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Du colza pour dépolluer Tchernobyl

Déc
2010

Pour réduire la contamination radioactive des sols, de nouvelles méthodes scientifiques sont expérimentées avec le soutien salutaire d’experts japonais.

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Près de vingt-cinq ans après la catastrophe [qui a eu lieu le 26 avril 1986], les habitants qui, en dépit des lois et des interdictions, sont restés vivre dans les environs de Tchernobyl ont peut-être enfin de quoi espérer.

Dans le cadre du CRDP, le Chernobyl Recovery and Development Programme [Programme de réhabilitation et de développement de Tchernobyl], développé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la région peut s’attendre à de véritables changements. La communauté internationale met l’accent sur la nécessité d’une transition vers une vie stable dans ces territoires où la contamination radioactive a diminué de façon significative depuis 1986.

Mais la situation reste peu réjouissante dans le domaine de la santé. Car des gens vivent encore sur les terres polluées par les radiations, y compris dans des villages d’où ils auraient dû être évacués depuis longtemps.

Contamination des cultures

A l’occasion d’un entretien avec Den, Natalya Klymtchouk, assistante du médecin chef du dispensaire régional, a déclaré que la fréquence des maladies liées aux radiations augmentait chez les adultes comme chez les enfants. Il s’agit surtout de maladies du sang, des organes hématopoïétiques et du système endocrinien.

Par ailleurs, de nombreux habitants souffrent d’une altération de leur système immunitaire, de problèmes digestifs et de troubles du métabolisme. D’après cette spécialiste, seuls 1 à 2 % des enfants qui naissent ici seraient en bonne santé. Une des causes principales de cette situation, toujours selon le Dr Klymtchouk, serait la consommation de produits cultivés dans la terre contaminée par des éléments radioactifs.

Cette réalité a entraîné un changement de stratégie de la part d’associations humanitaires comme Tchernobyl-Chubu, association d’aide pour Tchernobyl mise en place par le district de Chubu, au Japon. Jusqu’à présent, cette ONG se préoccupait avant tout de fournir à l’Ukraine des médicaments et des équipements médicaux.

Les Japonais ont entre-temps lancé le projet “Colza pour la réhabilitation de la région de Narodytchi”. Un des acteurs clés de ce projet, le biologiste Masahara Kawata, a d’ailleurs été fait citoyen d’honneur de la région de Narodytchi.

Comme l’explique Evguenia Don­tcheva, directrice adjointe de l’association humanitaire Otages de Tchernobyl, c’est par son intermédiaire que passent toutes les opérations d’aide. Car les Japonais n’ont confiance que dans les organisations non gouvernementales.

A l’en croire, le financement japonais se monterait à 9,3 millions de yens [84.000 euros]. Du côté de Tchernobyl-Chubu, on précise que cette évaluation recouvre à la fois les dons privés et le coût des bourses d’études, dont la majeure partie provient du fonds japonais d’épargne postale.

Pour garantir la supervision scientifique, les dirigeants d’Otages de Tchernobyl se sont tournés vers les professionnels de l’université nationale agroécologique de Jytomir.

D’après le coauteur du projet, Tomiyo Hara, l’utilisation du colza devrait permettre de diminuer la quantité de radioéléments présents dans le sol de Tchernobyl (où le taux de radioactivité dépasse significativement les normes en vigueur), sachant que cette plante absorbe les éléments radioactifs plus efficacement que les autres cultures. Une fois cette étape franchie, il sera possible de cultiver d’autres plantes.

On espère ainsi parvenir à une réduction importante de la pollution de la production agricole, afin de lutter contre la contamination des habitants liée à la consommation de légumes locaux. Cette consommation est en effet une des causes de l’augmentation de la fréquence des maladies. Jamais un tel projet n’a été mis en œuvre à une aussi grande échelle dans le monde, souligne Tomiyo Hara.

Il fait en outre remarquer que l’huile tirée du colza peut servir à la fabrication de biocarburant. Et pour limiter le volume de la biomasse (tiges et feuilles) où vont se concentrer les radioéléments absorbés dans le sol, il est possible de l’utiliser pour produire du biogaz. Lequel ne devrait pas contenir d’éléments radioactifs tels que le strontium et le césium, du moins pas à des concentrations dangereuses.

Un projet sur cinq ans

L’accord de collaboration sur le projet “Colza pour la réhabilitation de la région de Narodytchi” a été conclu entre cinq parties : l’association Tchernobyl-Chubu, l’association Otages de Tchernobyl, le conseil régional de Narodytchi, l’administration régionale et l’université nationale agroécologique de Jytomir.

