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Les banques chinoises au bord de la crise

Déc
2013

Une pénurie de liquidités sur le marché interbancaire a contraint la Banque centrale à intervenir en urgence.

La Chine est-elle à l’aune d’une crise financière majeure ? Les tensions observées ces derniers jours entre les banques chinoises, comme la vive réaction de la Banque populaire de Chine (PBOC), la banque centrale, le laissent craindre à certains observateurs.

Jeudi 19 décembre, cette dernière a annoncé avoir procédé à des injections de liquidités à court terme sur les marchés, sans en préciser le montant.

Objectif : éteindre la flambée des taux interbancaires, ceux auxquels les banques se prêtent de l’argent, révélant que ces dernières ne se font plus confiance. Au risque que les plus fragiles ne parviennent plus à se financer. C’est ce qu’on appelle une crise de liquidités (cash crunch en anglais).

Les mesures de la PBOC ne sont pas sans rappeler, à une moindre échelle, celles prises par la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne après la chute de Lehman Brothers, en 2008, pour éviter la paralysie du système financier. Mais l’intervention de la PBOC n’a pas suffi à rassurer complètement les investisseurs chinois : vendredi 20 décembre au matin, le taux des prises en pension à sept jours – l’un des indicateurs représentatif de la situation de la liquidité sur le marché – était de 8,1277 %. Il s’agit de son plus haut niveau depuis six mois.

Difficiles réformes du système financier

Pour tenter de calmer le jeu, la banque centrale s’est résolue à dévoiler, vendredi après-midi, qu’elle a injecté plus de 300 milliards de yuans (36 milliards d’euros) sur trois jours, à destination de plusieurs banques cibles. « Cela montre que ces dernières ont du mal à respecter leurs ratios de prêts sur dépôt, et surtout, à saisir le message clé de la PBOC, qui ne veut plus leur ouvrir son guichet de refinancement sans limite », commente Claude Meyer, spécialiste de la Chine à Sciences Po.

Cet épisode est aussi symptomatique des difficultés de la Chine à réformer son système financier, sans déstabiliser l’ensemble de ses marchés. Il rappelle de près celui traversé par le pays en juin. A l’époque, la PBOC avait déjà déclenché, malgré elle, une pénurie de liquidité en tentant de lutter contre l’emballement du crédit.

Depuis quelques années, les banques chinoises ont tendance à abuser des financements de court terme afin de réaliser des placements à long terme, souvent de nature spéculative, notamment par l’intermédiaire du « shadow banking », ou système bancaire parallèle.

Des établissements accordent des prêts à des entreprises publiques ou à des collectivités locales parfois peu solvables, hors des circuits classiques, et, donc, hors de toute régulation.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), le total cumulé des prêts classiques et des « crédits non traditionnels », accordés par le « shadow banking », s’élève aujourd’hui à 200 % du PIB, contre 130 % en 2008.

Cette bulle de crédit, si elle éclate, pourrait provoquer des dégâts ravageurs, obligeant probablement l’État à voler au secours de certaines banques pour les renflouer. Ce qui ferait s’envoler la dette publique, aujourd’hui évaluée à 45 % du PIB par le FMI. « Pour contraindre les banques à se montrer plus sérieuses et freiner l’accroissement du crédit, la PBOC essaie de faire remonter doucement le taux interbancaire », explique Nie Wen, économiste chez Huabao Trust, une compagnie financière de Shanghaï.

Éviter la panique

Voilà pourquoi, en juin, elle a resserré une première fois sa politique monétaire. Mais trop vite, semant la panique parmi les banques, ce qui l’a contrainte à revenir un peu en arrière.

Entre-temps, la libéralisation des taux d’emprunts accordés par les banques – entrée en vigueur en juillet – a accéléré encore un peu l’emballement du crédit. Début décembre, la banque centrale a donc de nouveau réduit ses opérations régulières d’injection de liquidité, relançant ainsi les tensions. « Mais cette fois, elle a réagi bien plus vite, afin d’éviter que la crise ne soit aussi grave qu’en juin », commente Lu Ting, analyste chez Bank of American Merrill Lynch. « Cela montre aussi qu’elle a encore du mal à doser ses mesures », ajoute Mark Williams, chez Capital Economics.

La PBOC tente de minimiser le problème, arguant que, cette fois, le déséquilibre entre l’offre et la demande de liquidité est moins lié à son action qu’à certaines obligations réglementaires ponctuelles de fin d’année, qui contraignent les établissements financiers à renforcer leurs fonds propres.

Selon les informations du Financial Times du lundi 23 décembre, les autorités chinoises ont appelé, ce week-end, les médias locaux à ne pas donner un écho disproportionné à ces tensions, leur interdisant d’employer les mots chinois pour « cash crunch ». Ces directives, loin de rassurer, révèlent plutôt le niveau d’inquiétude de Pékin.

Manque de transparence

Les analystes reconnaissent toutefois que les troubles sur le marché interbancaire semblent moins graves que ceux de juin. Ils soulignent en revanche que la PBOC peine à maîtriser sa communication.

Celle-ci a l’habitude d’intervenir sur le marché monétaire sans divulguer le détail de ses opérations. A l’avenir, elle devra se monter plus transparente, à l’exemple de la Fed ou de la BCE, afin d’éviter de paniquer inutilement les marchés. « La libéralisation des taux d’emprunt va lui poser de grands défis », estime Lu Ting. Et cela, d’autant plus que le « shadow banking » est encore loin d’être sous contrôle.

Risque-t-il, à terme, de plonger le pays dans une grave crise financière ? Peut-être pas, car en réagissant promptement, la PBOC a prouvé qu’elle fera tout pour l’éviter. « Si nécessaire, nous continuerons d’apporter des liquidités aux institutions financières qualifiées », a-t-elle indiqué en fin de semaine dernière.

Reste que, selon les analystes, seules de vraies réformes structurelles du système bancaire parallèle, avec épuration des créances douteuses et lutte contre la corruption locale, permettront d’éloigner vraiment le risque de crise. D’ici là, les épisodes de vifs regains des tensions, comme celui observé ces jours-ci, risquent de se multiplier.

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