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1609 : la première grande banque européenne est née

Fév
2013

Les débats actuels sur la politique économique que devrait mener la Banque centrale européenne (BCE) pour relancer l’activité en Europe illustre l’importance du rôle des institutions monétaires.

Tous les grands pays se sont dotés d’une banque centrale, dont le rôle a certes évolué dans le temps : la Banque d’Angleterre a été créée en 1694 pour trouver les fonds nécessaires au financement des dépenses militaires ; la First Bank of the United States naquit en 1791 pour gérer l’émission du dollar et deviendra la Réserve fédérale américaine (Fed) en 1913 ; la Banque de France fut fondée par Bonaparte en 1800 ; la Banque d’empire en Allemagne (l’ancêtre de la Bundesbank) apparut en 1875 peu après la réunification des Etats allemands et la création du mark (1871).

Mais la première grande banque européenne fut la Banque d’Amsterdam (Amsterdamsche Wisselbank), qui vit le jour en 1609. Sa création est liée à la situation particulière des Provinces-Unies au début du XVIIe siècle. Ce nouvel Etat regroupait sept régions auparavant possessions espagnoles.

Elles avaient proclamé leur indépendance en 1579 qui ne fut reconnue par l’Espagne, après une longue guerre, qu’en 1648 (traité de Münster entérinant la partition des anciennes terres espagnoles en deux entités : au sud, la future Belgique catholique encore soumise à l’Espagne, et au nord les Provinces-Unies indépendantes et protestantes).

AFFLUX DE POPULATIONS JUIVES

Celles-ci étaient devenues entre-temps une nouvelle puissance. Elles avaient mis en place un régime politique « républicain ». Elles bénéficiaient d’un afflux de populations juives (expulsées d’Espagne et du Portugal) et protestantes (fuyant l’autoritarisme et les persécutions religieuses en Flandres espagnoles).

Cela contribua à faire des Provinces-Unies un lieu d’initiative économique où l’esprit du capitalisme allait se développer, d’autant plus que les grandes cités marchandes du Sud (comme Bruges et Anvers) connaissaient un déclin prononcé en raison des guerres et du départ de nombreux marchands et financiers.

De plus, les Provinces-Unies s’étaient dotées d’une flotte marchande et militaire dépassant toutes ses rivales européennes (trois fois plus importante, alors, que la flotte anglaise). Les Hollandais devinrent ainsi au début du XVIIe siècle les premiers transporteurs européens de marchandises et s’engagèrent dans le commerce lointain.

Ils créèrent en particulier en 1602 la célèbre Compagnie des Indes orientales, la VOC (Vereenigde Oost-Indische Compagnie), société par actions qui possédait ses navires et son armée et obtint le monopole du commerce avec l’Orient.

Dans ce contexte, la Banque d’Amsterdam, créée à l’initiative du Conseil de la ville, administrée par trois commissaires renouvelés tous les ans, a la particularité de ne pas émettre de monnaie papier ou métallique. Son objectif premier était de mettre fin à l’anarchie monétaire causée par la grande diversité des monnaies de valeurs très inégales en circulation, issues des différentes régions avec lesquelles les Hollandais commerçaient, mais provenant aussi du fait qu’« Amsterdam servait alors de place de règlement des soldes bilatéraux de transaction entre les pays européens et centralisait aussi une bonne partie des flux de capitaux qui circulaient sous forme de métaux précieux », selon Lucien Gillard (La Banque d’Amsterdam et le florin européen au temps de la République néerlandaise, 1610-1820, Editions de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, 2004). Ainsi, les Provinces-Unies auraient capté environ la moitié des métaux provenant d’Amérique.

DÉPÔTS EN TOUTE SORTE DE MONNAIES, MÊME MAUVAISES

De plus, alors que les autres pays européens luttaient contre les sorties d’or et d’argent, elles autorisaient les résidents à les exporter. « C’était en quelque sorte ce droit qui faisait affluer le métal », poursuit M. Gillard.