Comme l’explique Mykola Didoukh, le directeur de l’institut scientifique chargé des problèmes écologiques régionaux, qui dépend de l’université nationale agro­écologique, son institut sera responsable de la réalisation de la partie expérimentale. Depuis longtemps déjà, cet institut travaille sur la question de la réhabilitation des terres de la région. En 2007, Anton Malinovsky, le recteur de l’institut, a publié une monographie sur ce sujet, intitulée Renaissance systémique des terres agricoles dans les régions contaminées par la radioactivité.

Avant de prendre part à cette expérience de culture du colza, les scientifiques ukrainiens ont déjà procédé à certaines expérimentations. Selon les informations de Didoukh, le projet devrait s’étaler sur cinq ans. Une fois celui-ci achevé, l’administration locale obtiendra des conseils et des recommandations pour la réhabilitation des terres contaminées par la technique de la culture du colza et pour la production de biocarburant et de biogaz.

Identifier la variété adaptée

D’après les calculs des scientifiques, la région de Narodytchi comprend environ 10.000 hectares de terres contaminées qu’il serait possible de réhabiliter aux fins d’exploitation agricole. Malgré tout, comme le remarque Didoukh, il n’est pas certain que les paysans de la région se remettent à travailler leurs terres avec enthousiasme.

La cause principale en est la nécessité de recourir à des techniques agricoles complexes que les agriculteurs de la région ne maîtrisent pas. La phytoremédiation – la réhabilitation par les plantes – suppose de mettre en œuvre un système d’alternance des cultures très complexe et d’avoir recours à une variété de colza adaptée au climat local.

Près du village de Stary Charno, théoriquement désert, on a semé du colza de printemps dans un champ expérimental de quatre hectares dont la contamination est significative. L’expérience entre dans sa troisième année.

Les graines doivent ensuite être traitées à Narodytchi, où une presse pour la préparation de l’huile et un appareil pour la purification ont été installés avec le soutien financier du partenaire japonais, ainsi que des machines destinées à la production du biocarburant. Des tests sont effectués sur le biocarburant déjà produit.

Dans le village de Lasky, sur le site de la ferme d’Ihor Kaletskiy, on s’efforce de produire du biogaz à partir des bouses de vache. Tomiyo Hara a fait mettre en place une citerne de récupération du méthane. Une première livraison de biogaz a été testée, mais en petites quantités. La technologie, qui n’est pas assez performante, est en cours de redéveloppement.

Parmi les obstacles qui freinent le programme, Hara cite l’insuffisance de la formation dispensée aux opérateurs locaux. Car personne, dans la région, n’a d’expérience dans la production de biocarburant et de biogaz. On trouve très peu de spécialistes dans ce secteur en Ukraine.

Tant du côté japonais qu’ukrainien, on reconnaît ne pas partager la même vision quant à la mise en œuvre de ce projet. Mais pour étendre l’expérience, il faudra impliquer davantage de participants.

Ce n’est pas la première fois qu’une expérience de production de biogaz donne des résultats dans la région. Les intervenants dans ce domaine, qu’il s’agisse de fonctionnaires ou d’entrepreneurs, ont pris conscience de la chance exceptionnelle que ces expériences représentent, puisqu’elles permettent d’évaluer les nouvelles technologies et d’analyser les problèmes liés à leur application concrète dans des conditions réelles sur le terrain, sur le plan agricole et industriel.

Mais le statut d’expérience scientifique dans le cadre duquel certains équipements ont été obtenus ne permet pas de les utiliser dans un but commercial. Aussi, pour l’heure, le projet ne suscite-t-il guère l’intérêt des entreprises privées.

Sur place, le nombre de personnes qu’il occupe peut se compter sur les doigts de la main (seulement quelques-unes à Narodytchi et à Lasky, sous la direction de Didoukh). Tomiyo Hara vient souvent du Japon, et les représentants de l’association Otages de Tchernobyl passent aussi régulièrement.

Quoi qu’il en soit, les Japonais, en collaboration avec les scientifiques de Jytomir, nous tendent une canne avec laquelle on pourrait espérer faire un jour une pêche miraculeuse. Un assainissement des terres de Tchernobyl aurait pour conséquence une amélioration de la santé des habitants, tout en ouvrant la voie à de nouvelles technologies dans le secteur des économies d’énergie.

Saurons-nous profiter de cette occasion unique ? Cela ne dépend que de nous.

Repère

Quinze réacteurs nucléaires fonctionnent encore en Ukraine. Près de la moitié (46,6 %) de l’électricité produite dans le pays provient de ces réacteurs. C’est l’électricité la plus “atomique” du monde, après celle de la France (nucléaire à 77,1 %) et juste avant celle de la Suède, dont 42,6 % de l’électricité est nucléaire.

Courrier International

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Article lié :

Cultiver les terres contaminées : un crime écologique ou une riche idée ?

A la veille du 25e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, l’Ukraine va annoncer, en mars 2011, un vaste programme de mise en valeur des terres contaminées par la radioactivité.

