »: le dollar zimbabwéen (2009), le dinar yougoslave (1994), le kwanza angolais (1999), le sol péruvien (1991), le diez argentin (1992), l’escudo chilien (1985), le pengo hongrois (1946), le mark weimer allemand (1923), …etc. Naturellement le monde financier actuel est tellement complexe qu’il ne peut être directement comparé avec d’autres périodes de l’histoire financière de l’humanité. Ceci étant, il existe quelques lois financières immuables qui traversent toutes les époques, pour la simple raison que l’argent est, et reste, à l’origine, un moyen d’échange.

Une première loi fondamentale, certes toute triviale mais néanmoins capitale, stipule que si l’objet ou le service A vaut x unités monétaires (euro, yen, dollar, …etc) et si l’objet B vaut 2x unités monétaires cela signifie qu’il est possible d’échanger 2A contre B !

Un marché astronomique de paris sous forme de produits dérivés peut être exprimé dans une devise ou encore des ordinateurs peuvent s’acheter et se vendre entre eux des milliers d’actions, en quelques millisecondes, dans cette même devise mais tout s’effondre si cette devise perd son rôle fondamental d’échange. Une perte de confiance dans la capacité d’échange d’une devise se produit par exemple dans le cas d’une hyperinflation des prix.

Une deuxième loi monétaire universelle, maintes fois vérifiées et qui va nous servir pour analyser l’avenir du dollar est la loi de Gresham. Elle a été édictée à une époque où l’argent existait sous forme de pièces d’or et d’argent mais elle s’applique tout aussi exactement à l’argent papier adossé à des dettes. Avant de l’énoncer, il faut rappeler ce que Gresham qualifiait, sans le moindre jugement de valeur, de « bonne » et « mauvaise monnaie ». Dans cette loi, le terme « bonne monnaie » signifie une monnaie dont la valeur faciale est équivalente à sa valeur comme matière première. Une « mauvaise monnaie » étant une monnaie qui ne respecte pas cette équivalence. Ainsi une pièce d’or ayant une valeur faciale de 100 mais dont le contenu en or serait bien inférieur à 100 est une « mauvaise monnaie ». La loi de Gresham dit simplement que la mauvaise monnaie chasse la bonne car les gens accumulent la bonne monnaie, refusent de l’échanger. Ils préfèrent plutôt se débarrasser de la mauvaise monnaie en l’utilisant pour payer des biens ou services. La bonne monnaie ne reste jamais en circulation.

Cette loi s’est vérifiée de très nombreuses fois dans l’histoire monétaire. A titre d’exemple, rappelons brièvement l’histoire monétaire de Rome et notons au passage un curieux parallèle avec la situation des Etas-Unis. La première monnaie internationale a été crée par les grecques, 600 ans av. J.-C, « la drachme d’Athènes ». Il s’agissait d’une pièce en argent dont le poids et la composition est restée stable plusieurs siècles, même après l’invasion de la Grèce par Rome. C’est cette pièce qu’Alexandre le Grand a introduit en Inde, 300 ans plus tard. Comme elle était utilisée pour le commerce international, elle s’est répandue de l’Europe du nord jusqu’en Chine. Les romains ont été tellement impressionné par cette monnaie qu’ils l’ont copiée en créant le dénarius en 277 av. J.-C qui avait à l’origine la même taille et contenait 99% d’argent. Contrairement à la Grèce, Rome a toujours eu des besoins militaires sans fin et a imposé les « idéaux romains » par la force. Là où les grecques avaient établi un système monétaire d’une incroyable stabilité, Rome n’est jamais parvenu à maintenir une monnaie bien longtemps. Les choses se sont largement dégradées à partir de l’empereur Néron. Dans un surprenant parallèle avec ce que l’on observe aux États-Unis, les pauvres puis les classes moyennes de l’époque (54 ap. J.-C) se sont largement endettés. L’empereur Néron s’est alors mis à créer des pièces en diluant l’alliage qui les composaient ( c.à.d. qu’il a crée de la mauvaise monnaie). Le déclin de Rome est intimement lié au déclin de sa monnaie. Après Néron, la monnaie a continué à être graduellement dévaluée. Mais c’est à partir de 193 ap. J.-C, qu’un niveau critique de dévaluation a été atteint. L’empereur Septimus Serverus avait lui aussi ordonnée une nouvelle dilution de sorte que le denarius ne contenait plus que 39% d’argent. 22 ans plus tard, l’Inde est le premier pays à rejeter le denarius, puis le reste du monde a suivi, y compris Rome. Remarquons qu’à l’échelle des moyens de communication entre Rome et l’Inde de l’époque, une fois le seuil critique de dévaluation atteint, le denarius a perdu son statut de monnaie mondiale en un temps extrêmement bref. A Rome, le rejet du denarius a provoqué une hyperinflation des prix des produits importés, une chute inouïe de la qualité de vie des romains et finalement la véritable chute de l’empire romain. Naturellement la loi de Gresham s’est appliquée: pourquoi un romain aurait-il utilisé un « bon » denarius pour effectuer des paiements plutôt qu’un mauvais denarius (ne contenant quasi plus d’argent)? Et les romains se sont effectivement mis à accumuler en réserve les bons denarius, sans les dépenser et c’est ce qui explique que les archéologues en retrouvent encore souvent cachés dans des jarres, en parfait état.

