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Europe : « Emplois et salaires en hausse grâce aux immigrés »

Mai
2015

[…] Michael Clemens est un économiste universitaire, membre senior du Centre for Global Development, cela fait des années qu’il enquête sur l’immigration, et il en est arrivé à des conclusions inattendues.

Parmi elles, sa théorie selon laquelle limiter l’immigration revient à « entretenir le plus gros des fossés entre le bien-être actuel de l’humanité et son bien-être potentiel » est la plus marquante.

Ses calculs indiquent que la liberté de franchir les frontières internationales pourrait doubler le PIB mondial.

Hors des considérations politiques – pourquoi les gens migrent-ils vers des pays riches ?

Michael Clemens : Les ressortissants de pays pauvres émigrent essentiellement pour se mettre en sécurité, eux et leurs familles, ainsi que pour obtenir une rémunération décente pour leur travail et leurs études. La sécurité et les perspectives dépendent surtout du pays dans lequel on vit, et 97 % de l’humanité vit dans le pays dans lequel elle est née.

Pour ceux d’entre nous qui sont nés dans des pays prospères, le hasard d’une telle loterie nous semble assez satisfaisant. Les migrants, eux, sont en grande partie des personnes qui ont pris la décision de ne pas laisser le résultat d’une loterie approuvée par d’autres déterminer le cours de leur vie.

Au sein de nos propres pays, nous savons pourquoi les gens partent des quartiers pauvres, dangereux – ou les deux. Ce sont les mêmes raisons qui poussent certains à partir des pays pauvres et/ou dangereux.

Mais il y a deux différences. De nombreuses personnes vivent dans un état d’insécurité et dans une pauvreté à laquelle même les habitants les plus pauvres des pays riches ne seront jamais confrontés, et qu’ils ne peuvent même pas imaginer. Et bien sûr, personne ne se tient à la sortie de ces quartiers pauvres avec un fusil pour empêcher les gens d’en partir.

Mais alors que se passerait-il si l’UE ouvrait complètement ses frontières ? Serait-on envahis par des immigrés venus des pays pauvres ?

Les flux de migrations sont très imprévisibles. On a pu l’observer lors de deux périodes, lorsque le Royaume-Uni a levé les restrictions à l’immigration. En 2004, le Royaume-Uni a levé les restrictions à l’immigration en provenance de la Pologne ; l’immigration était beaucoup plus importante que prévue. En 2014, le Royaume-Uni a levé les restrictions en provenance de la Roumanie ; l’immigration fut bien plus faible que prévue.

Ce dont on peut être certain, c’est que de nombreuses personnes feront des prévisions bruyantes et apocalyptiques. Quand l’Allemagne a levé les restrictions de l’immigration en provenance de Pologne en 2012, les syndicats allemands ont prédit qu’un million de polonais envahiraient l’Allemagne l’année suivante. L’immigration polonaise, en réalité, a atteint 10 % de ce chiffre cette année-là ; les 90 % restants sont le fruit d’une imagination des plus craintives.

Quand les États-Unis ont ouvert leur frontières à la Micronésie, petit pays pauvre et insulaire, en 1986, de nombreuses personnes ont prédit que les Micronésiens envahiraient Hawaï et la Californie. 14 ans plus tard, seulement 6 % de la population de la Micronésie a déménagé aux États-Unis.

Que se passerait-il donc à l’échelle mondiale ? On dispose de quelques données symboliques grâce au sondage Gallup World Poll. Tous les ans, les sondeurs voyagent dans quasiment tous les pays, et posent les mêmes questions à environ 1.000 adultes. Une des questions concerne leur souhait d’émigrer – et si oui, où.

Au final, l’Europe verrait sa population croître de 10 % si toutes les personnes interrogées par Gallup qui ont manifesté le souhait de s’y installer pouvaient réellement le faire. La population de l’Allemagne augmenterait de 23 %, parce que c’est un pays particulièrement attirant et prospère.

Ce sont les chiffres les plus probants que nous avons. Je pense que ces données sont seulement symboliques, parce qu’on ne sait pas dans quelle mesure les souhaits manifestés reflètent les comportements réels. De nombreux interrogés qui répondent « oui » expriment un vague désir et non une véritable intention – comme on pourrait répondre « oui » à un sondage qui demande si l’on souhaite créer une entreprise un jour.

Et nombre d’entre ceux qui répondent « non » pourraient éventuellement changer d’avis s’ils avaient le moyen de faire le voyage sans avoir à payer des trafiquants et risquer leur vie. On ne peut pas en être tout à fait certain, mais les chercheurs en sciences sociales ont observé une tendance systématique de la part des groupes d’intérêts divers à surestimer les flux de migration.

Quel serait l’impact d’un afflux de migrants sur l’économie européenne ?

Les enquêtes à notre disposition montrent que l’immigration a un effet positif sur la croissance économique européenne en général. Cela reste vrai dans les prédictions les plus complexes des économistes concernant l’avenir. Christian Lutz et Ingo Wolter prédisent un effet positif de l’immigration sur la croissance allemande. Katerina Liseknova et Miguel Sanchez prédisent un effet positif de l’immigration sur l’économie du Royaume-Uni. Et ainsi de suite.