Plusieurs agences d’Etat et chercheurs travaillent pour “comprendre l’ensemble du processus et savoir quels territoires peuvent être utilisés pour l’agriculture, partiellement ou en totalité”, rapporte le ministre intérimaire des Situations d’urgence ukrainien, Mikhaïl Bolotskikh, cité par la Nezavissimaïa Gazeta.

Selon un scientifique interrogé par le quotidien moscovite, “les recherches sur le transfert des radionucléides du sol vers les plantes ont été entamées dans les années 1990”. Grâce à cette méthode, il serait possible de réduire le taux de radioactivité des terres pour le ramener à un niveau presque normal.

En fait, les résultats de ces expériences concernent un territoire bien plus vaste que la zone d’exclusion, d’un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale.

Au-delà, il existe un périmètre d’environ 5 millions d’hectares où vivent toujours plus de 2 millions de personnes, qui cultivent, pêchent, cueillent des champignons, souligne Sergueï Chaparenko, président de l’association écologique ukrainienne Petchenegui. Selon lui, “les écosystèmes ‘fixent’les composés radioactifs bien plus rapidement que prévu”, rapporte la Nezavissimaïa Gazeta.

Mais l’écologiste estime qu’il est encore tôt pour parler de repeuplement et de cultures agricoles sur l’ensemble de la zone de Tchernobyl. “C’est un crime de labourer des terres contaminées car cela renforce la pollution de l’air et de l’eau”, s’émeut un ancien fonctionnaire ukrainien chargé de la surveillance de la radioactivité et de l’écologie.

En Biélorussie, le président Alexandre Loukachenko avait, lui, lancé dès 2002 un programme pour la réhabilitation des terres contaminées par Tchernobyl. Fidèle à sa veine populiste, il avait suivi de près les cultures expérimentales prétendument inoffensives pour la santé, n’hésitant pas à consommer devant les caméras des oignons et des petits pois du cru, rappelle l’agence d’information Lenta.ru.

Finalement, le 21 juillet 2010, le gouvernement biélorusse a adopté un nouveau “programme d’élimination des conséquences de la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl pour 2011-2015 et jusqu’en 2020”, doté de 2,2 milliards de dollars. Particulièrement ambitieux, il vise un développement social et économique des régions concernées (infrastructures, santé, logement, etc.).

L’une des priorités du programme : “prendre des mesures de protection dans l’agriculture qui garantiront une production stable répondant aux normes nationales et internationales en matière de radionucléides”, rapporte le site d’information biélorusse Telegraf.by.

Cependant, la politique de Minsk concernant l’après-Tchernobyl a été régulièrement critiquée par le professeur et académicien biélorusse Ivan Nikitchenko. Cet éminent expert dénonçait une sous-estimation volontaire par les autorités biélorusses des conséquences de la catastrophe. En octobre 2009, dans une lettre adressée à Loukachenko, il affirmait que cela “[menait] à une pollution des sols sur pratiquement tout le territoire de la Biélorussie”.

Environ 80 % des radiations auxquelles est exposée la population proviennent de produits alimentaires contaminés”, rappelle Belorousskié Novosti. Nikitchenko n’a cessé d’alerter l’opinion publique et s’était même tourné vers l’opposition biélorusse dans la perspective de l’élection présidentielle de décembre 2010. Mais le 20 novembre dernier, à 71 ans, il est mort des suites d’une collision suspecte de sa voiture avec un camion.

En Russie, on redoute particulièrement ces initiatives de mise en culture de terres polluées, notamment en Biélorussie, pays avec lequel une union douanière a été conclue. En conséquence, “nous serons les premiers à tester les délicieux produits contaminés” destinés à l’exportation, craint le journal russe Troud.

NUCLÉOTROPISME – Bienvenue aux touristes !

Le tourisme a une nouvelle frontière : le site de la plus grande catastrophe du nucléaire civil”, ironise The Guardian. En effet, la zone d’exclusion autour de la centrale de Tchernobyl sera officiellement ouverte aux touristes en 2011. C’est ce qu’a annoncé, le 13 décembre, le ministère ukrainien des Situations d’urgence.

En fait, de nombreux Ukrainiens, Russes et Allemands ont déjà visité le site. Que ce soit pour se recueillir près du sarcophage du réacteur ou pour frissonner à proximité des villes fantômes, les curieux qui peuvent s’offrir les coûteux services de passeurs se rendent chaque année par milliers dans la zone contaminée (voir CI n° 1020, du 20 mai 2010).

La nouveauté ? Les excursions seront désormais légales et sans danger pour les touristes, “à condition qu’ils ne s’écartent pas des itinéraires prévus”, a précisé le porte-parole du ministère.

Courrier International

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