En l’an 300, le chaos est total et l’empereur Dioclétien décide d’instaurer un strict contrôle des prix. Bien entendu c’est un échec car immédiatement un marché noir se développe et en 303 l’empereur lance une violente attaque contre la « secte » des Chrétiens qu’il accuse de saboter sa politique économique. Et seulement 22 ans plus tard l’empereur Constantin prend des décisions historiques : Byzance, rebaptisée Constantinople devient la capitale de l’empire, le Christianisme devient la religion d’État (concile de Nicée) et une nouvelle monnaie est créée, une pièce en or copie du « drachme » grec, le « solidus ». Dès cet instant, les banquiers doivent se surveiller les uns, les autres et jurer qu’ils ne dilueront pas la composition du solidus sous peine de se voir amputer la main. De plus, réalisant que les dettes avaient joué un rôle crucial dans l’effondrement de Rome, elles seront bannies. Je sais que cela peut paraître incroyable pourtant, à l’époque c’est l’application d’un principe Biblique très strict (cf Ezechiel 18 :12-13). Notons au passage que le Coran (qui apparaîtra 3 siècles plus tard) condamne lui aussi, explicitement (cf sourate Al-Baqara : Q.2, 275-280), les dettes et la finance Islamique actuelle respecte cet interdit. A l’époque, le résultat d’une monnaie stable et de l’absence de dettes n’a pas tardé à se faire sentir: un boom économique sans précédent. L’or devient central, le commerce est fleurissant, l’État et l’Église s’enrichissent énormément. Il reste quelques exemples incroyables de cette époque à Ravenne et Istanbul.

La magnifique église San Vitale à Ravenne (Italie) où l’on voit la place quasi obsessionnelle qu’occupe l’or à cette époque

J’ouvre une brève parenthèse sur le problème de l’intérêt qui pourrait faire l’objet d’un article à lui tout seul. Par le système des réserves fractionnaires, on sait que les banques multiplient l’argent mais elles ne créent pas l’intérêt de la dette. Comme le décrit B.Lietaer dans son livre « The Future of Money », lorsqu’un particulier emprunte par exemple 100 000 euros sur 20 ans pour acheter une maison, il devra rembourser en plus du capital de 100 000 euros des intérêts de, mettons, 50 000 euros. La banque crée ces 100 000 euros de capital à partir de rien mais elle ne crée pas l’intérêt. Ce particulier se retrouve en compétition contre les autres pour leur prendre les 50 000 euros d’intérêts qu’il doit bien trouver quelque part. Comme toutes les banques font de la sorte cela signifie que ce particulier doit prendre les intérêts en puisant sur le capital d’un autre et ainsi le conduire à la faillite si les banques ne créent pas assez vite d’argent. Les grandes religions condamnent les prêts contre intérêt car c’est un système qui encourage à la compétition plutôt qu’à la coopération et qui entraîne une création monétaire sans fin. Mais la plus grande raison est que le système d’intérêt concentre mathématiquement la richesse dans les mains d’une minorité. L’argent attire l’argent car l’intérêt taxe une vaste majorité en faveur d’une minorité qui reçoit une rente ininterrompue. En 2000, Helmut Creutz a mené une étude unique, complexe, sujette à débat mais néanmoins fascinante. Toute la population allemande a été groupée en 10 catégories de 3.8 millions de ménages chacune selon ses revenus. Sur une année, les transferts en intérêts payés et reçus (le capital est ici exclu) ont totalisé 920 mlds de DM et comme on peut le voir sur le graphique, uniquement par le mécanisme de l’intérêt, la catégorie la plus riche a tout simplement siphonné l’argent des 9 autres.

