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Etre pauvre, c'est quoi ?

Oct
2009

Une analyse de la pauvreté par une approche sur les conditions de vie met en évidence une vision restrictive du phénomène.
La définition de la pauvreté dans les sociétés riches est un débat récurrent [1] . Le plus souvent, il porte sur le seuil monétaire en deçà duquel on est considéré comme pauvre (50 % ou 60 % du revenu médian). Un article de la revue de l’Insee Economie et statistique [2] nous invite à une autre approche de la pauvreté, celle des conditions de vie.

Le nécessaire. Etre pauvre, rappellent Jérôme Accardo et Thibault de Saint Pol, peut être défini comme le fait d’être victime de privations. Encore faut-il préciser lesquelles.

A travers l’enquête « Standards de vie » réalisée par l’Insee en janvier 2006 auprès de 5 900 personnes, ils observent ­quelles sont les privations jugées les plus inacceptables par les personnes interrogées.

Conclusion : l’opinion publique ne se met d’accord que sur une sorte de noyau essentiel : « le consensus n’est net que sur un petit nombre de privations, témoignant d’une vision restrictive de la pauvreté limitée aux privations alimentaires sévères, aux manques fonctionnels relatifs à l’habillement, à la très mauvaise qualité du logement et aux difficultés à se soigner », expliquent les chercheurs.

Logiquement, l’accès des enfants à ces éléments de base est largement perçu comme une nécessité : 90 % des personnes interrogées jugent inacceptable de « ne pas pouvoir payer à ses enfants des vêtements et des chaussures à leur taille », 89 % de « ne pas pouvoir payer des appareils dentaires à ses enfants » et 86 % de « ne pas avoir assez de rechange pour envoyer ses enfants à l’école avec des vêtements toujours propres ».

Pour l’ensemble de la population, « se priver régulièrement d’un repas plusieurs fois par semaine », « être obligé de vivre dans un logement sans eau chaude », « ne pas pouvoir se payer de prothèses auditives » sont les items jugés les plus inacceptables.

Le superflu. A l’opposé, tout ce qui relève du loisir, des communications ou des nouvelles technologies n’est pas jugé le plus souvent comme indispensable.

Ainsi, 3 % seulement des personnes interrogées pensent qu’on ne peut se passer d’un lecteur de DVD, 4 % d’un lave-­vaisselle et autant de cigarettes, 7 % d’un téléphone mobile et 8 % d’un ordinateur.

Pour les auteurs, « c’est leur association avec des notions de confort, de détente, de plaisir qui les fait ranger par les enquêtés parmi les biens dont on peut se passer ». Ils ne relèvent pas de lien entre la diffusion de certains biens ou services et le côté plus ou moins inacceptable de la privation. « Ce qui semble ainsi prédominer est une norme de besoins définie de façon absolue par le souci d’assurer la satisfaction des fonctions indispensables à la survie, à l’exclusion d’autres considérations plus généreuses », indiquent-ils.

Jérôme Accardo et Thibault de Saint Pol ont par ailleurs étudié les résultats d’enquêtes similaires au niveau européen. Ils y retrouvent le même type d’enseignements, l’absence de soins médicaux pour les enfants arrivant en tête. Avec des nuances selon les pays.

Les pays les plus pauvres (Grèce, Bulgarie, Roumanie…) sont ceux qui ont la définition la plus large de la pauvreté, alors que les plus riches ont la plus restrictive.

Les 10 privations jugées les moins acceptables par les Français

Part de la population jugeant « inacceptable »…

%

Ne pas pouvoir payer à ses enfants des vêtements et des chaussures à leur taille

90

Ne pas pouvoir payer des appareils dentaires à ses enfants

89

Se priver régulièrement d’un repas plusieurs fois par semaine

89

Être obligé de vivre dans un logement sans eau chaude

88

Ne pas pouvoir se payer de prothèses auditives

88

Être obligé de vivre dans un logement humide (moisissures, condensation sur les murs)

87

Ne pas pouvoir maintenir la température du logement au-dessus de 16° en hiver

86

Pas assez de rechange pour envoyer ses enfants à l’école avec des vêtements toujours propres

86

Pas de salle de bain à l’intérieur du logement

85

Ne pas pouvoir se payer de prothèses dentaires (couronne,bridge, …)

84

Source : Insee, données 2006

———————–

(1) Voir par exemple « La France compte-t-elle 8 millions de pauvres ? », par Louis Maurin, Observatoire des inégalités, février 2009. Disponible sur www.inegalites.fr

(2) N° 421, 2009, disponible en ligne sur www.insee.fr

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