J’irais même jusqu’à dire qu’il y a un consensus à ce sujet parmi les économistes. C’est dire ! Les économistes sont connus pour émettre des réserves sur tout. Mais toutes les enquêtes sérieuses dont nous disposons tendent à démontrer les gains importants en termes d’activité économique de la réduction des barrières à la mobilité du travail. 96 % des spécialistes américains de l’économie du travail s’accordent à dire que les gains de l’immigration aux États-Unis excèdent les pertes.

De fait, c’est l’unanimité. Si une poignée d’économistes émet de vagues doutes quant aux dommages que l’immigration peut avoir sur nos économies, ils n’ont généralement pas effectué de recherches économiques sérieuses, critiquées par leurs pairs, et leurs idées devraient être prises comme des opinions politiques plus que comme un point de vue d’expert économique.

À l’évidence, le facteur temporel compte. Il y a de nombreuses raisons de penser que l’effet de l’arrivée d’un million d’immigrés dépendra de s’ils arrivent en trois ou en 20 ans. C’est une réflexion qui manque au débat public, qui envisage plutôt des extrêmes type « Arrêtez-les tous » ou bien « Laissez-les tous entrer immédiatement ».

Un débat plus nuancé pourrait débuter en s’appuyant sur des recherches sérieuses selon lesquelles il y a de gros avantages économiques à l’immigration. De là, on pourrait ensuite débattre pour envisager des pistes de transition qui permettraient de bénéficier de ces avantages.

Le développement économique dans les pays pauvres s’accompagne d’une hausse de l’émigration. Pour les mêmes raisons, on a tendance à observer que les personnes de quartiers périphériques viennent d’autant plus vivre et travailler dans les beaux quartiers que les quartiers périphériques croissent en richesse. Un des plus gros défis politiques du 21e siècle concerne l’élaboration de politiques qui font de la mobilité un avantage économique, plutôt que de construire des blocus maritimes et des camps de détention de masse.

À l’avenir, il est probable que les afflux d’immigrés mènent à une hausse des salaires et de l’emploi du travailleur européen moyen.

Les ouvriers européens connaîtraient-ils une baisse significative de leur salaire ? Est-il possible qu’un marché intègre, disons, des millions de travailleurs supplémentaires, dont certains ne sont pas qualifiés ?

À l’avenir il est probable que les afflux d’immigrés, dans une amplitude significative, mènent à une hausse des salaires et de l’emploi du travailleur européen moyen.

Les meilleures données que nous avons proviennent des travaux des économistes Meete Foged et Giovanni Peri. Personne n’a su générer de meilleures données ou de méthodes scientifiques plus probantes que ces deux chercheurs. Ils ont étudié les salaires et l’emploi de tous les travailleurs danois de 1991 à 2008 (oui, tous les travailleurs) et ont suivi l’impact des arrivées massives de réfugiés originaires de pays tels que la Somalie ou l’Afghanistan. Ces immigrés ont fait augmenter le salaire et l’emploi des autochtones.

Pour le comprendre, il faut prendre un peu de recul. Bien sûr, s’il n’y a qu’un seul emploi dans le secteur des BTP ou de la puériculture et qu’ un immigré occupe cet emploi, cela signifie qu’un autochtone ne l’occupera pas. Mais ce n’est que le début du fonctionnement d’un marché de l’emploi.

Quand il y a présence d’immigrés, les travailleurs autochtones font des choix différents. Ce que Foged et Peri ont montré, c’est que les Danois peu qualifiés s’adaptent à l’afflux de migrants en se spécialisant dans des activités qui impliquent des tâches plus compliquées et moins de travail manuel.

Au-delà de ça, d’autres recherches montrent que les autochtones acquièrent plus de compétences quand l’immigration augmente. Et les entreprises adaptent leurs investissements quand les immigrés arrivent. De manière plus basique encore, on doit voir les travailleurs étrangers non seulement comme des producteurs mais également comme des consommateurs. Les immigrés aux salaires peu élevés tendent à consommer des produits, comme de la junk food et des vêtements bon marché, qui sont produits par d’autres travailleurs peu qualifiés.

Tous ces éléments signifient que les immigrés peu qualifiés tendent à prendre des emplois et à en créer. Les meilleures enquêtes montrent que l’équilibre est positif même dans les endroits où les politiciens et les militants disent le contraire. Informer les gens de ce fait sera un défi permanent car la création d’emplois par les immigrés est un phénomène invisible.

Les États-providence européens ne vont-ils pas s’effondrer si trop d’individus deviennent dépendants d’eux ? Y a-t-il des manières d’atténuer ce phénomène ?

Une discussion raisonnable sur l’immigration et sur les systèmes de sécurité sociale doit reposer sur des faits. Actuellement, les États-providence en Europe dépendent des immigrés, pas l’inverse.