Comparaison entre intérêt payé et reçu

L’argent est pompé vers la catégorie la plus riche.

Ce transfert est totalement indépendant des compétences, intelligences ou capacité entrepreneuriale de la 10ème catégorie (la plus riche). En décembre 2006, les Nations Unies publiaient un rapport intitulé « World Distribution of Household Wealth » dans lequel on apprend que 50% de la population mondiale possède uniquement 1% de la richesse mondiale alors que les 10% d’adultes les plus riches représentent 85% de la richesse globale des ménages. Ceci devrait encourager une réflexion sur l’aspect étique de la finance Islamique qui condamne l’intérêt !

Je referme la parenthèse et ceci étant, on sait que l’histoire se répète. L’empire dominant n’est plus Rome mais les États-Unis. Une fois encore c’est une guerre, celle du Vietnam, qui marquera le début de la fin de la monnaie de l’empire. Nixon étant incapable d’assumer les coûts de cette guerre, le 15 août 1971, il décide de décrocher le dollar de l’or. Depuis cette date, le dollar a perdu 92% de sa valeur exprimée en or et les dettes ont atteint des niveaux inégalés.

Une fois encore, c’est l’Asie qui est le plus important partenaire commercial. La question étant: quel est le seuil de tolérance au-delà du quel le dollar sera tellement dilué qu’il deviendra inacceptable ?

Risquons un dernier parallèle: il a fallu 400 ans à la monnaie romaine pour être totalement détruite, faudra-t-il 40 ans pour le dollar, ce qui le condamnerait en 2011 ?

À notre époque, les autorités ne diluent plus le métal des pièces de monnaies, elles utilisent l’informatique pour parvenir au même résultat. C’est la monétisation de la dette processus qui consiste pour une banque centrale à créer de l’argent pour acheter une dette publique. Neil Barosky, l’Inspecteur général du plan de sauvetage américain TARP estime que le coût total pour les contribuables américains pourrait atteindre 23 700 mlds de USD. La Fed serait engagée à hauteur de 13 900 mlds de USD. Il est clair que cela fait beaucoup d’argent à créer …

Mais attention, pas de conclusions hâtives, ce besoin en dollars nouveaux sera contré par un phénomène opposé : l’accélération de la déflation monétaire par le non remboursement et non renouvellement de dettes en USD va contribuer à le raréfier. Et comme on va le voir plus loin, la situation des autres devises n’est guère brillante. Ainsi il ne faut pas croire que le dollar va chuter linéairement, il faut s’attendre à des reprises passagères avant la perte de confiance totale dans le USD.

Encore combien de temps avant une nouvelle monnaie mondiale ?

Pour que le dollar perde son rôle de monnaie de réserve, il faut nécessairement qu’une alternative crédible se mette en place (cf la loi de Gresham).

Est-ce qu’une monnaie existante pourrait servir de monnaie de réserve mondiale ?

En juillet 2008, je signais un article “Payera-t-on un jour son pain en bancor” dans lequel je décrivais la naissance prochaine d’une monnaie mondiale. Comme il s’agit là, de l’événement financier le plus important de ce début de 21ème siècle, je crois utile de voir où nous en sommes dans l’accouchement.

Cependant il n’y aurait pas besoin d’évoquer la naissance d’une nouvelle monnaie de réserve mondiale destinée à supplanter le USD si la crise financière devait se résoudre par miracle.

