La série d’été Inquisitio proposée par France 2 et dont les deux premiers épisodes ont été diffusés mercredi 4 juillet, met en émoi une partie des catholiques. Tout en reconnaissant la période « difficile » que constitue l’Inquisition dans l’histoire de l’Eglise catholique, ils contestent l’image caricaturale que donne cette fiction de l’institution au 14ème siècle.
Le porte-parole de la conférence des évêques de France lui-même a réagi. Dans un communiqué publié mercredi, Mgr Bernard Podvin écrit: « je pleure et m’indigne de songer qu’à l’audimat, beaucoup risquent de se croire instruits par cette manière tendancieuse d’honorer l’histoire humaine et religieuse…. ». « Plusieurs universitaires médiévistes, peu suspects de complaisance envers l’Eglise catholique, nous disent combien ils sont atterrés par cette série », assure-il et de citer « entre autres points scandaleux, le traitement indigne réservé à la grande mystique Sainte Catherine de Sienne ». C’est en effet ce dernier point qui est le plus attaqué par les catholiques.
Une fronde justifiée?
Frigide Barjot, chroniqueuse et catholique militante dénonce « une nouvelle et grossière charge anti-catholique ». Récusant l’image de « véritable terroriste bactériologique de la peste, qui n’hésite pas à répandre la mort », donnée à Catherine de Sienne par le feuilleton, elle se dit « bouleversée par ce mensonge outrageant sur la personne de la Sainte, théologienne mystique, patronne et docteur de l’Eglise, qui passa sa vie à tenter de la réunifier autour d’Urbain VI, par sa prière et ses inlassables recommandations de paix – et de demandes de grâce pour les hérétiques condamnés par l’inquisition ». Elle invite les téléspectateurs à protester auprès de France 2, demande à la chaîne d’organiser un débat avec des historiens et renvoie sur des liens pour « rétablir la vérité avec douceur, respect et humour ». [...]
Vidéo parodique :
L’avis des historiens :
http://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=1722
Extrait :
« Totalement fictive, l’action se situe en 1380 à Carpentras et Avignon. …Palpitante, la série peut se regarder comme un excellent polar «gothique» sous réserve de prendre du recul par rapport au contexte historique, caricatural autant qu’il est possible…
Plus gravement, la série donne une représentation caricaturale et proprement grotesque de la papauté et de l’Église médiévale.
Son scénario est bâti sur une machination diabolique de Catherine de Sienne qui veut répandre la peste dans les villes de Carpentras et Avignon en vue de dresser les habitants contre le pape Clément VII. C’est un peu comme si l’on montrait de Gaulle décidant en 1943 de faire brûler des villageois dans leur église pour les punir de s’être ralliés au maréchal Pétain, voire au général Giraud.
Rien à voir avec le souvenir que conserve l’Histoire de Catherine de Sienne.
Les seuls personnages «positifs» de la série sont un jeune médecin de la communauté juive de Carpentras et une belle sorcière rousse, laquelle pratique la divination par les cartes et guérit les pestiférés à coup d’onguents mais aussi d’invocations à une divinité païenne.
Ainsi aboutit-on à une effarante confusion mentale qui conduit nos «créateurs» du service public à valoriser les pires superstitions pour mieux noircir la religion chrétienne.
C’est à se demander comment l’Église médiévale a pu juguler la violence des temps barbares, apprendre aux hommes à tisser entre eux des liens de confiance, leur donner l’espoir d’un avenir meilleur, susciter la création de magnifiques cathédrales et même amorcer l’émancipation des femmes (il y aura un recul à la Renaissance sous l’influence de la pensée antique et païenne). »