En 2013, une enquête de l’OCDE a observé que le foyer immigré moyen paie environ 2.000 euros d’impôts – en plus que ce qu’il reçoit en allocations. Cela signifie que le travail des immigrés en général est un soutien aux États-providence européens – en aidant les Européens à financer l’éducation de leurs enfants et les soins pour leurs grands-parents. La question est de savoir si les systèmes sociaux européens pourraient survivre sans les immigrés.

C’est aussi vrai, plus particulièrement en Allemagne. Le professeur Holger Bonin a montré que les impôts payés par les étrangers dépassent les allocations d’environ 1.400 euros par an.

Les immigrés soutiennent les non-immigrés, en Allemagne et à travers l’Europe. Il est peu probable que cela change si les flux de migration augmentent. Et pour cause, la raison principale qui explique les trouvailles de l’OCDE, selon les analystes, c’est que les immigrés sont souvent jeunes et bien portants.

Le genre de personnes qui apportent un bénéfice net aux comptes publics. Ce schéma changerait très peu, même si les flux d’immigration augmentent sans que les politiques fiscales et budgétaires ne changent.

De plus, l’État providence peut s’ajuster aux flux migratoires. L’enquête de l’OCDE observe de larges différences entre les pays. L’effet fiscal positif net des immigrés en Norvège est deux fois plus important que celui du Danemark. Au Royaume-Uni, les demandeurs d’asile n’ont pas le droit de travailler. Ils sont demandeurs d’allocations.

Ce qui semble vouloir dire que les électeurs britanniques soutiennent des politiques qui poussent les demandeurs d’asile à ne générer aucun revenu. Ce sont ces mêmes électeurs qui se plaignent des demandeurs d’asile parce qu’ils ne génèrent aucun revenu.

Y a-t-il des problèmes culturels ou sociétaux qui pourraient émerger suite à l’arrivée en Europe d’un nombre significatif de personnes provenant de pays moins développés ?

Nos présupposés sur l’immigration sont si profonds qu’ils imprègnent directement notre langage. Il est habituel de dire que des problèmes sociétaux « émergent » à cause de l’immigration. Mais réfléchissez un moment aux présupposés que cette question implique.

Imaginez qu’une femme est attaquée par des hommes dans la rue tandis qu’elle chemine vers son lieu de travail. Qu’est-ce qui est à l’origine de l’attaque ? Cela dépend de vos présupposés. De nombreuses personnes à travers le monde pensent que les femmes n’ont pas de droit incontestable de travailler ou de se balader dans la rue.

Ces personnes pourraient dire que la cause de l’attaque est que la famille de cette femme l’a autorisée à aller travailler et se balader sans surveillance. Si vous pensez que cette femme a un droit incontestable de travailler et de voyager, vous identifierez l’origine de l’attaque différemment : ce sont les hommes qui l’ont assaillie qui sont à la source de l’attaque.

De la même manière quand des militants se rassemblent pour menacer violemment des immigrés, nombreux sont ceux qui pourraient décrire ceci comme un conflit social qui émerge de l’immigration. En disant cela, vous partez du principe qu’un immigré ne devrait pas se trouver à un tel endroit à un moment donné, de la même manière qu’une femme peut être critiquée pour s’être promenée seule dans la rue.

C’est ainsi que le raisonnement s’auto-justifie. Les gens utilisent l’idée du conflit « émergeant » de l’immigration pour empêcher les immigrés d’avoir le droit de séjourner dans un pays. Mais ce conflit « n’émerge » que si l’on pense que les immigrés n’ont pas le droit de se trouver dans le pays en question. Les arguments qui s’auto-justifient sont des états d’esprit, pas des arguments. Les politiciens devraient dépenser moins d’énergie à fabriquer de la peur et plus d’énergie à formuler des politiques innovantes.

D’accord, mais une émigration facilitée ne serait-elle pas mauvaise pour les pays pauvres dont les immigrés proviennent?

Nous parlons de politique d’immigration. C’est-à-dire que nous ne nous demandons pas si les individus devraient ou non quitter les pays pauvres. On parle de la mesure avec laquelle les pays riches devraient ou non faire obstacle à la migration. C’est ce que font les « politiques d’immigration ». Un visa n’oblige personne à déménager ; un visa est la décision de ne pas empêcher activement une personne de déménager.

Donc, si l’on parle de politique d’immigration, la question « est-ce que l’immigration affecte substantiellement les pays pauvres ? » est la même que « est-ce qu’empêcher activement les individus d’en partir bénéficie substantiellement à ces pays ? » Le moins qu’on puisse dire, c’est que les sciences sociales n’ont produit aucune preuve d’un tel effet.

Serait-ce différent pour les pays pauvres ? Qu’adviendrait-il des régions pauvres d’Afrique ? On n’a pas non plus à se soucier de cela. Les régions d’Afrique qui sont aussi prospères que l’Europe – Johannesburg, Pretoria et Le Cap – ont empêché les Noirs africains d’y travailler et d’y vivre. Nombreux sont ceux qui ont soutenu que c’était bénéfique pour les Noirs africains, que ça les encourageait à « développer » leurs propres terres. Nous n’avons aucune preuve de l’existence d’un tel effet positif.

Vice

(Merci à Erwinn)

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