Passons rapidement sur le Yuan chinois dont la valeur est largement dépendante des autorités chinoises. Il en va de même pour le Rouble russe. Le Japon bat tout les records d’endettement et s’enfonce chaque jour plus profondément dans la déflation et le marasme économique. La Suisse est, quant à elle, sur une dangereuse pente qui rappelle l’Irlande ou l’Islande. Les actifs des banques suisses valent 7 fois le PIB du pays (contre deux fois aux US). UBS et Crédit Suisse ont des ratio dette/capitaux propres proche de 70 :1, un record dans le monde bancaire et ces banques ont enregistré d’énormes pertes. C’est sans surprise que l’on voit le CHF plonger et dans ces conditions la garantie de l’État suisse ne pèse pas bien lourd. Au Royaume-Uni, la situation bancaire est moins mauvaise mais les actifs des banques valent tout de même 5 fois le PIB avec un ratio d’endettement de 40 :1. Et la banque centrale anglaise ne se cache pas pour monétiser la Livre Sterling. Ce n’est donc pas ainsi qu’elle pourrait remplacer le dollar. Reste l’euro. Officiellement la Banque Centrale Européenne (BCE) est très prudente et ne monétise quasi rien. Elle n’aurait dépensé que 80 mlds d’euros pour acheter des obligations bancaires ce qui semble dérisoire face aux 1000 mlds de USD que la Fed a utilisé pour acquérir toutes sortes d’obligations contestables. Et pourtant les banques centrales européennes ont augmenté leur bilan de 1500 mlds de USD contre 1200 pour la Fed. Et comme l’écrit le journaliste A.Kaletsky dans le Times: « comme le PIB américain est 12% supérieur au PIB européen, cela revient à dire qu’à PIB égal, les presses de la BCE tournent 50% plus vite que celles de la Fed ! ». Car même si la BCE n’achète pas d’actifs douteux comme sa consœur américaine, elle prête énormément. Rien que fin juin elle battait le record des banques centrales en prêtant, d’un coup, à long terme, 442 mlds d’euros. En plus, la BCE accepte un collatéral de faible qualité en gage des prêts qu’elle octroie. Et que font les banques européennes avec l’argent de la BCE ? Elles ne prêtent quasi rien aux particuliers ou entreprises mais le prêtent volontiers à leurs gouvernements respectifs pour financer leurs déficits! Sans ce mécanisme, les gouvernements grecques, irlandais, autrichien, …etc serait dans d’énormes difficultés. Ainsi les banques échangent via la BCE des titres douteux contre des obligations des gouvernements européens. Ne s’agit-il pas d’une monétisation déguisée par l’intermédiaire des banques commerciales européennes?

Reste donc la naissance d’une nouvelle monnaie. En guise d’introduction et pour mieux comprendre ce qu’est un « Droit de Tirage Spécial DTS » j’invite le lecteur curieux à relire un précédent article plaçant la naissance prochaine d’une monnaie mondiale dans un cadre historique, montrant l’influence de deux puissants “Think Tank” américains et expliquant que la création de l’euro servirait de modèle pour transformer graduellement les DTS du FMI en monnaie mondiale.

Précisons d’emblée que monnaie unique mondiale ne signifie pas une monnaie qui va remplacer toutes les autres. Actuellement le dollar fonctionne comme monnaie de réserve mondiale et sert dans le commerce international en particulier celui des matières premières. Mais le fait est qu’il appartient aux États-Unis et ne peut être utilisé comme moyen de paiement dans tous les pays. Une monnaie unique mondiale serait émise par une banque centrale globale qui ne serait pas liée à un pays spécifique. Il est bien possible qu’à longue échéance, les monnaies traditionnelles disparaîtront mais dans l’immédiat une monnaie unique mondiale serait une devise de plus qui cohabiterait avec les monnaies existantes.

