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Plongée dans les plus grands cimetières d’ordures de la planète

Jan
2015

La croissance des pays émergents, en ouvrant la consommation de masse à des populations nombreuses, remet la problématique de la gestion des déchets au centre des préoccupations environnementales. Des centaines de décharges géantes apparaissent dans le monde, et les normes internationales peinent à faire consensus chez les politiques.Quelle diversité de décharges, ressemblant parfois à des cimetières de déchets, peut-on trouver dans le monde ?

Stéphane Arditi : Les décharges du monde peuvent se singulariser de plusieurs manières. On peut en établir de deux grandes catégories que sont les décharges légales des décharges illégales. Les décharges légales répondent à des standards, des normes qui les obligent à de fortes contraintes.
Par exemple, elles devront comprendre un système de collecte et d’écoulement des eaux de pluie adapté pour éviter une contamination des cours d’eaux de surface ou souterrains. Elles disposeront donc de bassins de collecte.

Il en existe de toutes les tailles : à la fois celles que l’on retrouve dans des pays qui ne disposent pas de grandes surfaces, et où la densité de population est telle que la surface est une chose rare comme au Japon et aux Pays-Bas, et les autres.

Certaines d’entre-elles peuvent contenir jusqu’à plusieurs centaines de millions de tonnes, et couvrir plusieurs hectares. Par exemple Bordo Poniente, à Nezahualcoyotl au Mexique, était l’un des plus grands cimetières de déchets d’Amérique latine. Il contenait 70 millions de tonnes de déchets et a été fermé il y a peu.

Mais les plus importantes que l’on peut trouver sont les décharges illégales, qui voient leurs contenus croître de manière anarchique, et qui posent plus de problèmes environnementaux que les autres.

Que contiennent-elles le plus souvent ?

Il existe bien sûr des différence quant à ce qu’elles peuvent accueillir : des déchets inertes, – qui proviennent le plus souvent du bâtiment – ; des déchets municipaux, et les déchets dits dangereux.

Les décharges illégales sont comme ont comme on peut s’y attendre des modes de gestion incontrôlées. L’arrangement des déchets y est très négligé. Contrairement à des décharges légales où l’on creuse des alvéoles, elles sont celles où les impacts sociaux et environnementaux sont les plus fortes.

On les retrouve principalement en Afrique de l’Ouest, au Ghana ou encore au Nigéria. Elles existent depuis parfois plus de 10 ans, et il est donc aujourd’hui très compliqué de vouloir les assainir. Ces dernières souffrent de multiples problèmes: à la fois des problèmes en termes de gestion, mais aussi en termes d’infrastructures.

De plus, on observe qu’il y a souvent des économies parallèles et informelles locales qui s’y développent, ce qui rend leurs résolutions d’autant plus difficiles. Les déchets électriques et électroniques sont ceux qui croissent aussi vite que notre accès à des biens de haute technologie.

Comment serait-il possible de régler le problème de ces décharges illégales ?

On se confronte, avec cette problématique, à un manque important de moyens. L’activité économique qui s’y est greffé rend le problème plus compliqué, en ajoutant aux problématiques environnementales une dimension humaine.

Dans le meilleur des mondes, il pourrait y avoir une règlementation mondiale où les décharges illégales seraient ou nettoyées, ou transformées en décharges légales. Il existe des programmes nationaux, gérés notamment par les Nations-Unies, qui aident ces pays, mais de manière trop marginale.

Et malheureusement, quand on voit la difficulté à entériner des accords mondiaux sur le climat, on peut imaginer la difficulté qu’il pourrait y avoir sur la problématique des déchets dans le monde.

Mais certaines choses pourraient être modifiées. Les coûts de traitement des déchets dans les décharges illégales sont très faibles, ce qui encourage les économies de l’ouest, malgré la règlementation, à y envoyer leurs déchets.

Si l’Europe prenait par exemple des mesures strictes sur l’exportation des déchets dangereux hors zone OCDE, vers des installations où les standards sont équivalents aux nôtres par exemple, ces mêmes décharges s’adapteraient aux autres types de déchets moins problématiques : cette mesure aurait donc des effets multiplicateurs et bénéfiques.

De même, il serait tout à fait salutaire que les produits que nous consommons tous les jours puissent être élaborés de manière à ce que leurs recyclage puisse être valorisés, en utilisant par exemple moins de produits toxiques.

Atlantico

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