Egypte : 17 millions de manifestants lancent une deuxième révolution

Le Caire vit des heures de très grande tension depuis dimanche après-midi, avec un rassemblement massif pour réclamer la démission du président Mohamed Morsi, mais aussi des manifestations de ses partisans en ce jour anniversaire de sa prise de fonctions. Toute la journée, des manifestants ont convergé vers la place Tahrir, où des centaines de personnes avaient déjà passé la nuit.

Les opposants ont planté des tentes et tendu des banderoles hostiles à Mohamed Morsi, en ce lieu symbolique de la révolte qui a chassé du pouvoir Hosni Moubarak en 2011. D’autres manifestants anti-Morsi se sont dirigés vers le palais présidentiel situé à Héliopolis, au Caire. Des rassemblements hostiles au président ont également eu lieu dans les provinces.

Dans l’autre camp, ses partisans défendent la « légitimité » du premier président civil. Les Frères musulmans, confrérie dont il est issu, appellent à une « mobilisation générale » pour appuyer le chef de l’Etat.

Ces mobilisations rivales ont donné lieu à de nouvelles violences après des heurts en Alexandrie et dans les provinces du Delta du Nil entre manifestants pro et anti-Morsi qui ont fait huit morts depuis mercredi, dont un journaliste Américain. La police et l’armée ont été déployées pour protéger les établissements vitaux du pays en cas de graves dérapages. A l’origine des appels à manifester contre le président, depuis repris par l’opposition, se trouve Tamarrod (rébellion en arabe), un mouvement qui a revendiqué quelques 22 millions de signatures pour une pétition appelant à une présidentielle anticipée.

(…) Le Parisien

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Commentaires mis en avant (1)

  • Egypte : entre guerre civile et coup d’Etat militaire
    Analyse de Bernard Lugan (30/06/13)

    Deux ans après le départ du président Moubarak, un an après l’élection présidentielle qui vit la victoire de l’islamiste Mohamed Morsi élu le 24 juin 2012 avec 51,7% des voix, l’Egypte est plus que jamais au bord du chaos et de la guerre civile.
    La partie se joue entre quatre forces

    - La première, celle qui a provoqué le départ du président Moubarak est composée de citadins, de gens qui mangent à leur faim, de « privilégiés », de « bourgeois » occidentalisés pouvant s’offrir le luxe de revendiquer la démocratie.

    - La seconde est celle des islamistes, dont les Frères musulmans. Pourchassée depuis des décennies cette force est sortie de la clandestinité en s’abritant derrière les « idiots utiles » du premier groupe pour se réintroduire peu à peu sur l’échiquier politique sur lequel elle a fini par s’imposer.

    - La troisième force est celle qui vit dans les banlieues défavorisées et dans les misérables villages de la vallée du Nil. C’est celle des fellahs besogneux, de ce petit peuple « nassérien » au patriotisme à fleur de peau qui exècre à la fois la bourgeoisie cosmopolite lorgnant du côté de Washington et les barbus qui voudraient ramener l’Egypte au X° siècle. Jusqu’à aujourd’hui, cette force n’a pas bougé.

    - La quatrième force est l’armée dont l’encadrement est coupé en trois : un état-major composé de vieillards soldés par Washington, une fraction islamiste difficile à cerner numériquement et une majorité composée d’officiers et de sous-officiers nationalistes ayant pour modèle le colonel Nasser.

    Au moment où ces lignes sont écrites, l’armée est en embuscade, tirant profit de l’échec politique et économique des Frères musulmans et de l’anarchie qui embrase le pays. La question qui se pose est de savoir quand, et sous quelle forme, elle recueillera le pouvoir.
    Explications.

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