Keynes avait baptisé cette devise « Bancor » et en 1988, le magazine « The Economist » publiait un article dans lequel l’auteur voyait une devise mondiale, appelée « Phoenix » et pleinement implémentée en 2018. En 2001, lors d’une conférence de l’OCDE à Luxembourg, le consultant Charles Goldfinger donnait, lui, le nom de « Géo » à cette monnaie mondiale. La même année, Mundell, lauréat d’un prix Nobel en économie proposait d’utiliser les Droits de Tirage Spéciaux (DTS) « émis » par le FMI comme monnaie mondiale, en les rebaptisant « Intor ». Mais peu importe son nom, pour les défenseurs de cette monnaie mondiale, les avantages sont nombreux. Le site web Single Global Currency qui centralise les données sur la question, liste 20 avantages majeurs. Impossible de les passer en revue dans le cadre restreint de cet article mais citons en quelques uns. Comme l’a déclaré Paul Volcker, ancien patron de la Fed et actuel conseiller d’Obama : « une économie globale nécessite une monnaie globale ». L’existence d’une monnaie globale éviterait aux banques centrales des divers pays de devoir garder des réserves de devises pour protéger leur monnaie nationale. Une monnaie mondiale éliminerait les risques d’une crise monétaire qui survient lorsqu’une monnaie est désertée aux profits des autres. Cette devise universelle supprimerait les risques de dévaluation « compétitive » d’une monnaie nationale au détriment des autres. Elle favoriserait le commerce et réduirait les coûts des entreprises exportatrices qui ne seraient plus obligées de se couvrir contre les risques de taux de change. Contrairement aux monnaies actuelles, la valeur d’une monnaie globale serait fixée par un standard international et non pas par une loi d’offres et de demandes, sur le marché des devises. Ainsi on peut se demander s’il est normal qu’un travailleur d’un pays voit son salaire payé dans une monnaie dont la valeur dépend de facteurs exogènes indépendants de ce travailleur tels le cours des matières premières ou de positions spéculatives liées à cette monnaie. Inversement est-il logique que le CHF joue un rôle aussi important sur le marché des devises alors que la Suisse ne représente que 0.5% du PIB mondial ? Une monnaie globale émise par une banque centrale mondiale éviterait de voir sa valeur dépendre de la politique du gouvernement d’un pays comme c’est actuellement le cas avec le USD dont la valeur est menacée par les déficits qu’Obama ne cesse de creuser.

Rappelons que 70% des réserves monétaires sont en USD. Le 6 juin dernier, le FMI annonçait qu’il était possible de faire un pas « révolutionnaire » en créant, à l’avenir, une nouvelle monnaie de réserve mondiale à la place du USD. John Lipsky, « First Deputy Managing Director » du FMI, déclarait lors d’un forum économique à St Petersburg que les DTS pourraient servir de base pour cette nouvelle monnaie. Lors du dernier sommet du G8, Sarkozy a déclaré que « même si le sujet est difficile, il faudrait avoir un débat sur Bretton Woods ». Précisons que lorsqu’un homme politique parle de « Bretton Woods », il faut comprendre « statu du dollar américain comme monnaie globale de réserve ». Masaharu Nakagawa, le probable futur ministre des finances japonais, après les prochaines élections fin août 2009, a déclaré que le Japon n’achètera plus d’obligations du gouvernement américain à moins qu’elles ne soient émises en yen! Suresh Tendulkar, le conseiller économique du premier ministre indien, lui aussi, pousse son gouvernement à diversifier les réserves du pays hors du USD. Quant aux russes, ils ont déjà souvent déclaré qu’il fallait revoir le rôle du dollar comme monnaie mondiale. D’ailleurs lors du dernier sommet du G8, le président russe a fait sensation en présentant le prototype d’une pièce de monnaie mondiale et inutile de préciser qu’il ne s’agissait pas d’un dollar américain.

A l’initiative de futureworldcurrency.com, le président Medvedev a présenté lors du dernier G8, un prototype de pièce de monnaie mondiale. Elle a été gravée en Belgique et dessinée par le belge Luc Luycx (qui a conçu la face commune des euros).

De même les Chinois multiplient les déclarations, citons par exemple : « c’est un plan réalisable de réformer les DTS actuels et d’en faire une devise réelle qui pourrait remplacer le dollar au cœur du système monétaire » (Li Ruogu, PDG de l’Export-Import Bank of China, 6 juillet 2009).

Mais non seulement il y a des déclarations mais il y a aussi des actes. Le 28 août prochain, le FMI prévoit d’allouer 250 mlds de DTS aux pays membres. Il s’agit là d’une première étape qui vise à renforcer l’usage des DTS entre grands acteurs. Une deuxième étape charnière est lancée: le 2 juillet dernier, le FMI a annoncé qu’il allait émettre pour la première fois, des obligations en DTS pour l’équivalent de 500 mlds de USD et il précise que les pays acheteurs doivent avoir une « forte balance des paiements ». Il s’agit là de la mise en place d’un mécanisme de recyclage des USD pour les gros pays détenteurs (Chine, Japon, pétro-monarchies, ..etc). En application de la loi de Gresham, le succès de cette émission obligataire sera un test crucial pour estimer la vitesse d’implémentation de la nouvelle monnaie globale : est-ce que le monde va se mettre à accumuler des « bons » DTS et dépenser des « mauvais » USD ?

Ainsi on le voit, le processus suit son cours annoncé… Les éditions romaines

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