Il s’agissait aussi de proposer un instrument monétaire crédible et stable. Pour ce faire, la banque acceptait des dépôts en toute sorte de monnaies, même mauvaises (évaluées à leur valeur intrinsèque, c’est-à-dire dépendant de leur teneur en métal précieux), et autorisait des retraits en « bonne monnaie », impliquant le paiement d’une commission.

Les excédents des dépôts sur les retraits alimentaient un compte tenu par la banque qui permettait aux clients d’effectuer des paiements par virement au profit du compte de leurs créanciers, et ce gratuitement. Cette pratique était de fait imposée par l’ordonnance du 31 janvier 1609, qui imposait que toute transaction supérieure à 600 florins dût se faire par virement bancaire, ce qui obligea les marchands à effectuer des dépôts pour alimenter leurs comptes. L’instrument utilisé était le « florin de banque ».

Puis, en 1683, les déposants durent s’acquitter d’une sorte de frais de garde, payables tous les six mois ou au moment du retrait si celui-ci se faisait avant ce délai. De plus, il fut exigé des clients le paiement de 10 florins à l’ouverture d’un compte, et le versement d’un intérêt de 3 % en cas de découvert.

Mais les clients, à l’abri des vols, bénéficiaient des facilités de paiement en cette monnaie de banque, de la crédibilité de la banque et du fait que le florin de banque bénéficiait d’une valeur supérieure au florin courant en circulation, cette différence, l' »agio », mesurant « l’augmentation que l’on donne à l’argent courant pour avoir de l’argent de banque ».

ADAM SMITH LA DONNA EN EXEMPLE

La notoriété de la Banque d’Amsterdam et sa capacité à effectuer des opérations de change entre la plupart des monnaies européennes, faisant d’elle une sorte de Banque des règlements internationaux (BRI), furent telles que l’économiste Adam Smith la donna en exemple dans son Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776).

Mais c’est alors qu’elle amorça son déclin. Après un effondrement boursier survenu en 1763, elle perdit de sa crédibilité en raison de prêts non autorisés portant sur des millions de florins, qu’elle avait accordés à des débiteurs insolvables (1794). Puis la création de la Banque des Pays-Bas, en 1814, lui porta un coup fatal : elle ferma en 1820. Son « florin banco » joua le rôle de monnaie européenne de fait aux XVIIe et XVIIIe siècles, puisqu’elle servit à la fois de monnaie de réserve, de transaction et de compte.

La BCE ne pourrait-elle pas aujourd’hui s’en inspirer pour faciliter les règlements entre les Etats de l’Union et l’aide des Etats « riches » aux Etats « pauvres », en créant un « euro banco » par un jeu d’écriture, évitant ainsi la crainte (sans doute injustifiée) d’un retour de l’inflation dans le cas où la BCE émettrait de la monnaie « courante » pour financer les déficits publics et soutenir l’activité ?

 

Dates :

1472 Naissance de la plus vieille banque du monde encore en activité, la banque Monte dei Paschi di Siena, en Italie.

1579 Acte d’Union des sept provinces (Gueldre, Hollande, Zélande, Utrecht, Frise, Overijssel et Groningue) en lutte contre l’Espagne, acte de naissance des Provinces-Unies.

1602 Création de la Compagnie des Indes orientales.

1609 Création de la Banque d’Amsterdam puis de la Bourse d’Amsterdam en 1613.

1621 Compagnie néerlandaise des Indes occidentales.

1661 Johan Wittmacher (Johan Palmstruch) invente en Suède les papiers de crédit, ancêtres des billets de banque.

1694 La Banque d’Angleterre est fondée pour financer les guerres contre la France.

1716 John Law crée une Banque générale, émettant un papier-monnaie qui possède en principe la même valeur que les monnaies métalliques.

1789 L’Assemblée nationale confisque les biens du clergé puis émet des billets dont la valeur est « assignée » sur ces biens : les assignats.

1795 France : alors que 20 milliards de livres en assignats circulent, leur valeur s’est dépréciée de plus de 99 %. Ils sont abandonnés en 1796.

1801 Création de la Bourse de Londres.

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