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L'Egypte fait face à la plus grande manif de son histoire

Juil
2013

L’armée égyptienne estime à «plusieurs millions» le nombre de manifestants qui défilent ce dimanche pour réclamer le départ du président Mohamed Morsi. Les tensions ont fait au moins quatre morts.

Il s’agirait «de la plus grande manifestation dans l’histoire de l’Egypte», a commenté une source militaire sous couvert de l’anonymat.

Comme au plus fort du soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011, la place Tahrir s’est transformée dimanche en mer de drapeaux rouge-blanc-noir, et les slogans n’ont pas changé : «Le peuple veut la chute du régime», ont scandé les manifestants, un an jour pour jour après la prise de fonction de Mohamed Morsi.


La foule, estimée à 200.000 personnes en fin d’après-midi, a progressivement grossi à mesure que la journée avançait et que la température diminuait, contrastant avec les rues par ailleurs pratiquement désertes de la capitale.

Les Frères musulmans ont annoncé en soirée que leur quartier général au Caire avait été attaqué par des manifestants antigouvernementaux. Ces personnes ont tiré des coups de feu et lancé des des cocktails Molotov et des pierres.

Des manifestations avaient lieu également dans de nombreuses autres villes, comme à Alexandrie où plus de 100.000 personnes étaient rassemblées. Au moins trois permanences des Frères musulmans ont été incendiées dans le delta du Nil, selon des sources sécuritaires.

Violences évoquées

Des affrontements entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi ont fait au moins quatre tués et des blessés.

Les opposants, notamment libéraux, dénoncent une dérive autoritaire du chef de l’Etat. Ils accusent les Frères musulmans de vouloir accaparer tous les pouvoirs et d’avoir trahi les objectifs de la révolution, dont la justice sociale et le respect des libertés individuelles.

D’autres manifestants souhaitaient plus prosaïquement protester contre la dégradation de leurs conditions de vie, alors que la situation économique et sécuritaire s’est détériorée depuis la «révolution du Nil».

La présidence a affirmé que «le dialogue est la seule façon pour parvenir à une entente» et qu’elle était «ouverte pour lancer un véritable et sérieux dialogue national».

Morsi se défend

L’opposition a déjà ces derniers jours rejeté des offres identiques, estimant qu’elles étaient de pure façade.

Le porte-parole de la présidence a exhorté les manifestants à maintenir la «nature pacifique» de leur mouvement. «Le dialogue est la seule façon pour parvenir à une entente», a dit Ehab Fahmy, ajoutant que la présidence était ouverte pour lancer un véritable et sérieux dialogue national.

Mohamed Morsi, dont 20.000 partisans étaient rassemblés devant une mosquée du quartier périphérique de Nasr City, non loin du palais présidentiel, s’est dit résolu à tenir tête à ce qu’il présente comme une remise en cause antidémocratique de sa légitimité électorale, émanant selon lui de partisans de l’ancien régime.

«Une voie sans issue»

Si les deux camps assurent vouloir éviter les violences qui ont ensanglanté l’Egypte ces derniers jours, beaucoup craignent que des affrontements n’éclatent en soirée si les opposants tentent d’organiser un sit-in devant le palais présidentiel.

Le chef de la sécurité du Caire a annoncé dimanche que 140 «fauteurs de troubles» connus des services de police avaient été arrêtés ces 24 dernières heures, certains avec des armes.

Certains opposants espèrent que l’armée, déployée en force dans les rues, interviendra pour forcer la main au président égyptien, voire pour reprendre le pouvoir qu’elle lui a restitué il y a un an.

«Nous avons tous l’impression de marcher sur une voie sans issue et que le pays va s’effondrer», a commenté un des chefs de file de l’opposition libérale, Mohamed ElBaradei. L’opposition dit avoir recueilli 22 millions de signatures pour sa pétition en faveur de profonds changements dans le pays.

La révolution continue

L’armée, dont Mohamed Morsi a reçu samedi le chef d’état-major – qu’il a lui-même nommé l’an dernier – pour faire le point sur les mesures de sécurité, a prévenu qu’elle ne tolérerait aucun débordement.

Sur la place Tahrir, les manifestants ont tendu de grandes banderoles proclamant «La révolution continue», «Dehors, dehors comme Moubarak» ou «Obama soutient le terrorisme», en allusion aux appels du président américain au dialogue et au respect de la légitimité des urnes.

Tribune de Genève

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